Le coup de force qui a renversé le président Patrice Talon du Bénin ce 7 décembre 2025 aux premières heures de la matinée, soulève des questions profondes sur la dynamique du pouvoir en Afrique et la tendance de certains dirigeants à manipuler les règles électorales à leur avantage. Selon un communiqué publié par la hiérarchie militaire, le lieutenant colonel Pascal Tigri assure l’intérim à la tête de l’Etat.
La malédiction de la manipulation du processus électoral en Afrique
Par Thomas Tankou_____________
Ce phénomène, souvent qualifié de « malédiction » des pays africains, s’illustre à travers une série d’exemples marquants où les présidents sortants, plutôt que d’accepter un passage pacifique de pouvoir, choisissent de torpiller la démocratie.
Le contexte du Bénin…
Patrice Talon, bien que n’étant pas candidat à sa propre succession, a pris soin de mettre en place un système de parrainage rigoureux mais suspect, limitant ainsi la participation de candidats sérieux à l’élection présidentielle.
Ce durcissement des conditions, suscitant de vives critiques tant au niveau national qu’international, a contribué à une atmosphère de mécontentement croissant. Le coup d’État qui a suivi ne fait que mettre en lumière les dangers d’un système où les dirigeants cherchent à protéger leurs intérêts au détriment de la démocratie.
Quelques exemples de manipulations electorales sur le continent…
Le Togo et Faure Gnassingbé
Le Togo est un autre exemple frappant. Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis 2005 après la mort de son père, a mis en place des modifications constitutionnelles pour prolonger son mandat. Les réformes, controversées et souvent imposées, ont engendré des manifestations massives et un climat politique tendu. Malgré cela, la famille Gnassingbé est restée en place, illustrant la difficulté pour les acteurs politiques de procéder à une transition démocratique.
Le Burundi et Pierre Nkurunziza
Durant le mandat de Pierre Nkurunziza, le Burundi a également été témoin d’une dérive autoritaire. En 2015, il a décidé de se représenter pour un troisième mandat, malgré une limitation constitutionnelle. Cette décision a provoqué une crise politique majeure, avec des manifestations violentes et un coup d’État avorté. Nkurunziza a finalement remporté les élections dans un contexte de répression des opposants, soulignant les dangers d’un pouvoir qui se maintient par la force.
La République Démocratique du Congo et Joseph Kabila
Joseph Kabila, président de la Rdc de 2001 à 2019, a joué un rôle similaire. Après avoir terminé ses mandats, il a retardé les élections, prétextant des raisons logistiques et de sécurité. Son maintien au pouvoir s’est fait par des restructurations électorales douteuses et des violations des droits de l’homme, alimentant instabilité et conflits.
Le cas du Cameroun avec Paul Biya
Ce géant d’Afrique centrale, habitués aux contestations électorales traverse actuellement l’une des épisodes de crises les plus marquantes de son histoire récente. Issa Tchiroma officiellement classé deuxième par la Cour constitutionnelle, continue de revendique sa victoire à la présidentielle d’octobre dernier. Il s’est exilé en Gambie après un court séjour tumultueux au Nigeria voisin.
Modifications permanentes des règles du jeu…
La situation au Bénin, tout comme ces autres exemples cités plus haut, montre une tendance inquiétante où les leaders africains cherchent à étouffer la démocratie en modifiant les règles du jeu électoral. Cette malédiction, qui frappe plusieurs pays, pousse souvent à des réactions violentes, que ce soit sous la forme de coups d’État ou de violences populaires.
Pour éviter de tomber dans ce cycle infernal, il est crucial que les institutions africaines renforcent leur indépendance et que la communauté internationale surveille de près les évolutions politiques sur le continent. La démocratie ne doit pas être sacrifiée sur l’autel des ambitions personnelles ; elle doit se nourrir de respect, de justice et d’une volonté véritable d’ouvrir le jeu à tous ceux qui remplissent les conditions.
