Enseignant à la Faculté des Arts, Lettres et Sciences humaines de l’Université de Yaoundé I, il décède à la suite d’un malaise survenu en pleine séance d’évaluation de soutenance. Ses travaux sur les langues, les pratiques éducatives et les réalités multilingues africaines ont nourri son parcours de chercheur.

Valentin Ubanako, une voix de la recherche s’éteint en pleine soutenance

Par Ibrahim Baba Matip__________

Le Pr Valentin Ubanako est décédé le lundi 19 octobre 2026, après avoir été victime d’un malaise alors qu’il prenait part à un jury de soutenance à l’Université de Yaoundé I. Spécialiste de linguistique anglaise et des études de traduction, il laisse le souvenir d’un universitaire reconnu pour son expertise, son parcours scientifique international et son engagement dans la transmission des savoirs.

Une disparition brutale au cœur de l’université…

La journée académique du lundi 19 octobre a pris une tournure dramatique à l’Université de Yaoundé I. Alors qu’il siégeait dans un jury chargé d’évaluer les travaux d’un candidat, le Pr Valentin Ubanako a été victime d’un malaise aux environs de 18 heures. Selon les informations rapportées, il s’est effondré devant les personnes présentes. Malgré son transfert en urgence au Centre hospitalier universitaire (CHU), situé à proximité du campus, il n’a pas survécu.

La soudaineté de cet événement donne à cette disparition une dimension particulièrement douloureuse. Dans un espace consacré à la transmission des connaissances, à la confrontation des idées et à la validation des compétences, une séance d’évaluation s’est ainsi transformée en circonstance de deuil.

Au-delà de l’émotion suscitée par les circonstances du décès, cet épisode rappelle combien la vie humaine demeure imprévisible, y compris dans les lieux où l’exigence intellectuelle et la maîtrise du savoir occupent une place centrale.

Un spécialiste engagé dans la recherche…

Le Pr Ubanako enseignait au département d’Études bilingues de la Faculté des Arts, Lettres et Sciences humaines. Ses domaines de prédilection, notamment la linguistique anglaise et la traduction, l’avaient conduit à s’intéresser aux transformations des langues et aux rapports entre héritage colonial, pratiques linguistiques et réalités africaines contemporaines.

Son parcours dépassait les frontières camerounaises. Il avait bénéficié de programmes de recherche en Europe et sur le continent africain, tout en prenant part à plusieurs initiatives scientifiques internationales. Parmi celles-ci figurait le projet ELTRA du British Council, conduit en collaboration avec l’Université de Bath, au Royaume-Uni.

Son séjour à l’Université de Bayreuth, en Allemagne, l’avait également associé au programme de recherche « Lettres coloniales et contact des savoirs ». À Bristol, au Royaume-Uni, il avait contribué au projet Creative Lives auf African Universities (AFRIUNI).

Ces expériences témoignent d’un itinéraire universitaire ouvert aux échanges scientifiques et aux problématiques qui traversent les systèmes éducatifs africains.

La question de l’enseignement dans un environnement multilingue…

Les recherches auxquelles il a participé portaient notamment sur les difficultés de l’enseignement en anglais et les méthodes d’apprentissage des élèves du primaire dans un Cameroun francophone et multilingue.

Ces questions revêtent une importance particulière dans un pays où la coexistence des langues officielles et la diversité des pratiques linguistiques imposent des défis pédagogiques permanents. Elles concernent aussi bien la formation des enseignants que l’adaptation des méthodes éducatives aux réalités des apprenants.

À travers ces travaux, le Pr Ubanako s’inscrivait dans une réflexion scientifique dont les enjeux dépassent les salles de cours et les cercles spécialisés : mieux comprendre les langues, c’est aussi mieux appréhender les mécanismes de transmission du savoir et les rapports entre les communautés.

Un héritage qui dépasse les salles de cours…

Ses étudiants retenaient notamment sa capacité à associer exigence intellectuelle, humour et pédagogie. Cette proximité avec les apprenants constituait un aspect important de son empreinte dans l’enseignement supérieur.

Sa disparition rappelle également l’importance de la continuité des travaux de recherche et de la transmission de l’expérience scientifique aux nouvelles générations. Dans les universités, la valeur d’un enseignant ne se mesure pas uniquement à ses publications ou à ses distinctions, mais aussi à l’influence qu’il exerce sur les parcours de ses étudiants.

Le décès du Pr Valentin Ubanako constitue ainsi une perte pour l’Université de Yaoundé I et pour les réseaux scientifiques auxquels il était associé. Au moment où la communauté universitaire lui rend hommage, son parcours rappelle l’importance de préserver et de transmettre les connaissances produites par les chercheurs africains.