Il est fascinant de constater comment la justice médiatique, sous l’égide du Conseil National de la Communication, peut parfois agir de manière aussi incompréhensible.

Comment interpréter la suspension de Boney Philippe par le CNC

Par Thomas Tankou_________

La récente décision de suspendre le journaliste Boney Philippe, Directeur des médias chez Vision 4 pour un mois d’antenne, suite aux déclarations sulfureuses de ses invités, Fridolin Nke et Dieudonné Essomba, est questionnable. Qu’est-ce qui peut bien justifier une telle sanction, alors que les auteurs de ces propos controversés, visiblement à l’aise sur le plateau, à la limite désinvoltes, s’en tirent avec une impunité déconcertante ?

Un bouc émissaire en pleine lumière…

L’essence de la situation semble résider dans le besoin pressant de désigner un coupable. En choisissant d’infliger une sanction à Boney Philippe, le Cnc a astucieusement déplacé l’attention sur un individu, détournant ainsi la responsabilité des orateurs, visiblement protégés par leur statut d’invités réguliers.

Quoi de plus noble que de sacrifier un journaliste à l’autel de la bienséance médiatique, tout en préservant les vedettes de l’antenne ? Ce geste de clémence involontaire à l’égard de Nke et Essomba nous plonge dans une cocasserie sans pareille, où le principal fautif se trouve être celui qui conduit les débats.

Une décision qui interroge…

Cette décision soulève des questions légitimes : le rôle du journaliste est-il de jouer le simple témoin des échappées verbales d’autrui ? Ou doit-il, au contraire, s’assurer que le discours qui est transmis aux téléspectateurs respecte une certaine éthique ? En tenant Boney Philippe responsable des propos tenus par ses invités, le Cnc semble vouloir affirmer son autorité, mais à quel prix ? La distinction entre le provocateur et celui qui les encadre se dilue, laissant place à une confusion regrettable.

Une injustice criante…

Il est difficile de ne pas voir dans cette suspension une injustice qui saute aux yeux, digne des plus grands drames d’une pièce de théâtre absurde. Le journaliste, en lui-même un phare de la vérité, est vilipendé pour avoir laissé s’exprimer la voix de ceux qui peuvent clamer sans crainte. Les deux hommes, frondeurs et certes enivrés par leur propre audace, s’en tirent miraculeusement indemnes, renforçant l’impression d’un système à deux vitesses. Les mots ont un poids, certes, mais leur portée est parfois amplifiée par le contexte ; ici, un contexte qui semble privilégier les discours controversés à la liberté d’expression du journaliste.

Un appel urgent à la réflexion…

La décision du Cnc devrait nous inciter à réfléchir à la nature de la régulation des médias. Si chaque mot prononcé par des invités devient une épée de Damoclès pour les journalistes, qui osera encore prendre le risque d’accueillir des opinions divergentes sur son plateau ? Au lieu de protéger le libre échange d’idées, un tel jugement produit l’effet inverse. Instaurant du coup une autocensure sournoise chez ceux qui doivent arbitrer ces échanges.

Ainsi, la suspension de Boney Philippe s’interpose entre le devoir d’information et la réalité d’un paysage médiatique en quête désespérée de respectabilité. Peut-être est-il temps de demander au Cnc de se pencher sur la vraie question : qui sont véritablement les responsables de cette spirale de provocation et de répression ?