A l’analyse, l’augmentation du niveau de la masse salariale au Cameroun est vertigineuse. Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène qui plombe le budget de l’État. En même temps qu’il accentue les injustices.
Comment comprendre l’augmentation disproportionnée de la masse salariale
Par Thomas Tankou__________
La masse salariale de l’État du cameroun connait une progression inquiétante, atteignant 1 522,8 milliards FCFA en 2024, soit une augmentation de 12,2 % par rapport à 2023.
Cette hausse, motivée par des revalorisations salariales, soulève de sérieuses questions sur la soutenabilité des dépenses publiques. Les salaires des militaires, gendarmes et enseignants absorbent à eux seuls plus de 67 % de cette enveloppe.
Une masse salariale en croissance…
Le pic de la masse salariale en 2024, représentant 38,6 % des recettes fiscales, dépasse le seuil de soutenabilité de 35 % établi par la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac). Cette situation est préoccupante, car elle indique que les ressources fiscales ne suffisent pas à couvrir les dépenses liées aux employés publics, créant ainsi des tensions budgétaires.
Des chiffres-clés pour comprendre…
-Masse salariale 2024 : 1 522,8 milliards FCFA
-Masse salariale 2023 : 1 357 milliards FCFA
-Augmentation 2024 vs 2023 : +12,2 %
Cette tendance croissante met en lumière l’inefficacité des mesures de gestion des ressources humaines dans le secteur public, soulignant une absence de réformes structurelles.
Origine des dépenses salariaux…
Les salaires des militaires, gendarmes et enseignants représentent une grande part des dépenses publiques. En effet, ces corps sont essentiels à la sécurité et à l’éducation du pays, mais leur coût élevé soulève des interrogations quant à l’allocation des ressources. Le gouvernement doit trouver un équilibre entre la nécessité d’assurer la sécurité et l’éducation tout en maintenant la viabilité économique du pays.
Salaires minimums en dessous des standards…
Un autre aspect préoccupant de cette hausse est le niveau des salaires minimums légaux, qui demeure très faible par rapport à d’autres pays au même niveau que le Cameroun.
-Salaires minimums :
-Secteur privé : 60 000 FCFA/mois (depuis mars 2023)
-Agents de l’État : 43 969 FCFA/mois (depuis février 2024)
Ces montants semblent insuffisants pour couvrir les besoins fondamentaux des travailleurs, créant ainsi une situation de précarité pour une grande partie de la population. Comparativement aux autres nations de la Cemac, cette disparité pose des interrogations sur la compétitivité du Cameroun sur le marché du travail. Toute chose qui peut en partie justifier la fuite de la main habile et des cerveaux à la quête de mieux-être.
Enjeux et perspectives…
La question qui taraude les esprits est celle de savoir si le gouvernement camerounais est vraiment conscient de cette problématique. Et quelles sont les mesures d’assainissement budgétaire que les autorités envisagent. Le ministère des Finances préconise certes un renforcement des contrôles et une limitation des recrutements afin de maîtriser cette masse salariale galopante. Mais nous restons encore au niveau des annonces.
Afin d’éviter un impact négatif sur la croissance économique et le bien-être des citoyens, il est crucial que des réformes courageuses soient mises en place pour :
1.Augmenter le salaire minimum : Harmoniser le salaire minimum avec le coût de la vie, tout en tenant compte des capacités budgétaires.
2.Repenser la gestion des ressources humaines : Optimiser les dépenses en reconsidérant la structure des employeurs publics et en évaluant l’efficacité des corps budgetivores.
Défis économiques et sociaux majeurs…
La montée disproportionnée de la masse salariale au Cameroun met en lumière des défis économiques et sociaux majeurs. L’équilibre entre la nécessité de rémunérer correctement les agents publics et celle de garantir la viabilité financière du pays est un exercice délicat. À travers des réformes ciblées, le Cameroun pourrait non seulement améliorer son cadre budgétaire, mais également renforcer la qualité de vie de ses citoyens, surtout les plus vulnérables.
