Le gisement de nickel et de cobalt de Nkamouna attise les intérêts d’opérateurs aux ramifications américaines et camerounaises. Entre ambitions industrielles, rivalités internationales et incertitudes sur la succession de Paul Biya, Yaoundé se retrouve au cœur d’un jeu d’influence où la maîtrise des ressources minières constitue un enjeu majeur de souveraineté.

Nickel, cobalt et concurrence internationale, l’après Biya sur fond de rivalités minières

Par Cyprien Afana
Tsama___________

Entre sécurisation des approvisionnements en minerais critiques, coopération militaire et maintien de ses relais institutionnels, les États-Unis consolident leur positionnement à Yaoundé, alors que l’horizon politique camerounais demeure incertain.

La diplomatie américaine affine ses leviers d’influence au Cameroun. Sans afficher de préférence pour un éventuel successeur de Paul Biya, Washington paraît privilégier une démarche de continuité institutionnelle, articulée autour des intérêts économiques, des partenariats sécuritaires et de la préservation de ses accès aux centres de décision. Le dossier du nickel et du cobalt de Nkamouna illustre cette orientation, dans un environnement international marqué par la compétition pour les matières premières stratégiques.

Nkamouna, un enjeu de souveraineté économique…

Le projet minier, qui s’étend sur environ 1 650 km², cristallise les convoitises d’investisseurs aux ramifications américaines et camerounaises. American Renaissance Minerals, soutenue par Paul Mann et Drew Horn, cherche à obtenir les droits d’exploitation du site après la perte du permis précédemment détenu par Phoenix Mining.

Dans le même temps, un autre opérateur américano-camerounais bénéficie d’un appui présenté comme discret de la Société nationale des mines (Sonamines), dirigée par Serge Hervé Boyogueno. Cette concurrence place les autorités camerounaises devant un arbitrage déterminant : attirer des partenaires disposant de capacités financières et techniques, sans renoncer à la maîtrise nationale d’un actif à forte valeur stratégique.

Pour Yaoundé, la gestion de Nkamouna engage ainsi autant la valorisation du patrimoine minier que la capacité de l’État à négocier avec des intérêts étrangers divergents.

La transition politique en toile de fond…

Depuis l’accession de Paul Biya à la présidence en 1982, les relations avec les partenaires occidentaux se sont structurées autour d’interlocuteurs institutionnels bien identifiés. Les interrogations relatives à la succession présidentielle incitent désormais les chancelleries à envisager plusieurs configurations politiques.

La posture américaine semble relever d’une logique d’anticipation plutôt que d’un engagement partisan explicite. En maintenant des échanges avec les institutions publiques, les milieux économiques et différents réseaux d’influence, Washington se ménage des possibilités de dialogue avec les futurs détenteurs du pouvoir, quelle que soit l’issue de la transition.

Cette prudence répond à un impératif diplomatique : préserver la prévisibilité des relations bilatérales sans donner l’impression de participer aux arbitrages politiques internes du Cameroun.

Le facteur sécuritaire, pilier du dialogue bilatéral…

La dimension militaire demeure également déterminante. La visite au chef de l’État camerounais du numéro deux de l’Africom, le commandement américain pour l’Afrique, témoigne de l’importance accordée à Yaoundé dans les équilibres sécuritaires régionaux.

Le Cameroun conserve une place significative dans les efforts de lutte contre Boko Haram et dans la gestion des tensions affectant le bassin du lac Tchad. Pour les États-Unis, le maintien de cette coopération justifie la poursuite d’un dialogue opérationnel avec les autorités, malgré les réserves internationales relatives à la gouvernance et à la crise anglophone.

Les échanges sécuritaires peuvent, par ailleurs, faciliter l’abord d’autres dossiers stratégiques, notamment l’accès aux ressources naturelles, les infrastructures numériques et les conditions d’implantation des entreprises américaines. Les discussions autour de Starlink illustrent la diversité des sujets susceptibles de structurer cette relation.

Pékin, l’autre paramètre du calcul américain…

La compétition autour de Nkamouna s’inscrit enfin dans une rivalité internationale plus large. Le nickel et le cobalt sont essentiels à plusieurs filières industrielles, dont les batteries et certaines technologies de défense. Face à la position dominante de la Chine dans de nombreux segments des chaînes de valeur minières, les États-Unis ont intérêt à diversifier leurs sources d’approvisionnement.

Les liens de certains entrepreneurs avec les milieux politiques américains, notamment autour de l’administration Trump, renforcent l’articulation entre initiatives privées et priorités stratégiques. Cette proximité ne suffit toutefois pas, à elle seule, à établir l’existence d’une directive officielle de Washington concernant l’attribution du permis camerounais.

En définitive, Nkamouna constitue un révélateur des intérêts croisés entre souveraineté nationale, diplomatie économique et recomposition politique. La Sonamines reste un acteur central de cet équilibre, tandis que les États-Unis cherchent à préserver leurs marges de manœuvre. Pour Washington, l’enjeu consiste à demeurer un partenaire incontournable du Cameroun, aujourd’hui comme demain, sans compromettre la légitimité de son dialogue avec les autorités en place ni celle de ses relations avec les institutions appelées à assurer la continuité de l’État.