Comme annoncé, le 24 juillet 2026, le stade Tocket de Bafoussam va vibrer au rythme d’un gigameeting présenté comme une fête de l’unité du parti. Mais les signes déjà perceptibles— notamment l’absence dans l’organisation remarquée de Célestine Ketcha Courtès, les tensions autour de Luc Sindjoun et la marginalisation dénoncée de Jean Kuete ou d’Emmanuel Nzété — laissent penser que le Rdpc, plus que par le passé, se fissure en profondeur dans la région de l’Ouest.
Théodore Datouo au perchoir : les exclusions et la recomposition des pouvoirs dans l’Ouest se dessinent
Par Sam Noukat___________
Le 24 juillet 2026, le stade Tocket de Bafoussam est annoncé comme le théâtre d’un gigameeting de remerciements à l’endroit du président Paul Biya, dans la foulée de la nomination de Théodore Datouo à la présidence de l’Assemblée nationale. Le message officiel est clair : consacrer un « fils de l’Ouest » et, plus encore, afficher la cohésion d’un Rdpc rassemblé autour des intérêts de l’État et du parti.
Pourtant, à l’heure où les élites se mobilisent, les signaux de division se multiplient, et surtout, deviennent visibles. L’analyse ne peut ignorer ce qui se lit entre les lignes : ce meeting, censé souder, expose des dissensions profondes au sein du Rdpc dans la région de l’Ouest, dissensions qui, manifestement, dépassent par leur intensité ce que l’on observait jusque-là.
Deux absents qui “parlent” : Ketcha Courtès et Sonatrel…
Le premier élément révélateur concerne la liste des contributeurs. Deux noms de poids y figurent en creux : Célestine Ketcha Courtès et le directeur général de Sonatrel. Leur absence n’est pas anecdotique. Elle ressemble davantage à un choix politique qu’à un simple incident logistique.
À travers cette exclusion, une question s’impose : quelles alliances locales sont récompensées, et quelles personnes sont, de fait, mises à l’écart ? Lorsque certains cadres et acteurs économiques, pourtant identifiés à des dynamiques internes du parti, ne sont pas associés à une mobilisation majeure, le message adressé à la base devient lourd de sens.
Luc Sindjoun, “faiseur de rois” : la recomposition des pouvoirs…
Au cœur de cette recomposition figurent les manœuvres attribuées à Luc Sindjoun, conseiller spécial du président, présenté comme l’un des stratèges du Secrétariat général de la présidence. Réputé proche de Théodore Datouo, il est décrit comme un architecte présumé de cette nomination au perchoir — et, surtout, comme un « faiseur de rois » au sein du Rdpc.
Or, dans un parti où l’influence se construit par réseaux, appuis et loyautés, l’idée même d’un faiseur de rois contrevient à la logique de consensus. Elle alimente des rivalités, déséquilibre les rapports de forces et attise la colère des clans installés. Ce positionnement de Sindjoun ne semble pas avoir été du goût de ceux qui se réclament de la continuité organisationnelle : le clan de Ketcha Courtès, mais aussi Jean Kuete et Fabien Nitchéu.
Le cœur de la condamnation : une mise à l’écart organisée…
Plus grave encore, les éléments évoqués laissent entendre une forme de “sanction politique” : la marginalisation de Jean Kuete, secrétaire général du Rdpc, et d’Emmanuel Nzété, parmi d’autres figures. Condamner cette mise à l’écart n’est pas une posture : c’est relever un mécanisme qui fragilise le parti de l’intérieur.
Car comment croire à l’adhésion collective lorsque des responsables installés sont contournés, et lorsque la dynamique régionale semble se construire sans eux, voire contre eux ? Dans les faits, le Rdoc dans l’Ouest donnerait l’impression d’être redevenu un champ de compétition entre blocs, chacun cherchant à capter les bénéfices politiques d’une nomination nationale.
Quand les réseaux économiques accélèrent la fracture…
À cela s’ajoute un autre signal : la forte implication d’hommes d’affaires associés au réseau du Sgpr, notamment Jules Famawa. La description d’une “guerre ouverte” contre Célestine Ketcha Courtès à Bangangté illustre une vérité que les partis n’aiment jamais admettre : les luttes internes ne restent pas confinées aux appareils politiques. Elles s’étendent aux espaces économiques et aux ancrages locaux, et finissent par influencer la loyauté des populations.
Un Rdpc divisé, un message qui inquiète…
Ainsi, le gigameeting de remerciements, présenté comme un moment d’unité, agit comme un révélateur. Il montre que les dissensions au sein du Rdpc dans l’Ouest ne sont plus seulement des divergences de circonstance : elles constituent une recomposition durable des positions, avec des absents significatifs, des acteurs clés contestés, et une mise à l’écart dénoncée.
À travers le cas de Bafoussam, c’est bien une bataille de lignes et de loyautés qui se joue. Et lorsque le parti au pouvoir multiplie les signaux d’exclusion, la cohésion promise devient un défi : celui de gouverner sans fracturer davantage ses propres fondations.
