Le 15 janvier 2026 marque le 55ème anniversaire de l’assassinat d’Ernest Ouandie, une date gravée dans la mémoire collective du Cameroun. Ce nationaliste, symbole de la lutte pour l’indépendance, a été abattu sous la dictature d’Ahidjo à Bafoussam, laissant derrière lui une profonde cicatrice dans le cœur de la nation.
Une représentation théâtrale à Yaoundé pour commemorer un « écorché vif »
Par Chimène Etonde___________
Cette année, la commémoration a pris la forme d’une représentation théâtrale poignante, qui a su confronter l’imagination du public avec la réalité brutale de l’assassinat.
Une œuvre originale…
La pièce intitulée « 15 janvier 1971 », écrite par Pr Charles Soh et mise en scène par le professeur Guy Francis Tami Yoba, livre une exploration émotionnelle des derniers instants de vie de Ouandie. La représentation, qui s’est tenue au Centre culturel Ubuntu, a non seulement rappelé la brutalité de sa mort, mais a également révélé l’humanité d’un homme qui a sacrifié sa vie pour ses convictions. C’est une histoire qui résonne avec une telle intensité qu’elle touche chaque spectateur, suscitant des réflexions sur les sacrifices exigés par le nationalisme.
Le message emotionnel…
En tant que femme, je ne peux m’empêcher de ressentir une profonde douleur en observant la scène. La fusillade, qui a enlevé la vie à un homme visionnaire, me rappelle la vulnérabilité de la vie elle-même. En tant que mère, chaque tir de fusil retentit comme un écho lointain de l’angoisse, le cri silencieux des femmes qui ont donné la vie et qui craignent pour l’avenir de leurs enfants. La mort de Ouandie sur la place publique, un lieu censé abriter espoir et avenir, contraste cruellement avec la réalité de la violence. C’est une tragédie qui nous renvoie à notre propre humanité, et m’invite à réfléchir sur la mémoire collective et l’importance de l’héroïsme au-delà de la violence.
L’oubli et le devoir de mémoire…
L’assassinat d’Ernest Ouandie a souvent été relégué aux marges de l’histoire, sujet à l’oubli collectif. Dans notre société, l’oubli de ces figures héroïques peut sembler être un acte de survie, une manière de passer à autre chose. Mais cet oubli est perçu comme une forme d’abandon, une trahison envers ceux qui se sont battus pour notre indépendance. La représentation théâtrale, ainsi que la conférence qui a suivi, sous le thème « Splendeurs et misères du nationalisme camerounais », a réaffirmé la nécessité de se souvenir de ces luttes et des sacrifices consentis. Le professeur Albert Dikoume et le professeur Emmanuel Tchumtchoua, en nous offrant leurs analyses, nous rappellent que notre parcours national est pavé de luttes, de souffrances et de sacrifices.
Préserver notre héritage collectif..
Ce 55ème anniversaire nous offre une occasion de réfléchir non seulement sur la vie d’Ernest Ouandie, mais aussi sur notre héritage collectif. En tant que femmes, nous avons un rôle crucial à jouer pour transmettre cette mémoire, pour garantir que les sacrifices réalisés ne soient pas oubliés.
La représentation théâtrale a brillé comme un phare, éclairant les ombres de l’histoire et nous incitant à célébrer et honorer ceux qui ont osé défier l’injustice. C’est avec émotion et détermination que nous devons porter le flambeau de la mémoire, pour nos enfants et les générations futures. Que le sacrifice d’Ernest Ouandie ne soit pas qu’une simple note de bas de page dans l’histoire, mais une source d’inspiration pour un avenir de paix et de dignité.
