En contestant plus de sept mois après les faits, les résolutions d’une Convention extraordinaire du Mrc tenue par visioconférence et réservée uniquement à ses militants, le Minat ouvre un nouveau front avec le parti de Maurice Kamto. . L’autre curiosité dans cette affaire : le ministre dit que les résolutions prises à la Convention du 21 décembre 2025 sont nulles. Soit. Mais il adresse quand même ce 19 août 2026 une correspondance à Christopher Ndong, le Sg issu de ladite Convention. Une reconnaissance de fait…
Quand le contrôle administratif sert de prétexte pour ostraciser les adversaires politiques
Par Thomas
Tankou___________
En s’attaquant, près de huit mois après les faits, à une Convention extraordinaire du Mrc tenue en visioconférence et exclusivement réservée à ses militants, Paul Atanga Nji donne le sentiment que le ministère de l’Administration territoriale ne se contente plus de faire respecter la loi : il entend désormais s’immiscer dans la vie interne d’un parti politique. Derrière une apparente querelle de procédure se profile une question autrement plus grave : l’instrumentalisation du pouvoir administratif contre le Mrc et son président, Maurice Kamto.
Quand le Minat s’invite dans une réunion privée…
Le fait est pour le moins surprenant. Le Mrc a tenu, le 21 décembre 2025, une Convention extraordinaire par visioconférence. Il ne s’agissait ni d’un meeting, ni d’une marche, ni d’un rassemblement ouvert au public. Les participants étaient les membres du parti.
Pourtant, Paul Atanga Nji invoque le non-respect de l’obligation de déclaration prévue par la loi du 19 décembre 1990 relative aux réunions et manifestations publiques.
C’est ici que le bât blesse.
Quelle disposition de cette loi permet-elle de soumettre une réunion interne, privée et virtuelle d’un parti politique au régime des réunions et manifestations publiques ? La question est centrale et le ministre doit y répondre autrement que par une simple référence à un texte.
Dans un État de droit, l’administration ne dispose pas d’un pouvoir général de contrainte sur les citoyens et les organisations. Elle agit dans le cadre des compétences que lui attribuent les textes. Une formalité administrative ne peut être exigée que si son fondement légal est clairement établi.
Près de huit mois pour découvrir une « irrégularité » ?…
La chronologie rend l’affaire encore plus politique.
21 décembre 2025 : le Mrc organise sa Convention extraordinaire.
21 janvier 2026 : les statuts et le règlement intérieur adoptés sont transmis au ministère.
Puis, silence radio.
Il faudra attendre le 19 août 2026 pour que Paul Atanga Nji écrive au parti qu’il ne trouve pas opportun de donner suite à cette démarche. La lettre ne sera finalement retirée que le 27 août par un membre de la team management du Mrc.
Plus de sept mois pour réagir !
Cette temporalité interroge. Lorsqu’une administration constate une irrégularité qu’elle estime suffisamment grave pour remettre en cause une démarche politique, pourquoi attendre plusieurs mois avant de se prononcer ?
Le délai ne constitue pas, à lui seul, la preuve d’une manœuvre politique. Mais il nourrit légitimement le soupçon d’une intervention davantage dictée par le contexte politique que par une nécessité administrative immédiate.
L’acharnement comme méthode ?…
Pour le Mrc, cette affaire ne surgit pas dans un désert politique. Elle s’inscrit dans une longue série de tensions entre le parti de Maurice Kamto et le ministère de l’Administration territoriale.
Paul Atanga Nji est devenu, aux yeux des responsables du Mrc, l’un des principaux visages de la repression administrative exercée sur leur formation politique.
Le problème est alors moins la capacité du ministre à faire respecter la loi que la manière dont cette compétence est exercée.
Le ministère peut contrôler. Il ne devrait pas pouvoir étouffer.
Il peut demander des explications. Il ne devrait pas pouvoir transformer chaque acte d’organisation interne en dossier administratif.
Il peut veiller au respect de la loi. Il ne saurait devenir le co-gestionnaire de la vie interne d’un parti.
Or, à force d’interventions, de restrictions et de contestations visant le Mrc, l’impression s’installe que le Minat ne se comporte plus comme un arbitre administratif, mais comme un acteur du rapport de force politique.
Maurice Kamto et le Mrc dans le viseur…
Cette situation est d’autant plus préoccupante qu’elle touche une formation politique dont le président, Maurice Kamto, demeure l’une des figures majeures de l’opposition camerounaise.
Le contrôle administratif peut-il devenir un moyen de fragiliser politiquement un adversaire ?
C’est la question que pose, en filigrane, cette nouvelle affaire.
Le Mrc réclame simplement au ministre de préciser pourquoi sa transmission de documents a été qualifiée de « requête » et quel texte imposait la procédure invoquée.
Cette demande est parfaitement légitime.
Car le droit ne saurait être à géométrie variable. Si une règle existe, elle doit s’appliquer à tous. Si une procédure est obligatoire, son fondement doit être identifiable. Et si une administration intervient dans le fonctionnement d’un parti, elle doit pouvoir démontrer précisément qu’elle agit dans le cadre de ses compétences.
Le Minat n’est pas la direction politique du Mrc…
Au fond, cette affaire révèle une dérive qu’il serait dangereux de banaliser : celle d’une administration qui, sous couvert de contrôle de légalité, pourrait finir par s’arroger un droit de regard permanent sur l’organisation et les décisions internes des partis politiques.
Le Mrc n’est pas une administration placée sous la tutelle politique du Minat. Maurice Kamto n’a pas à recevoir du ministre Atanga Nji l’autorisation d’organiser la vie interne de son parti lorsque la loi ne la prévoit pas.
Dans une démocratie véritable, le ministère doit garantir les libertés publiques, non les administrer au gré des rapports de force.
Et lorsque le pouvoir administratif semble s’acharner sur un parti précis, la question n’est plus seulement de savoir ce que dit la lettre du ministre.
Il faut aussi demander : pourquoi maintenant, pourquoi le Mrc, et surtout, au nom de quelle loi ?
