Le septième sommet entre l’Union Européenne et l’Union Africaine, qui s’est achevé hier en Angola, a été marqué par la présence d’une quatre-vingtaine de chefs d’État d’Afrique et d’Europe. Cependant, l’absence notable du président camerounais Paul Biya soulève de nombreuses questions sur l’état de la diplomatie camerounaise et son rôle en tant que leader régional en Afrique centrale.

Le Cameroun, géant d’Afrique centrale aux pieds d’argile brille par une diplomatie en décalage

Par Thomas Tankou___________

Promotion du multilatéralisme, migrations, sécurité… Tels sont les principaux sujets qui ont été abordés au dernier sommet de Luanda. Mais la voix de l’Afrique centrale n’a pas été suffisamment écoutée.

Le Cameroun, souvent perçu comme le géant économique de la sous-région, se trouve à un tournant délicat de son histoire politique. La récente réélection de Paul Biya, malgré un scrutin controversé, a exacerbé les tensions internes et a mis en lumière une crise post-électorale marquée par des revendications d’une victoire par son rival, le candidat Issa Tchiroma. Cette situation préoccupe non seulement les citoyens camerounais, mais inquiète également les voisins du pays, qui regardent de près l’évolution de la situation.

La gestion de cette crise semble avoir pris le pas sur les engagements diplomatiques de Paul Biya, le confinant dans une inertie qui pourrait avoir de graves conséquences pour le Cameroun sur le plan international.

Une diplomatie en pointillés…

L’absence au sommet UA/UE est révélatrice d’une ère de diplomatie tatillonne et sporadique à laquelle les Camerounais sont habitués. Le Cameroun, bien qu’étant une locomotive économique, se retrouve en retrait sur l’échiquier diplomatique. Alors que le sommet a abordé des thèmes cruciaux pour la coopération entre l’Europe et les nations africaines, le Cameroun semble avoir opté pour un silence assourdissant, négligeant une opportunité en or de se repositionner et d’affirmer son leadership sur la scène régionale.

Les discussions à Luanda n’ont pas seulement porté sur des enjeux économiques ; elles ont également touché des problématiques de paix et de sécurité en Afrique, des questions qui devraient inquiéter un pays comme le Cameroun, confronté à des défis sécuritaires de longue date.

Un partenariat gagnant-gagnant manqué…

Le Cameroun aurait pu tirer parti de cette rencontre pour renforcer ses relations avec l’Union Européenne, établir des relations d’échanges plus bénéfiques, et rassurer les investisseurs sur sa stabilité. Cependant, l’inertie actuelle donne l’impression que le pays se limite à une diplomatie passive, ce qui pourrait avoir des répercussions sur les relations bilatérales et multilatérales.

Alors que les autorités camerounaises semblent être occupées à gérer des crises internes, le manque d’engagement auprès de partenaires internationaux n’est pas sans avertir d’un isolement diplomatique qui pourrait avoir des conséquences économiques et stratégiques regrettables.

L’absence de leadership dans le domaine diplomatique pourrait davantage affaiblir la position du Cameroun au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), ainsi que dans ses relations avec des acteurs clés comme l’Union Européenne.

Inertie pouvant conduire vers un isolement…

L’absence de Paul Biya au sommet de Luanda n’est qu’un symbole des défis auxquels le Cameroun fait face aujourd’hui.

Au moment où le pays devrait jouer un rôle de pionnier dans la diplomatie sous-régionale, son inertie actuelle pourrait le conduire vers un isolement nuisible. Pour redresser la barre, une réévaluation des priorités diplomatiques et un engagement renouvelé avec les partenaires internationaux s’imposent, afin de tirer profit des opportunités offertes par un partenariat véritablement gagnant-gagnant.

La diplomatie camerounaise doit évoluer pour répondre aux réalités de son temps et affirmer son rôle de leader en Afrique centrale.