L’incident survenu récemment sur le site du projet des 10 000 logements sociaux de Mfou ne constitue pas seulement une simple affaire de protocole, mais il reflète un problème plus profond qui touche à la gouvernance et à l’efficacité des projets d’envergure au Cameroun.
Un laisser-aller qui plombe la construction des logements sociaux
Par Thomas Tankou___________
En effet, le refus d’accès au chantier par les vigiles au ministre de l’Habitat et du Développement urbain, Célestine Ketcha Courtès, ainsi qu’au préfet de la Mefou-et-Afamba, soulève des questions cruciales sur la transparence et la responsabilité au sein de la Société Immobilière du Cameroun (Sic).
Un contexte explosif…
Le projet de logements sociaux à Mfou a été attendu comme une réponse urgente aux besoins en habitat pour une population sans cesse croissante. Malheureusement, après plus de quatre ans, seuls une centaine de logements ont été livrés, alors que plus de 90 milliards de FCfa y ont déjà été déployés. Ce décalage entre les attentes et la réalité est symptomatique d’un laisser-aller qui gangrène non seulement la Sic, mais l’ensemble des initiatives étatiques dans le pays.
Ce qui est troublant dans cette affaire, c’est le fait que le Directeur général de cette société immobilière semble avoir la capacité de défier l’autorité d’un ministre et d’un préfet. D’où vient cette protection qui lui permet de s’opposer à une inspection officielle ? Cette situation soulève des préoccupations sur les rapports de force au sein de l’administration camerounaise, ainsi que sur l’impunité dont bénéficient certains responsables.
Des questions en suspens…
Le blocage de cette visite d’évaluation n’est pas qu’un simple incident isolé. Il remet en question la stratégie de développement mise en place pour répondre aux besoins sociaux fondamentaux des Camerounais. Pourquoi, dans un contexte déjà tendu, la Sic aurait-elle choisi de cacher les avancées (ou plutôt le manque d’avancées) de ce projet ? Cela témoigne-t-il d’une volonté de dissimuler une gestion défaillante, ou d’un manque de communication et de coopération entre les différents acteurs impliqués ? La première hypothèse semble plus plausible.
Ce silence et cette opacité entravent non seulement la bonne marche du projet, mais aussi la confiance du public dans les institutions. La société civile réclame aujourd’hui une plus grande transparence sur la gestion des projets d’infrastructure, et cet incident met en lumière la nécessité d’un audit rigoureux et d’une reddition de comptes systématique.
Un appel à plus de responsabilité…
Il est grand temps pour le gouvernement camerounais de prendre des mesures concrètes afin de redresser la barre d’une gestion souvent jugée laxiste. Le développement du pays ne peut pas se faire sans une structure administrative solide, exerçant un contrôle rigoureux sur les projets financés par l’État. Les dérives constatées dans ce projet doivent inciter à revoir les mécanismes de contrôle et à instaurer une véritable responsabilité dans les actions entreprises.
Le malaise est plus que profond…
L’incident survenu sur le site des 10 000 logements sociaux à Mfou n’est qu’un symptôme d’un mal plus profond qui touche le développement du Cameroun. Un laisser-aller généralisé, combiné à une gestion opaque, compromet les efforts de développement et fait peser un lourd fardeau sur les épaules d’une population en quête de solutions concrètes à ses problèmes de logement. La transparence, l’efficacité et la responsabilité doivent devenir les nouveaux critères de référence pour toutes les initiatives publiques.
