Depuis les premières élections pluralistes en 1992, l’opposition camerounaise a tenté à plusieurs reprises de se regrouper pour affronter en rangs serrés le régime du président Paul Biya. Malgré des espoirs initiaux, ces efforts ont échoué à chaque tentative.

Autopsie d’une improbable cohésion de 1992 à 2025

Par Thomas Tankou_____________

En revisitant les raisons qui ont fait capoter ces multiples tentatives, ils apparaît qu’elles sont davantage d’ordre structurel.
Nous focaliserons notre attention sur le cas précis de l’Union pour le Changement des années de braise et l’évolution de l’opposition jusqu’à ce jour.

Contexte historique…

En 1992, le Cameroun a connu une ouverture démocratique avec l’organisation des premières élections multipartites. L’Union pour le Changement, regroupant plusieurs partis d’opposition et des associations de la société civile, a été créée dans l’espoir de venir à bout du pouvoir en place. Malheureusement, ces élections ont été entachées de fraudes, et l’opposition a été rapidement désillusionnée.

Les échecs de regroupement…

Ce cuissant échec s’explique par plusieurs manquements de la part des acteurs de l’opposition. Entre autres :

Le manque d’unité et de vision commune…

L’un des principaux obstacles au regroupement des partis d’opposition est le manque d’une vision commune. Les divergences idéologiques et les ambitions personnelles ont souvent pris le pas sur les intérêts collectifs. Chaque parti semble plus préoccupé par sa survie et son influence que par une réelle coopération.

Répression du régime…

Le régime de Paul Biya a également joué un rôle crucial dans l’échec de l’opposition. À travers des tactiques de répression, telles que les intimidation, les arrestations et la manipulation des médias, le pouvoir a réussi à affaiblir les mouvements d’opposition. Cette répression a dissuadé certains leaders d’adhérer à des coalitions plus larges.

Scissions internes…

Les scissions au sein des partis d’opposition ont également contribué à leur incapacité à se regrouper. Des leaders influents ont quitté leurs partis pour fonder de nouvelles formations, rendant difficile la création d’un front uni. Ces divisions ont souvent été exacerbées par des rivalités personnelles et des luttes de pouvoir.

Évolution récente…

Depuis les élections de 2018, l’opposition a tenté de se réorganiser, mais sans succès notable. Les nouvelles coalitions, telles que l’Alliance politique pour le changement, réunies autour du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (Mrc) et d’autres partis, se sont souvent retrouvées en désaccord sur des stratégies électorales et les critères de choix candidatures. Le noyau dur amené par le député Jean Michel Nintcheu, ayant déjà choisi Kamto comme porte-étendard

L’appel à la mobilisation…

Malgré les échecs passés, certains leaders continuent d’appeler à la mobilisation. Des mouvements de la société civile et des jeunes militants cherchent à revitaliser l’opposition en s’appuyant sur les réseaux sociaux et des campagnes de sensibilisation.

Les défis actuels…

Aujourd’hui, l’opposition fait face à de nouveaux défis, notamment la crise anglophone, qui divise davantage le pays et complique les efforts d’unification. Les questions de gouvernance, de corruption et de droits de l’homme demeurent également des préoccupations majeures pour les électeurs.

Apprivoiser les démons de la division…

Les échecs de regroupement de l’opposition camerounaise depuis 1992 illustrent les défis complexes auxquels elle est confrontée. Pour espérer changer la donne, il est impératif que les partis d’opposition surmontent leurs divisions internes et travaillent ensemble pour un projet commun et une vision commune.
La route vers une alternative crédible au régime en place est semée d’embûches, mais elle reste essentielle pour l’avenir démocratique du Cameroun.