L’approche du régime de Yaoundé envers le processus électoral au Cameroun soulève d’importantes inquiétudes. En particulier, la gestion des délais et des prorogations montre un usage stratégique de la loi électorale par le pouvoir en place, mettant en lumière la mauvaise foi et les pratiques douteuses du parti au pouvoir.

Comment Paul Biya use et abuse d’une loi électorale alambiquée

Par Thomas Tankou___________

Initialement prévues pour février 2025, les élections législatives et municipales ont déjà fait l’objet d’un report significatif. Le report en question, officialisé en juillet 2024, a conduit à reprogrammer ces élections pour 2026. Voici quelques éléments clés pour essayer de comprendre un calendrier conçu à dessein :

-Fin de mandat des députés : Leur mandat devait en principe expirer en février 2025. Mais a été prolongé jusqu’au 30 mars 2026.

-Mandat des conseillers municipaux : Celui-ci a été étendu jusqu’au 31 mai 2026.

Le Code électoral, en permettant des prorogations, laisse ouverte la possibilité de nouveaux délais. Lorsque Paul Biya parle d’un « léger réajustement », il devient évident que le régime anticipe un glissement, possiblement jusqu’à août 2026. Toute chose qui continuerait d’éroder la confiance des citoyens dans le processus démocratique au Cameroun.

Une communication savamment enchevêtrée…

L’utilisation d’un langage vague, tel que « réajustement », permet au président de la République d’éviter une annonce ouverte de report. Cette terminologie est non seulement une manœuvre politique, mais une tentative de maintenir une façade de légitimité. En jouant sur les incertitudes, le régime de Yaoundé cherche à conserver un contrôle sur l’opinion publique.

La rentrée parlementaire prévue pour le 10 mars 2026 pourrait servir de plateforme pour justifier d’éventuelles prolongations supplémentaires des mandats. Ce type de manœuvre renforce l’idée que chaque phase du processus est soumise à la volonté de ceux qui détiennent le pouvoir.

Effets sur la démocratie…

Chaque report, ou ajustement du calendrier électoral, ne fait pas qu’affaiblir la structure démocratique du pays; il contribue aussi à un sentiment d’impuissance parmi la population. Les citoyens voient leurs droits de vote et la légitimité du processus électoral piétinés par une manipulation calculée des échéances.

En outre, la perception que les élections seront couplées, favorisant un alignement stratégique des municipales et des législatives, n’est pas innocente. Cela révèle une intention manifeste de maximiser le contrôle sur le scrutin. Compliquant du coup la surveillance indépendante et érodant la séparation des pouvoirs.

Les fondements démocratiques en péril…

La pratique de retarder les élections et de manipuler les délais témoigne d’une méfiance envers la démocratie au Cameroun.

Le régime de Yaoundé, par ses actions, semble privilégier son maintien au pouvoir au détriment des principes démocratiques fondamentaux. À l’approche de l’échéance de 2026, la vigilance des citoyens et des observateurs internationaux sera cruciale pour s’assurer que la voix du peuple ne soit pas, une fois de trop étouffée par des manœuvres politiciennes.