Le stratège politique Tony Smith, spécialisé dans les dynamiques d’influence et les transitions géopolitiques en Afrique met en évidence une évolution significative dans la diplomatie occidentale envers l’Afrique. Notamment à travers le silence des États-Unis et de la France concernant la crise post-électorale au Cameroun.
L’intérêt des Occidentaux comme principal aiguillon
Par Thomas Tankou_____________
Ce silence, plutôt qu’un désengagement, représente un repositionnement stratégique, reflétant une volonté de laisser les pays africains gérer leurs propres affaires sans ingérence extérieure manifeste.
Cette analyse se penche davantage sur les implications de cette approche, en intégrant d’autres exemples africains pour mieux comprendre les dynamiques en jeu.
La fin de la validation externe…
Historiquement, les pays africains ont souvent dépendu de la validation des puissances occidentales pour leur légitimité politique. Smith souligne que cette dynamique évolue. La France et les États-Unis semblent désormais favoriser une approche où la légitimité doit provenir des institutions locales plutôt que d’un approbation extérieure. Ce changement de paradigme permet aux pays africains de renforcer leur souveraineté et de construire des systèmes politiques fondés sur la confiance populaire. Sauf que pour le cas précis du Cameroun, le peuple est mis à l’écart dans cette équation à plusieurs inconnus.
Quelques exemples exemples Illustratifs…
1.Le cas du Mali : Après le coup d’État de 2020, la France a été critiquée pour son interventionnisme. Le gouvernement français a progressivement réduit son engagement militaire direct et a laissé le Mali naviguer ses propres crises internes, soulignant une nouvelle volonté de ne pas interférer directement dans les affaires politiques maliennes.
2.Le cas du Burkina Faso : Suite à la prise de pouvoir par des militaires en 2022, la France a également opté pour une position d’attente. Ce silence a été interprété comme un acte de respect envers la souveraineté burkinabé, même si cela a été perçu comme un désengagement par certains observateurs.
3.Le Soudan : La communauté internationale, y compris les États-Unis, a adopté une position prudente face aux troubles politiques en cours. Au lieu de prendre des mesures immédiates, les États-Unis ont choisi d’observer les développements, laissant la responsabilité de la transition aux acteurs soudanais.
Les risques d’une retenue diplomatique…
Bien que cette stratégie puisse renforcer la souveraineté, elle n’est pas sans risques. Les institutions locales, souvent fragiles, peuvent rencontrer des difficultés à gérer les tensions internes sans le soutien d’une communauté internationale engagée. Au Cameroun par exemple, la stabilité dépendra de la capacité des dirigeants à instaurer un dialogue constructif franc et sincère entre les différentes factions politiques et la société civile. Il est surtout question ici de respecter le résultat des chiffres issus de la présidentielle du 12 octobre.
Pressions populaires croissantes…
La retenue diplomatique peut aussi accroître les frustrations populaires. Si les gouvernements ne parviennent pas à répondre aux attentes de leurs citoyens, l’absence d’un soutien international pourrait être perçue comme un abandon. Cela pourrait accélérer des mouvements de contestation, comme observé dans des pays comme l’Éthiopie, où des tensions interethniques ont été exacerbées par une perception d’inaction internationale face aux crises internes.
Vers une Afrique souveraine…
La réflexion de Smith s’inscrit dans un mouvement plus vaste vers une Afrique qui revendique son autonomie politique. Ce changement nécessite un soutien international réfléchi qui encourage les processus démocratiques sans interférer dans les décisions souveraines.
La responsabilité des partenaires internationaux…
Les partenaires techniques et financiers en général doivent maintenant adopter une posture d’accompagnement, favorisant des dialogues inclusifs et soutenant les réformes institutionnelles nécessaires pour renforcer la crédibilité des processus électoraux.
Ce soutien pourrait inclure des initiatives de formation pour les responsables politiques locaux, ainsi que des programmes de partage d’expérience sur la gouvernance.
Une nouvelle approche diplomatique qui privilégie l’autonomie…
Le silence diplomatique de la France et des États-Unis face à la crise au Cameroun témoigne d’une nouvelle ère de diplomatie qui privilégie l’autonomie des nations africaines. Cette approche, bien que logique, nécessite d’être équilibrée par un soutien réfléchi afin de garantir que les pays africains puissent naviguer leurs propres chemins vers la démocratie. Le Cameroun, et d’autres nations africaines, se trouvent à un carrefour crucial, où la maturité démocratique et la souveraineté politique seront mises à l’épreuve.
