Jean-Michel Nintcheu évoque la question de la vacance du pouvoir et le débat sur l’alternance au Cameroun
Par Thomas Tankou___________
Une déclaration qui ravive la question de la continuité de l’État…
L’interpellation du Coordonnateur de l’alliance politique pour le changement changement (Apc), relayée, remet au centre du débat camerounais une question institutionnelle sensible : que faire lorsque l’absence prolongée de Paul Biya alimente des interrogations sur la vacance, réelle ou supposée, au sommet de l’État ? En affirmant que le « Conseil constitutionnel doit constater la vacance au sommet de l’État », l’opposant dépasse le registre politique classique pour entrer dans le champ juridique et constitutionnel. Autrement dit, il ne s’agit plus seulement de commenter une situation, mais d’exiger une lecture officielle, encadrée par les règles, afin de préserver la continuité de l’État.
L’opposition mise sur le levier constitutionnel…
Dans le contexte actuel, où plusieurs responsables de l’opposition demandent des clarifications depuis des semaines, la stratégie de Jean-Michel Nintcheu se distingue par sa méthode : forcer l’existence d’une réponse institutionnelle. Cette démarche souligne un constat récurrent en politique camerounaise : lorsque les zones d’ombre s’étendent, le débat devient rapidement un test de la solidité des mécanismes constitutionnels.
En théorie, la Constitution camerounaise confie au Conseil constitutionnel des prérogatives précises, notamment pour constater, le cas échéant, la vacance de la présidence de la République dans des conditions qu’elle encadre. Or, à ce stade, aucune réaction officielle du Conseil ni de la présidence n’a été enregistrée. Le silence institutionnel, dans une période déjà traversée par des questions de calendrier, de légitimité et de succession, agit comme un carburant pour la surenchère politique et les interprétations concurrentes.
Absence prolongée : entre perception, droit et stabilité…
Au-delà de la personne, le cœur du débat est la stabilité. La continuité de l’État repose sur une architecture : des procédures, des acteurs, des délais, et surtout une capacité à trancher en temps utile. Lorsque l’absence du président devient un sujet durable, la difficulté n’est pas uniquement de « savoir » — elle est aussi de « décider » selon des règles claires.
Dans les démocraties où l’alternance est fréquente, ce type de question est souvent traité comme un incident institutionnel. Au Cameroun, en revanche, la persistance des mêmes méthodes depuis bientôt cinq décennies rend la question de la vacance plus explosive : elle touche à la manière dont le pays gère la transition du pouvoir, et donc à la confiance dans les mécanismes de sortie de crise.
La difficile alternance au Cameroun, révélateur d’un verrou politique…
L’accent sur la difficile alternance au Cameroun s’impose ici, car la déclaration de Nintcheu ne surgit pas dans le vide : elle s’inscrit dans une réalité politique où les transitions au sommet sont perçues comme rares, longues et, parfois, difficiles à anticiper. Cette perception influence la façon dont les acteurs interprètent tout événement concernant la présidence : absence, santé, déplacements, ou rumeurs de succession.
Dès lors, interroger la vacance n’est pas seulement un geste juridique ; c’est aussi une manière de questionner le verrou politique qui rend l’alternance incertaine. Quand celle-ci apparaît comme lointaine, chaque développement lié à la présidence devient immédiatement un enjeu national. Le Conseil constitutionnel, dans ce scénario, devient un symbole : celui de l’arbitrage suprême capable — ou non — de traduire une situation sensible en décisions institutionnelles.
Une clarification attendue, pour limiter l’instabilité…
Au final, la question posée par le président du Front pour le changement du Cameroun (Fcc) appelle une réponse qui dépasse le débat d’opinion. Une clarification officielle permettrait de réduire les spéculations, de protéger l’ordre institutionnel et de rappeler que les règles constitutionnelles sont faites pour être actionnées, y compris en période de tension.
En l’absence de réaction à ce stade, le pays demeure dans une zone grise où la politique risque de prendre le dessus sur le droit. Or, dans un contexte marqué par la difficulté de l’alternance, l’urgence est autant institutionnelle que politique : éviter que la continuité de l’État ne se transforme en crise de légitimité.
