La situation actuelle des camionneurs dans l’Adamaoua et à Garoua Boulaï reflète une profonde crise de gouvernance au Cameroun. Le gouvernement tente de répondre à des revendications légitimes par la force, exacerbant ainsi une situation déjà volatile.

Les camionneurs exigent avant tout, la libération des prisonniers de la crise post-électorale.

Par Ibrahim Baba Matip___________

Le premier constat indique l’absence d’interlocuteurs effectifs. Les chauffeurs sont unis par un mot d’ordre commun, mais manquent de représentants capables de négocier. Cela souligne non seulement l’érosion de la confiance entre la population et le gouvernement, mais également le délitement des institutions d’un dialogue social constructif. Le cas des grévistes des avocats au Noso, qui avaient conduit à des manifestations beaucoup plus limitées, montre que ce type de mécontentement peut évoluer en crises sociales plus larges si l’État continue d’ignorer les revendications populaires.

Une grève sans leader…

L’horizontalité de ce mouvement pose un défi majeur pour les autorités. Ce manque de structure rend le mouvement imprévisible et difficile à maîtriser. Contrairement aux crises antérieures où des figures centrales faisaient office de médiateurs, ici, le consensus est brut, uni par la colère et le désespoir. Cette dynamique représente une menace pour un gouvernement habitué à traiter avec des leaders identifiés.

L’impuissance du gouvernement…

La réalité sur le terrain met en lumière l’incapacité du gouvernement à gérer cette crise. Les méthodes de maintien de l’ordre traditionnelles, telles que l’utilisation de forces de police formées et équipées pour disperser des manifestations, ne sont pas adaptées face à des camions bloquant des axes stratégiques. Cela révèle une lacune importante dans la stratégie de gestion des conflits du gouvernement, qui semble dépassé par les événements.

Vers une implosion sociale ?…

La non-réaction efficace de la part des autorités, qui se retrouve visiblement dans une position de faiblesse, montre un changement de dynamique. L’incapacité du pouvoir de Yaoundé à gérer la situation et ses tentatives pour apaiser les chauffeurs témoignent d’une administration mal préparée et d’un régime qui perd progressivement le contrôle. Le risque d’une escalade de la violence devient ainsi une réalité palpable, surtout avec la menace de l’expansion du mouvement vers d’autres régions comme le Littoral et le Centre.

Une mauvaise réponse à un problème réel…

Il est crucial de souligner la brutalité du régime de Yaoundé, qui systématiquement choisit la répression plutôt que le dialogue. Ce choix ne peut qu’alimenter le cycle de la violence. En tentant d’étouffer toute forme de contestation par la force, le régime ne fait qu’accroître le ressentiment populaire. L’histoire politique récente du Cameroun enseigne que la répression ne mène jamais à la paix durable, mais plutôt à des révoltes plus violentes.

Signes avant-coureurs d’une tempête imminente…

La grève des camionneurs est un signe avant-coureur d’une tempête sociale imminente. Les tergiversations du gouvernement, l’absence d’interlocuteurs pour dialoguer et une population unie dans son mécontentement créent un terreau fertile pour l’instabilité. Les autorités doivent rapidement réévaluer leur approche et s’engager véritablement dans un dialogue constructif, car ignorer cette dynamique pourrait conduire à des conséquences désastreuses pour la société camerounaise dans son ensemble.