Les manifestations sismiques enregistrées au pied du volcan il y a quelques jours relancent le débat sur la préparation des pouvoirs publics face à une éventuelle catastrophe. Surveillance scientifique, voies de dégagement, moyens de secours et sensibilisation des riverains : autant de défis qui exigent des réponses anticipées.

Faut-il attendre que le Mont Cameroun crache le feu pour préparer les évacuations ?

Par Thomas Tankou___________

Les secousses enregistrées à Buéa ravivent les inquiétudes autour du volcan et relancent le débat sur la préparation des pouvoirs publics face à une éventuelle éruption. Entre observations scientifiques, connaissances traditionnelles et exigences de protection civile, la prévention apparaît comme un impératif.

La récente activité sismique ressentie dans plusieurs quartiers de Buéa, notamment Buéa Town, Bokwaongo et Soppo, remet au premier plan la question de la sécurité des populations vivant au pied du Mont Cameroun. La secousse, qui aurait duré une quinzaine de secondes en pleine nuit, a suscité de nombreuses interrogations sur une éventuelle reprise de l’activité volcanique. Si aucune confirmation scientifique ne permet, à ce stade, d’annoncer une éruption prochaine, cet épisode rappelle néanmoins la vulnérabilité des localités riveraines de l’un des volcans les plus actifs d’Afrique.

Au-delà de l’émotion provoquée par cet événement, deux préoccupations majeures se dégagent : la capacité des autorités à anticiper une catastrophe naturelle et la nécessité de disposer d’un dispositif opérationnel pour mettre les populations à l’abri.

Une alerte traditionnelle qui interpelle les pouvoirs publics…

La prise de parole du Chef supérieur des Bakweris, Sa Majesté le Dr Esuka Lifafa Mbella Endeley V, sur les antennes de la Crtv, a donné une dimension particulière à cette actualité. Pour le souverain traditionnel, les manifestations observées sur le massif constituent un avertissement qui ne saurait être ignoré. Se référant notamment aux connaissances ancestrales et aux périodes d’activité volcanique relevées dans l’histoire du Mont Cameroun, il considère qu’une nouvelle éruption pourrait survenir.

Son intervention dépasse ainsi le registre des croyances traditionnelles. Elle pose une question fondamentale de gouvernance territoriale : dans quelle mesure les autorités sont-elles préparées à faire face à une catastrophe susceptible de toucher des milliers de personnes ?

Le chef traditionnel plaide notamment pour l’aménagement de voies d’évacuation supplémentaires, l’installation de casernes de sapeurs-pompiers et l’élaboration de mécanismes permettant un déplacement rapide des populations menacées. Des propositions qui méritent d’être examinées indépendamment du calendrier hypothétique d’une prochaine éruption.

La science appelle à la prudence…

L’appréciation des spécialistes apporte toutefois un éclairage différent. Le Dr Mafany George, délégué régional de la Recherche scientifique et de l’Innovation pour le Sud-Ouest, confirme l’existence d’une activité magmatique en profondeur, susceptible d’expliquer les manifestations sismiques enregistrées dans la région.

Cette observation doit être replacée dans son contexte géologique. Le Mont Cameroun est un édifice volcanique actif dont le fonctionnement peut s’accompagner de mouvements souterrains sans que ceux-ci annoncent nécessairement une éruption dans l’immédiat.

La distinction est essentielle. Une activité sismique constitue un phénomène à surveiller, mais ne représente pas, à elle seule, une preuve suffisante de l’imminence d’une manifestation éruptive. La prévision repose sur le croisement de plusieurs paramètres, notamment la fréquence et l’intensité des séismes, les déformations du sol et les éventuelles émissions de gaz.

Dans ce contexte, les déclarations alarmistes diffusées sur les réseaux sociaux, parfois accompagnées de scénarios de destruction massive, risquent d’entretenir une peur injustifiée et de compliquer le travail des services compétents.

La prévention, un chantier qui ne peut plus attendre…

La dernière éruption majeure du Mont Cameroun remonte à l’année 2000. Cette référence historique suffit à rappeler que le risque volcanique n’est pas une hypothèse abstraite pour les populations installées dans son environnement.

L’enjeu n’est donc pas de déterminer publiquement une date hypothétique pour la prochaine éruption, mais de réduire les conséquences humaines et matérielles d’un événement éventuel. Cela suppose une surveillance scientifique permanente, des systèmes d’alerte accessibles, des exercices réguliers d’évacuation et une sensibilisation adaptée aux réalités des communautés riveraines.

Il importe également que les pouvoirs publics communiquent régulièrement sur les observations effectuées et les mesures envisagées. Une information officielle, précise et compréhensible constitue un rempart contre les rumeurs et les comportements dangereux.

En définitive, les récentes secousses de Buéa doivent être considérées comme une occasion de renforcer la préparation nationale face aux risques naturels. Car, qu’une nouvelle éruption survienne prochainement ou dans plusieurs années, la responsabilité des pouvoirs publics demeure la même : ne pas attendre la catastrophe pour organiser la protection des populations.