Dans le paysage politique camerounais, l’expression « le dernier des Mohicans » prend une résonance particulière lorsqu’elle est appliquée à Paul Biya, président du Cameroun depuis 1982
Zoom-back sur plus de quatre décennies de pontificat présidentiel
Par Thomas Tankou___________
À l’heure où de nombreux leaders africains se retirent ou sont remplacés par de nouvelles générations, Biya reste une figure emblématique, mais également controversée, qui suscite des débats sur la pérennité des institutions et des valeurs politiques au Cameroun.
Un long mandat : La montée au pouvoir…
Paul Biya est arrivé au pouvoir à la suite dr en 1982, succédant à Ahmadou Ahidjo après la démission de ce dernier. Son ascension s’est accompagnée d’une promesse de stabilité et de continuité dans un pays stable et prospère.
Depuis lors, il a su naviguer à travers une série de crises politiques et sociales, renforçant son pouvoir par des modifications constitutionnelles, notamment la suppression de la limitation des mandats présidentiels en 2008. Ce qui lui permettra désormais de se représenter ad vitam aeternam. Il s’y accroche d’ailleurs jusqu’à ce jour malgré de multiples élections présidentielles fort contestées. Un record planétaire.
Un symbole de solitude politique…
Dans un contexte où de nombreux pays africains ont vu défiler plusieurs générations de leaders et de mouvements démocratiques, Biya se distingue par son long pontificat et son style de gouvernance. Il incarne une certaine forme de tradition politique qui paraît aujourd’hui en déphasage avec les aspirations d’une jeunesse camerounaise en quête de changement.
À ce titre, certains le considèrent comme « le dernier des Mohicans », un conservateur d’un ordre ancien et d’un certain type de gouvernance qui n’a rien à voir avec la démocratie.
La résistance aux changements sociaux…
Malgré une pression sans cesse croissante, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, pour exiger des réformes démocratiques, Biya a réussi à maintenir son autorité en réprimant les mouvements d’opposition soit par la force, soit par la ruse. En maintenant également un contrôle serré sur les médias, malgré une pluralité médiatique de façade. Même le Conseil national de la communication pourtant sensé être un organe de régulation, ne brille pas toujours par sa rectitude.
Cette résistance à l’évolution des mœurs politiques et sociales place le sphinx de Mvomeka à l’écart de nombreux autres leaders africains qui ont fait place à de nouvelles générations. Ses adversaires le voient comme un symbole de stagnation, tandis que ses partisans saluent la stabilité qu’il a apportée à un pays souvent en proie à de troubles internes.
Le poids de l’Histoire…
Biya représente davantage plus qu’un simple président ; il est le dernier représentant d’une école politique qui privilégie le clientélisme et la gestion centralisée du pouvoir, caractéristiques de l’ère post-coloniale. Il incarne une continuité historique qui semble aujourd’hui de plus en plus fragile face à l’émergence des mouvements sociaux et des revendications démocratiques.
Au-delà d’une simple analyse politique…
Parler de Paul Biya comme « le dernier des Mohicans » va au-delà d’une simple analyse politique ; cela soulève des questions profondes sur l’avenir du Cameroun et la nécessité de la transition vers un modèle de gouvernance plus inclusif et démocratique.
Alors que le pays entre dans une nouvelle ère, marquée par une jeunesse désireuse de changement, l’héritage de Biya, à la fois un symbole de longévité et de résistance au changement, pourrait devenir l’objet de débats passionnés sur l’identité nationale et les aspirations futures du Cameroun.
