Dans un volumineux rapport dont la publication est récente, des experts mettent en exergue de nombreux éléments d’analyse approfondie de la dénomination de l’arrondissement de Penka Michel. Ce document révèle un phénomène complexe où l’histoire locale, la mémoire collective et la politique coexistent et s’affrontent. Évocation.
L’association « Mother Africa » et une historienne française portent la plume dans la plaie
Par Thomas Tankou____________
À travers le rapport élaboré par Gilaine Mercier et Dorette Régaleau, nous pouvons explorer la notion de toponymie comme instrument de légitimation et d’exclusion.
Une dénomination chargée de sens…
La nomination d’une localité ne se limite pas à un simple acte administratif. Elle engage une bataille mémorielle. En l’occurrence, Penka Michel est perçu par certains comme un « rempart de la légalité », alors que pour d’autres, il incarne la traîtrise et la spoliation. Ce décalage illustre des fractures historiques profondes au sein de la société camerounaise.
Tout comme à Cape Town, où le changement de noms de rues a été un sujet de controverse post-Apartheid, les questions de mémoire et d’identité se heurtent aux réalités administratives. Les rues portant des noms d’anciens leaders colonialistes, remises en question, sont remplacées par des figures représentant la lutte contre l’apartheid. Cette démarche s’inscrit dans une volonté de réconciliation, et soulève la question : jusqu’où doit-on aller pour honorer la mémoire collective ?
Ambivalences du récit historique…
La trajectoire de Penka Michel montre la dualité qui caractérise souvent les personnages historiques. Initialement engagé dans la lutte pour l’indépendance, son évolution en tant qu’allié de l’administration coloniale met en lumière les choix difficiles auxquels sont confrontés ceux qui naviguent dans des contextes de pouvoir changeants.
Un exemple similaire se retrouve avec certains leaders africains qui, après avoir milité pour l’indépendance, ont fini par collaborer avec les colons, comme Italo Calvino l’a illustré dans son œuvre. Des gouvernants supposés représenter le peuple peuvent parfois trahir les idéaux qu’ils prônaient, ce qui laisse un héritage ambivalent.
Contextes de violence et répression…
Le rapport de la présidente de « Mother Africa » l’historienne et Gilaine Mercier, met un accent particulier sur la violence et la répression qui ont marqué les années d’insurrection. La méthode de terrorisation décrite à travers des témoignages oraux et une importante documentation évoque les exactions commises non seulement par les colonisateurs, mais aussi par ceux qui étaient censés défendre leurs concitoyens. Cette mémoire traumatique est semblable à celle observée dans d’autres contextes de violence politique, comme en Argentine, avec les disparitions forcées durant la dictature. Dès lors, la mémoire devient un enjeu crucial dans le processus de construction de l’identité moderne.
Vers une révision toponymique…
Le maintien du nom Penka Michel dans le contexte actuel constitue un frein à la cohésion sociale et un rappel constant des souffrances passées. En proposant une révision toponymique, ce rapport s’inscrit dans une démarche pacificatrice. La transformation des noms de lieux, comme cela a été fait en Nouvelle-Zélande avec la réappropriation de toponymes maoris, est perçue comme un retour à l’identité originelle, et permet de construire une société plus inclusive.
Un acte de salubrité publique…
La conclusion du rapport de Mercier et Régaleau n’est pas simplement un appel à renommer l’arrondissement, mais une nécessité de reconnaître et de traiter les blessures historiques. Une débaptisation pourrait ainsi s’inscrire dans un processus de réconciliation, où la mémoire est prise en compte.
Ainsi, à l’instar de la multitude d’exemples autour du globe, il semblerait que repenser nos toponymes pourrait servir d’outil pour construire une société qui ne soit pas uniquement définie par son passé, mais qui aspire à une meilleure cohésion dans le futur.
Le débat sur la dénomination de Penka Michel ouvre un chemin vers une compréhension plus profonde des enjeux historiques et sociaux au Cameroun. Tout en s’inscrivant dans un mouvement global de reconnaissance et de réparation des injustices passées.

