Depuis mars 2022, l’association “Kwemtche” enquête, écoute et documente. Partout où ses équipes se sont rendues dans l’arrondissement—marchés, quartiers, congrès de village, lieux de culte—la même question revient : quel message le nom “Penka Michel” transmet-il encore à nos enfants ?

Une pétition est lancée, qui invite les populations de Penka Michel à se prononcer

Par Thomas Tankou_________

Aujourd’hui, cette association à but mémoriel passe de la parole à l’action. Une pétition est lancée pour inviter toutes les filles et tous les fils de l’arrondissement de Penka Michel à se prononcer pour le changement de dénomination.

1) Un nom n’est jamais neutre…

Un lieu porte un nom comme il porte une mémoire.
Un nom éduque, célèbre, affirme des valeurs—ou, au contraire, perpétue des blessures.

“Kwemtche” demande à la communauté de regarder ce que raconte réellement la dénomination Penka Michel : ce que l’histoire documente.

2) Le passé que nous ne pouvons plus ignorer…

Entre 1955 et 1971, le Cameroun traverse une guerre d’indépendance marquée par des violences graves. “Kwemtche” rappelle que l’Upc portait un combat d’émancipation et que ce conflit a coûté la vie à des dizaines de milliers de Camerounais.

S’appuyant sur des travaux rapportés comme établis—notamment ceux liés à la commission mixte franco-camerounaise—l’association affirme que Penka Michel aurait fonctionné comme un centre de regroupement forcé, où au moins 9 000 personnes auraient été entassées dans des conditions inhumaines, et où beaucoup n’en auraient pas survécu.

“Kwemtche” rapporte aussi, dans le même esprit de vérité historique, une collaboration attribuée au chef Penka Michel avec l’administration coloniale française : appuis à la répression, renseignements contre des combattants de l’Upc et facilitation de la violence à l’encontre des populations soupçonnées de sympathies nationalistes.

Ce n’est pas une rumeur : c’est une mémoire que les témoignages et la recherche cherchent à faire entendre.

3) Justice mémorielle : pour arrêter de transmettre la douleur…

Dans nos villages, le tribut payé à l’histoire a été immense : familles brisées, vies arrêtées, traumatismes qui se transmettent encore.

Alors nous devons poser la question avec force, sans détour :
que comprendra un enfant en grandissant avec le nom “Penka Michel” comme référence de son territoire ?

Pour “Kwemtche”, continuer à porter ce nom tel quel revient à maintenir dans l’espace public une mémoire qui n’a pas été apaisée.
Le changement de dénomination devient, dès lors, une exigence de dignité.

4) Réconciliation : un acte de guérison, pas une vengeance

Le changement demandé n’est pas une chasse aux personnes.
Il s’agit d’un geste de réconciliation, parce qu’une réconciliation véritable commence par la reconnaissance.

On ne réconcilie pas une nation en honnorant—même indirectement—des figures liées à la répression du propre peuple.
On ne construit pas la paix sociale sur le silence.

C’est pour cela que “Kwemtche” défend la mémoire comme fondement de l’unité.

5) Une démarche légitime, portée par la communauté…

“Kwemtche” rappelle que partout dans le monde, les sociétés confrontées à des héritages douloureux réexaminent les symboles qu’elles ont longtemps gardés par habitude.

Ici aussi, la communauté doit être actrice.
Le processus ne doit pas venir “d’en haut”. Il doit venir de la base.

6 ) Aux descendants et ayant-droits : dialogue et fraternité…

“Kwemtche” appelle au respect.

Les descendants et ayant-droits ne sont pas responsables des actes de leur ascendant.
L’association propose une rencontre entre mémoires : un dialogue fraternel pour avancer vers une réconciliation durable.

Ce changement est un chemin vers la paix—pas une condamnation familiale.

7) L’issue dépend des filles et fils de l’arrondissement…

Le point décisif est simple : ce sont les populations qui trancheront.

“Kwemtche” invite chacun à :
-débattre en famille et dans les associations ;
-participer aux échanges publics sur l’histoire de la région ;
-prendre part aux consultations publiques qui proposeront le nom reflétant le mieux l’identité commune.

Le futur symbole de Penka Michel doit être choisi par ceux qui y vivent et qui en portent l’histoire.

8) La force d’une pétition : faire bouger le dossier…

En France par exemple, lorsqu’une pétition atteint 100 000 voix en moins de six mois, le Sénat se saisit du dossier.

L’objectif n’est pas d’imiter un modèle à l’identique.
L’objectif est de rappeler que quand la voix citoyenne devient forte et structurée, les institutions sont obligées de considérer la demande avec sérieux.