Contestée pour avoir accepté d’assurer la défense du capitaine radié Kenneth Effoudou, Me Alice Nkom campe sur ses convictions. Pour cette figure emblématique du combat pour les droits humains, le choix d’un client ne saurait être dicté par les susceptibilités, les alliances ou les inimitiés. Une posture qui remet au centre du débat le droit de chacun à une défense libre et indépendante.

Maître Alice Nkom : Défendre les droits de l’homme, même quand celà dérange

Par Chimène Etonde Ekwalla_________

En acceptant de représenter le capitaine radié Kenneth Effoudou face à Me Félicité Esther Zeifman, l’avocate Alice Nkom assume un choix qui suscite des remous dans le milieu judiciaire. Au-delà des liens personnels invoqués par les protagonistes, cette décision remet en lumière une conviction qui traverse le parcours de la célèbre défenseure des droits humains : nul ne devrait être privé d’une assistance juridique en raison de l’impopularité de sa cause.

L’affaire Kenneth Effoudou vient de prendre une dimension qui dépasse le différend opposant le militaire radié à Me Félicité Esther Zeifman. En acceptant publiquement d’assurer la défense du capitaine, poursuivi pour des propos considérés comme diffamatoires par l’avocate, Me Alice Nkom réaffirme une conception exigeante de sa profession : défendre une personne ne signifie pas nécessairement approuver ses déclarations, mais veiller à ce que ses droits soient respectés.

Cette position, qui intervient dans un contexte de contestation de son choix par Me Zeifman, soulève une interrogation fondamentale : les relations affectives, les fidélités professionnelles et les désaccords personnels peuvent-ils déterminer les limites de l’engagement d’un avocat ?

Une avocate fidèle à ses convictions…

Pour comprendre la décision de Me Alice Nkom, il faut la replacer dans la trajectoire d’une juriste dont l’engagement en faveur des droits humains constitue l’un des traits les plus marquants de la carrière. Depuis plusieurs décennies, elle s’est imposée dans l’espace public camerounais par ses prises de position en faveur des libertés individuelles, de la dignité humaine et de la protection des personnes exposées aux discriminations.

Sa fascination pour la défense des droits de l’homme ne relève pas seulement d’un positionnement professionnel. Elle traduit une vision du droit dans laquelle la protection des libertés ne saurait dépendre de la popularité d’un individu, de son statut social ou de la sympathie qu’il inspire.

Dans cette perspective, accepter de défendre Kenneth Effoudou apparaît comme une démarche cohérente avec une conception militante du métier d’avocat. Le principe est simple : la défense ne constitue ni une récompense accordée aux personnes irréprochables ni une approbation morale des faits qui leur sont reprochés. Elle représente une garantie essentielle contre l’arbitraire et les jugements rendus avant l’examen contradictoire des arguments.

Le mentorat à l’épreuve des convictions…

La réaction de Me Félicité Esther Zeifman introduit toutefois une dimension particulière dans cette affaire. Se présentant comme une disciple de Me Nkom, dont elle revendique l’influence dans sa formation et sa pratique professionnelles, elle semble difficilement concevoir que celle qu’elle considère comme son mentor puisse prendre le parti de son adversaire.

Son raisonnement repose notamment sur sa conviction que la doyenne connaît suffisamment son parcours et son intégrité pour apprécier les accusations formulées contre elle. Mais cette proximité, aussi significative soit-elle, ne saurait suffire à dicter le choix d’un conseil.

En droit, l’avocat n’a pas vocation à devenir l’arbitre préalable de la vérité des accusations. Sa mission consiste notamment à examiner les éléments du dossier, à contester ce qui doit l’être et à faire valoir les droits de la personne qu’il représente.

La décision de Me Nkom met ainsi en évidence une tension entre fidélité personnelle et indépendance professionnelle. Elle rappelle également qu’une relation de mentorat ne crée pas nécessairement une obligation d’alignement dans les différends judiciaires.

La liberté de défense comme ligne de conduite…

En revendiquant publiquement son mandat et en refusant les pressions qu’elle estime susceptibles de compromettre sa mission, Me Alice Nkom entend préserver son indépendance. Cette fermeté peut être interprétée comme une manière de rappeler que le choix d’un avocat appartient, en principe, à celui qui sollicite sa défense, sous réserve des règles professionnelles applicables.

Reste que cette affaire ne saurait être réduite à un affrontement de personnalités. Les accusations de diffamation devront être appréciées à la lumière des éléments soumis à la justice, dans le respect des droits de chaque partie. Ni la notoriété des avocates ni leurs relations antérieures ne peuvent tenir lieu de preuve.

Au fond, le dossier Kenneth Effoudou offre à Me Alice Nkom une nouvelle occasion d’affirmer une conviction qui semble guider son engagement : les droits fondamentaux prennent tout leur sens lorsqu’ils protègent aussi ceux dont la position dérange.

Le véritable enjeu n’est donc pas de savoir si le mentor doit suivre son ancienne élève, mais si chacune peut exercer librement sa profession sans que les liens personnels ne deviennent des instruments de contrainte. C’est à cette aune que se mesurera la portée de cette controverse.