La All Cameroonian Congress accélère son implantation dans le Diamaré Centre en accueillant plusieurs transfuges du Rassemblement démocratique du peuple camerounais. Portée par des initiatives sociales et une stratégie de proximité, cette percée locale pourrait rebattre certaines cartes politiques. Reste à savoir si ces adhésions se traduiront en gains électoraux durables.
Vagues de défections dans les rangs du parti au pouvoir dans le Diamaré centre
Par Ibrahim Baba Matip__________
Entre désillusion politique, recherche de nouvelles perspectives et incertitudes électorales, les départs enregistrés dans le Diamaré Centre pourraient traduire une recomposition des rapports de force dans l’Extrême-Nord, à l’approche des prochaines échéances électorales.
Le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) fait face à de nouveaux départs dans le Diamaré Centre. Le 24 octobre 2026, au carrefour Y de Dougoï, plusieurs anciens militants de la formation au pouvoir ont rejoint la All Cameroonian Congress (Acc), sous la conduite d’Aouni Alhadji Bakari, présenté comme le président de la sous-section Rdpc de Zoulbaio 1. La cérémonie, présidée par Bouba Hamidou, coordonnateur régional de l’Acc, a également accueilli des adhérents venus d’autres partis.
Au-delà de cet événement local, le mouvement soulève une question politique : pourquoi des militants quittent-ils une formation solidement implantée pour rallier un parti encore peu connu du grand public ? Entre insatisfaction, opportunités d’engagement et stratégies de proximité, plusieurs facteurs peuvent éclairer cette évolution.
Le malaise des partis traditionnels…
La première explication réside dans l’usure potentielle des appareils politiques traditionnels. Une implantation ancienne ne garantit pas nécessairement la fidélité durable des militants. Lorsque les attentes en matière de reconnaissance, d’encadrement ou d’amélioration des conditions de vie restent insatisfaites, certains peuvent chercher ailleurs des perspectives qu’ils estiment plus concrètes.
Dans le cas du Rdpc, les départs rapportés dans le Diamaré Centre pourraient ainsi traduire une volonté de changement au sein d’une partie de sa base militante. Toutefois, les informations disponibles ne permettent pas d’établir les motivations individuelles de chaque transfuge ni de conclure à une défection généralisée dans la section concernée.
L’Undp fragilisé par l’après-présidentielle…
La situation de l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (Undp) constitue un autre élément du paysage politique régional. À la présidentielle du 12 octobre 2025, son président, Bello Bouba Maïgari, a obtenu 2,45 % des suffrages valablement exprimés, selon les résultats officiels. Cette performance, modeste au regard de l’histoire du parti, a pu nourrir des interrogations sur son poids électoral et sa capacité à mobiliser au-delà de ses bastions.
À cela s’ajoute la discrétion publique de son dirigeant après le scrutin, qui a alimenté les commentaires sur l’orientation politique de l’Undp. Son attitude a pu être perçue par une partie de l’opinion comme un manque de lisibilité, même si cette interprétation ne suffit pas à établir un lien direct avec les départs observés au profit de l’Acc.
Dans ce contexte, une formation émergente peut apparaître comme un espace de repositionnement pour des militants en quête de nouvelles perspectives.
Le boycott du Fsnc, une occasion pour les formations concurrentes…
La décision du Front pour le salut national du Cameroun (Fsnc), dirigé par Issa Tchiroma Bakary, de ne pas participer aux prochaines élections législatives et municipales ouvre également un espace politique. Annoncée en janvier 2026, cette stratégie vise, selon les responsables du parti, à contester la légitimité du processus électoral. Elle suscite néanmoins des inquiétudes quant à l’avenir des militants désireux de briguer des mandats locaux ou parlementaires.
Pour ces derniers, l’absence du Fsnc dans la compétition pourrait favoriser la recherche d’autres structures capables de porter leurs ambitions. L’Acc peut ainsi tenter de capter une partie de cet électorat disponible, sans que l’on puisse affirmer que les nouveaux adhérents de Dougoï proviennent nécessairement du camp de Tchiroma.
L’action sociale comme argument politique…
L’Acc a accompagné cette cérémonie d’initiatives sociales : distribution de denrées alimentaires, remise de matériel informatique et d’équipements agricoles ou professionnels, prise en charge de six mois de loyer pour des ateliers de couture et règlement des frais d’Ape de plus de vingt élèves de l’école de Loukgoul.
Ces interventions donnent une traduction concrète au discours d’autonomisation défendu par Bouba Hamidou. Elles peuvent renforcer l’attractivité d’un parti qui cherche à se faire connaître en associant implantation politique et soutien aux populations.
Reste à savoir si cette dynamique se prolongera au-delà des opérations ponctuelles. Dans le Diamaré Centre, l’enjeu pour l’Acc sera de transformer ces ralliements et ces actions de proximité en implantation durable. Quant au RDPC, ces départs constituent un signal local à surveiller, mais leur portée réelle ne pourra être mesurée qu’à l’épreuve des prochaines consultations électorales.
