Le décès brutal et tragique du président du Manidem, suscite des réactions diverses à l’international. Mais celles-ci semblent davantage s’accommoder du fait accompli. Même si au-delà de simples déclarations de condoléances, ces réactions se satisfont de l’enquête annoncée par les autorités camerounaises. Analyse.

Comme l’oiseau de Minerve, l’Union Européenne dans un conformisme de façade

Par Thomas Tankou__________

L’Union européenne (UE), par sa récente déclaration, met en lumière son rôle ambigu dans un contexte politique camerounais marqué par la répression et les violations des droits humains.

Un appel tiède à la justice…

La délégation de l’UE a non seulement adressé ses condoléances à la famille d’Ekane, mais a également pris note de l’ouverture d’une enquête par les autorités camerounaises concernant les circonstances de sa mort. Ce geste, bien que positif, soulève des questions quant à la réelle volonté de l’UE d’agir efficacement.

La demande de garantir la sécurité des acteurs politiques et de faire justice semble plus symbolique qu’autre chose, surtout dans un pays où les droits humains sont souvent bafoués sans conséquences. Les déclarations de l’UE, comme celles de tant d’autres organisations internationales, tendent à résonner comme des litanies sans lendemain, portant peu de poids face à l’appareil répressif en place.

Le paradoxe de la reconnaissance…

Un aspect particulièrement curieux réside dans la reconnaissance tardive par l’UE d’Anicet Ekane comme président du Manidem. Cela contraste avec le soutien antérieur apporté à Dieudonné Yebga par les autorités camerounaises. Celui-ci ayant été présenté comme président du Manidem pour écarter Maurice Kamto de la course à la présidentielle. Ce retournement soulève des interrogations majeures sur la position de l’UE : jusqu’où êtes-vous prêts à aller pour soutenir des régimes qui, au fond, contredisent les valeurs démocratiques que vous propagez ?

Le mutisme de l’UE face aux événements passés, notamment lors de l’enlèvement d’Ekane à Douala pour « rébellion », demeure troublant. À ce moment critique, le silence de l’UE pouvait être perçu comme une complicité silencieuse, renforçant l’idée que ses intérêts diplomatiques priment sur la défense des droits humains. Comment justifier ces choix face aux victimes de la violence politique ?

Libération des prisonniers politiques : Un engagement éphémère et circonstanciel ?

L’appel de l’UE en faveur de la libération des personnes arrêtées lors de la crise post-électorale, bien qu’apparemment stimulant, semble être pallié par l’absence d’action concrète pour d’autres prisonniers politiques encore détenus. La question se pose : l’UE se concentre-t-elle uniquement sur l’actualité brûlante, au détriment des injustices persistantes? Ce double standard soulève des inquiétudes sur sa crédibilité en tant qu’acteur sérieux sur la scène internationale.

La multiplicité des cas de détentions arbitraires, qui s’accumulent depuis l’élection présidentielle d’octobre dernier, indique une profonde stagnation qu’un simple appel ne peut suffire à résoudre. Comme le souligne une analyse du contexte politique camerounais, les promesses de liberté formulées par la communauté internationale ressemblent souvent à des mots vides, lâchés pour apaiser les tensions sans engendrer de véritables changements.

Un Rôle de sapeur-pompier après l’incendie ?

Au final, la réaction de l’Union européenne face à la mort d’Anicet Ekane, tout en étant accueillie avec une certaine gratitude, pose un réel problème d’efficacité et d’engagement durable. Dans un monde où le respect des droits humains est constamment menacé. La communauté internationale, en particulier l’UE, semble souvent jouer le rôle de sapeur-pompier après l’incendie, en évitant d’anticiper les foyers de conflits.

Cette situation met en exergue la nécessité d’un engagement plus actif et cohérent pour défendre les droits humains et promouvoir la démocratie, plutôt que de se contenter de condamnations superficielles et des mesures cosmétiques lorsque les crises éclatent.

Une question lancinante demeure : l’UE prendra-t-elle enfin la mesure des enjeux qui se jouent dans des pays comme le Cameroun, ou continuera-t-elle à réagir avec un temps de retard au gré des événements tragiques ?