Moins de trois semaines pour se séparer des pièces concernées, dans l’attente de précisions sur les modalités d’échange.
Ces pièces de monnaie qui perdent leur cours légal dès le 1er novembre
Par Ibrahim Baba Matip__________
Le 1er novembre 2026 approche à grands pas. À cette échéance, les anciennes pièces de monnaie en argent des millésimes 1958, 1959, 1971, 1976 et 1985 ne seront plus reconnues comme moyens de paiement dans les six pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac). Une décision prise le 7 octobre à N’Djamena par le Comité ministériel de l’Union monétaire de l’Afrique centrale (Umac), qui soulève déjà une question essentielle : les détenteurs disposent-ils réellement de suffisamment de temps pour se conformer à cette mesure ?
Un calendrier particulièrement serré…
Entre l’annonce de la décision et son entrée en vigueur, le délai est inférieur à un mois. Pour une mesure concernant des pièces susceptibles de dormir depuis des décennies dans les tiroirs, les coffres familiaux ou les réserves de certains commerçants, le calendrier paraît particulièrement contraignant.
Au Cameroun, comme dans les autres pays de la Cemac, les détenteurs doivent rapidement identifier les pièces concernées, vérifier les possibilités de dépôt ou d’échange et prendre les dispositions nécessaires. Or, toutes les personnes concernées ne suivent pas quotidiennement les communications de la Banque centrale. Certaines pourraient même ignorer l’existence de ces pièces dans leur patrimoine familial jusqu’au moment où elles chercheront à les utiliser.
Le problème est donc autant pratique qu’informationnel. Une décision monétaire de cette portée suppose une communication suffisamment large pour atteindre les commerçants, les particuliers, les collectionneurs et les personnes vivant dans les zones éloignées des grandes villes.
Cinq millésimes dans le viseur…
Les pièces visées portent les dates de 1958, 1959, 1971, 1976 et 1985. Certaines ont ainsi près de soixante-dix ans d’existence. Leur ancienneté leur confère parfois un intérêt historique ou numismatique qui dépasse leur valeur faciale.
Leur composition en argent peut également leur donner une valeur liée au cours du métal. Dans ces conditions, leur retrait de la circulation ne concerne pas uniquement les utilisateurs ordinaires de monnaie. Les collectionneurs et les personnes qui conservent ces pièces comme objets de patrimoine sont également concernés.
Une incertitude demeure toutefois : que deviendront les pièces retirées du cours légal ? Pourront-elles être échangées contre des pièces ou des billets encore valables ? Selon quelles modalités, auprès de quels établissements et jusqu’à quelle date ? En l’absence de précisions publiques suffisantes sur ces aspects, les détenteurs risquent de se retrouver face à une échéance sans disposer de toutes les informations nécessaires.
La lutte contre la pénurie et les circuits illégaux…
Le Comité ministériel justifie cette décision par la volonté de lutter contre la pénurie de pièces de monnaie et les activités illégales liées à leur circulation. Ces objectifs renvoient à une difficulté persistante dans les économies de la sous-région : assurer la disponibilité effective de la monnaie divisionnaire nécessaire aux transactions quotidiennes.
La possibilité que certaines pièces en argent soient davantage recherchées pour leur métal que pour leur valeur faciale constitue une explication économique plausible de leur retrait progressif du circuit. Elle ne saurait cependant être présentée comme le motif officiellement établi par la Beac, qui n’a pas détaillé publiquement, dans les éléments disponibles, la nature exacte des activités illégales évoquées.
La Beac attendue sur les modalités pratiques…
L’urgence est désormais à la clarification. La Banque des États de l’Afrique centrale doit préciser les modalités de retrait, d’échange éventuel et d’information du public. Les agences de la Beac et les banques commerciales constituent des interlocuteurs à contacter pour obtenir des renseignements fiables.
Car au-delà de la décision elle-même, c’est la capacité des usagers à s’y conformer dans les délais qui est en jeu. Moins de quatre semaines pour retrouver, identifier et éventuellement échanger des pièces parfois oubliées depuis plusieurs générations : le défi est réel.
La modernisation du système monétaire et la lutte contre les pratiques illicites peuvent justifier des mesures de retrait. Mais leur efficacité dépend aussi de leur mise en œuvre. Sans information accessible et sans modalités clairement établies, le délai du 1er novembre risque de transformer une opération de régulation monétaire en véritable course contre la montre pour les détenteurs de ces anciennes pièces.
