La chefferie de Balambo accueille six jours de consultation autour du projet d’exploitation industrielle du granite porté par Beverly Hills Construction. Si le ministère de l’Environnement ouvre la voie aux observations des citoyens, l’enjeu véritable sera de savoir dans quelle mesure leurs préoccupations influenceront les décisions et les obligations imposées à l’entreprise.

Les carrières de Bangou à l’épreuve de l’onction sociale

Par Sam Noukat_________

Du 26 au 31 octobre prochain, les populations de Balambo et des localités environnantes sont appelées à examiner le projet industriel porté par la Société Beverly Hills Construction (Bhc). Au-delà de la procédure administrative, cette consultation constitue un test de transparence, de participation citoyenne et de prise en compte des risques environnementaux.

L’avenir du projet d’extraction industrielle du granite envisagé par Bhc dans l’arrondissement de Bangou, département des Hauts-Plateaux, région de l’Ouest, se joue aussi dans la capacité des riverains à faire entendre leurs préoccupations. Du 26 au 31 octobre 2026, la chefferie de Balambo servira de cadre à cette consultation publique consacrée à l’étude d’impact environnemental et social détaillée de cette initiative.

L’annonce figure dans le communiqué n° 0044/C/MINEPDED/SG/DPDD/SDEE, signé par le ministre délégué auprès du ministère de l’Environnement, de la Protection de la nature et du Développement durable, Nana Aboubakar Djalloh. Le dispositif prévoit la mise à disposition du rapport d’étude, de 10 heures à 16 heures, ainsi que des registres destinés à recueillir les contributions des personnes intéressées.

Derrière cette formalité administrative se dessine une question essentielle : comment concilier les perspectives économiques d’une exploitation minière avec la préservation du cadre de vie des communautés locales ?

Un enjeu qui dépasse la simple procédure administrative…

L’extraction industrielle du granite répond à des besoins liés notamment à la construction et aux infrastructures. Elle peut également susciter des attentes en matière d’emplois, de revenus et d’activités connexes. Toutefois, ces retombées potentielles ne sauraient occulter les contraintes susceptibles d’accompagner l’installation et le fonctionnement d’une carrière.

À Bangou, l’attention devrait notamment porter sur les émissions de poussière, les nuisances sonores, les vibrations provoquées par les opérations d’extraction, la circulation des poids lourds et la dégradation éventuelle des voies d’accès. La disponibilité des ressources en eau, la protection des terres cultivables et les effets sur les habitations situées à proximité méritent également un examen rigoureux.

À ce stade, les éléments communiqués ne permettent pas de déterminer les conclusions de l’étude réalisée pour Bhc ni de mesurer précisément les risques associés au projet. C’est justement l’examen du dossier qui doit permettre de confronter les prévisions techniques à la réalité vécue par les habitants.

La participation citoyenne, un levier de prévention…

La consultation ne devrait pas se limiter à une présence symbolique des populations. Pour être utile, elle suppose que les documents soient accessibles, compréhensibles et suffisamment détaillés pour permettre aux participants d’identifier les conséquences possibles de l’exploitation.

Les agriculteurs, les riverains, les responsables communautaires et les autres acteurs concernés ont intérêt à formuler des observations précises, appuyées autant que possible sur des faits concrets : localisation des zones habitées, proximité des champs, état des routes, points d’approvisionnement en eau ou vulnérabilité de certains espaces.

Les registres mis à leur disposition constituent, à cet égard, un moyen de formaliser leurs préoccupations. Une remarque écrite, clairement formulée et rattachée à un risque identifiable, peut contribuer à éclairer l’évaluation du projet et à demander des mesures correctives ou préventives.

Encore faut-il que les informations techniques soient accessibles au public et que les contraintes de temps ne réduisent pas la possibilité d’un examen sérieux du dossier.

La transparence ne doit pas s’arrêter aux audiences…

Le véritable enjeu se situe également dans le traitement réservé aux contributions recueillies. La collecte des avis constitue une étape importante, mais elle ne suffit pas, à elle seule, à garantir leur prise en considération.

Les autorités compétentes devront pouvoir expliquer comment les observations ont été analysées, quelles préoccupations ont été retenues et quelles dispositions sont envisagées pour limiter les effets négatifs éventuels. La publication des conclusions et la clarification des conditions d’autorisation du projet contribueraient à renforcer la confiance entre l’administration, l’entreprise et les communautés.

Il importe notamment de distinguer les mesures annoncées des engagements effectivement vérifiables. En matière environnementale, les dispositifs de surveillance, les responsabilités des différents intervenants et les mécanismes de contrôle après le démarrage des activités sont aussi déterminants que les prévisions contenues dans un rapport.

Six jours pour préparer un débat de fond…

Les audiences prévues à Balambo offrent aux populations de Bangou une occasion de participer à une décision susceptible d’influencer durablement leur environnement. Leur efficacité dépendra autant de la qualité de l’information disponible que de la capacité des autorités à donner une suite claire aux préoccupations exprimées.

Le dossier ne saurait être réduit à une opposition de principe entre développement économique et protection de la nature. Il s’agit plutôt de déterminer à quelles conditions une exploitation industrielle pourrait être envisagée, quels risques devraient être évités et quelles garanties seraient nécessaires pour les habitants.

Au terme de cette séquence, la question centrale restera donc entière : les observations des communautés contribueront-elles réellement à orienter la décision administrative et les exigences imposées à l’exploitant ? La réponse permettra de mesurer la portée concrète de cette consultation publique.