Le Cameroun est retourné au Fmi plus de 20 ans après, à cause des choix économiques hasardeux et le syphonage des caisses de l’État par des prévaricateurs qui sont toujours aux affaires. Les perfusions des bailleurs de fonds ne changeront rien tant que les méthodes qui nous ont conduites au chaos ne changent pas.

Les institutions de Bretton Woods viennent d’approuver un nouveau décaissement

Par Thomas
Tankou___________

Un nouveau soutien qui révèle une fragilité persistante…

Le nouveau décaissement du Fonds monétaire international (Fmi) en faveur du Cameroun peut, à première vue, apparaître comme une bonne nouvelle. Il apporte une bouffée d’oxygène à des finances publiques confrontées à de fortes tensions et contribue à sécuriser les équilibres budgétaires à court terme. Il faut donc saluer cet appui, particulièrement dans un contexte marqué par un service de la dette élevé, des difficultés de liquidités et une croissance économique relativement modérée.
Mais derrière ce soulagement financier se cache une réalité beaucoup moins rassurante : le Cameroun retourne progressivement vers le Fmi parce qu’il n’est pas parvenu à consolider durablement son autonomie financière.
Le précédent programme économique et financier s’est achevé en juillet 2025. À peine quelques mois plus tard, la conclusion d’un nouvel accord apparaît déjà comme une condition importante du bouclage financier des budgets 2027-2029.
Pour 2027, l’État compte notamment sur quelque 300 milliards de FCFA d’appuis financiers. Cette situation traduit une dépendance extérieure que les différents programmes d’ajustement successifs n’ont manifestement pas permis d’éradiquer.

Des choix économiques qui ont montré leurs limites…

Le problème camerounais ne réside pas uniquement dans l’insuffisance des ressources. Il se trouve davantage dans la manière dont les ressources publiques sont mobilisées, dépensées et orientées.
Depuis plusieurs années, l’État multiplie les projets, les engagements financiers et les investissements dont la rentabilité économique ou l’impact sur la transformation structurelle de l’économie restent parfois discutables. Dans le même temps, la dette s’alourdit et absorbe une part croissante des recettes publiques.
Le pays demeure également confronté à une faible diversification de son économie, à une transformation insuffisante de ses matières premières et à une mobilisation encore limitée de son potentiel fiscal. La croissance, située autour de 3,1 à 3,3 %, ne permet pas de générer suffisamment de ressources pour répondre simultanément aux besoins sociaux, aux investissements et aux échéances de la dette.
Le paradoxe est donc saisissant : malgré ses importantes potentialités agricoles, minières, énergétiques et humaines, le Cameroun peine encore à produire suffisamment de richesses pour financer durablement son développement.

Le Fmi, un secours, pas une stratégie de développement…

Le recours au Fmi n’est pas en soi un échec. Dans certaines circonstances, le soutien d’une institution financière internationale peut permettre à un État de stabiliser ses finances, de restaurer la confiance et de financer des réformes indispensables.
Le véritable danger serait toutefois de considérer chaque décaissement comme une solution définitive.
Les financements du Fmi doivent servir de levier pour corriger les déséquilibres structurels, améliorer la gouvernance budgétaire, renforcer les recettes internes, réduire les dépenses improductives et favoriser une économie davantage créatrice de valeur et d’emplois.

Corriger maintenant les erreurs du passé…

Le nouveau décaissement doit donc être accueilli favorablement, mais également considéré comme un avertissement.
Si le Cameroun reproduit les mêmes choix économiques, accumule de nouveaux déficits, recourt davantage à l’endettement et reporte les réformes indispensables, le prochain rendez-vous avec le Fmi ne sera qu’une nouvelle étape d’un cycle de dépendance.
L’enjeu n’est plus simplement d’obtenir de l’argent du Fmi. Il est de faire en sorte que le Cameroun n’ait plus besoin d’y retourner dans les mêmes conditions.
Sans changement profond de cap, le répit actuel risque de n’être qu’un sursis. Et à force de repousser les corrections nécessaires, la facture économique, sociale et financière pourrait devenir beaucoup plus lourde — voire fatale pour les générations futures.