Le webinaire de haut niveau qui s’est tenu à Paris, co-organisé par la Banque de France et la Fondation pour les études et recherches sur le développement international (Ferdi), a mis en lumière une problématique cruciale pour la Banque des États de l’Afrique Centrale (Béac) et la Commission bancaire d’Afrique centrale (Cobac) : le rôle des banques centrales dans la lutte contre le changement climatique.
Zone Cemac : Assurer la stabilité financière pour un avenir plus résilient sur le long terme
Par Thomas Tankou_____________
L’intervention du Gouverneur Yvon Sana Bangui a révélé des mesures innovantes que ces institutions mettent en place pour faire face aux défis posés par les chocs climatiques, qui ont des répercussions directes sur l’inflation et les réserves de change de la région.
Impact des chocs climatiques sur l’économie de la Cemac…
Sana Bangui a souligné que les événements climatiques, tels que les inondations et la désertification, affectent non seulement l’environnement, mais également l’économie de la Cemac. Ces chocs climatiques perturbent les chaînes d’approvisionnement, entraînent des pertes de production agricole et, par conséquent, contribuent à l’augmentation de l’inflation.
Bien plus, la détérioration des conditions climatiques impacte également les réserves de change, car la région dépend largement des exportations de matières premières sensibles aux aléas climatiques.
En reconnaissant ces risques, la Béac et la Cobac montrent une prise de conscience accrue de l’interconnexion entre les enjeux environnementaux et la stabilité économique. Cette approche proactive est essentielle pour anticiper et mitiger les effets néfastes des crises climatiques sur le système financier.
La réforme du « Guichet B » : Une innovation stratégique…
L’annonce de la transformation du « Guichet B » en « Guichet Vert » représente une avancée significative dans la politique monétaire de la Béac. Ce mécanisme vise à rediriger les liquidités vers des projets à faible empreinte carbone, renforçant ainsi l’engagement de la Banque centrale envers le développement durable. En appliquant des décotes différenciées aux actifs éligibles comme collatéral, ce dispositif incite les banques à accorder des prêts aux secteurs durables, réduisant ainsi leur exposition aux risques climatiques.
Cette initiative démontre une compréhension approfondie de la nécessité d’intégrer les considérations environnementales dans les décisions financières. En soutenant les investissements durables, la Béac ne se contente pas de réagir aux crises, mais s’efforce également de créer un environnement économique résilient.
Reconnaissance des risques climatiques comme risques financiers…
En tant que Président de la Cobac, le Gouverneur a affirmé que les risques climatiques sont désormais reconnus comme des risques financiers à part entière. Cette reconnaissance est cruciale, car elle permet d’intégrer de manière systémique les considérations climatiques dans le cadre prudentiel de la Cemac. Les futurs Stress Tests Climatiques (S.T.C.) seront un outil essentiel pour évaluer la résilience du système bancaire face à ces nouveaux défis.
L’intégration de ces tests dans les exercices de stress tests classiques marque un tournant dans la manière dont la région appréhende les risques financiers. En adaptant les scénarios de vulnérabilité aux réalités spécifiques de la Cemac, la Cobac montre une volonté de renforcer la robustesse du secteur financier face aux incertitudes climatiques.
Le rôle de catalyseur de stabilité…
Le Gouverneur Sana Bangui a insisté sur l’importance du rôle de catalyseur que la Béac et la Cobac entendent jouer dans la régulation du marché financier. En utilisant leurs leviers monétaires et prudentiels, ces institutions cherchent à encourager les acteurs financiers à devenir des partenaires actifs dans la résilience et la transition vers des pratiques durables.
Cette approche proactive est essentielle pour stabiliser le marché financier en Afrique centrale, surtout dans un contexte où les chocs climatiques sont de plus en plus fréquents. En promouvant des pratiques financières responsables et en soutenant des projets durables, la Béac et la Cobac contribuent non seulement à la stabilité économique, mais aussi à la durabilité environnementale.
Des mécanismes pour faire face aux risques climatiques…
En somme, la stratégie mise en avant par la Béac et la Cobac pour faire face aux risques climatiques témoigne d’une vision éclairée et d’un engagement fort envers la durabilité. La reconnaissance des impacts des chocs climatiques sur la stabilité financière, ainsi que l’innovation du « Guichet Vert », illustrent une volonté claire d’adapter le cadre financier aux défis contemporains. En jouant le rôle de catalyseur de stabilité, ces institutions sont bien placées pour guider la Cemac vers un avenir plus résilient et durable.
