Quatre ans après la création de l’association « Kwemtche », Pr Soh Charles et ses collaborateurs ont réuni la presse nationale et internationale au Massao Palace Hôtel à Yaoundé. Il était question de rendre compte publiquement de son travail civique et mémoriel, ainsi que de l’état des procédures judiciaires en lien avec ses activités.

Clarifier la mémoire, défendre la liberté de débat et tendre la main

Par Cyprien Afana (envoyé spécial à Yaoundé)___

L’evenement s’est articulé autour d’un double objectif : informer le public sur la démarche menée sur le terrain des identités administratives et éclairer le contexte judiciaire dans lequel évolue aujourd’hui la recherche historique au Cameroun. Surtout, les responsables de l’association ont tenu à rappeler avec force une ligne directrice : le dialogue et la réconciliation, malgré les difficultés judiciaires auxquelles ils disent faire face.

Une démarche de mémoire ancrée dans le “terrain” administratif…

Au cours de la conférence, le premier volet a porté sur la question de la désignation administrative de l’arrondissement de Penka-Michel. Les responsables de Kwemtche ont expliqué que leur approche repose sur un travail collectif, progressif et citoyen. Ils ont indiqué qu’un document de demande a été progressivement construit, avec la participation d’acteurs issus des communautés concernées, afin d’adresser aux autorités de la République une requête visant à réexaminer la situation de la dénomination en vigueur.

Pour l’association, cette démarche ne relève pas de la provocation : elle s’inscrit dans une logique de cohérence et de clarification. Elle exprime une attente de reconnaissance et de transparence, en plaçant les populations au cœur d’une initiative structurée. Le message est clair : la mémoire n’est pas un sujet confisqué à quelques-uns, elle doit pouvoir s’exprimer à travers des mécanismes civiques respectueux des institutions.

Le contentieux comme défi à la liberté de recherche…

Le deuxième axe a permis de faire le point sur les procédures judiciaires en cours. Les responsables ont présenté l’existence d’un différend porté devant la justice, et ont expliqué que la situation actuelle s’est notamment renforcée à la suite d’une décision intervenue en octobre 2025 au sujet de la diffusion d’un documentaire traitant des enjeux historiques et administratifs liés à l’unité administrative concernée.

Au-delà de ce cas précis, Kwemtche soutient que cet épisode s’inscrit dans une dynamique plus large : l’utilisation du contentieux, selon eux, comme levier de pression au détriment de la recherche, du débat et du droit d’informer. L’association appelle ainsi le public à considérer la portée du phénomène : lorsque la justice devient un outil d’intimidation, la qualité du débat public s’en trouve fragilisée, et l’accès à des questions historiques est entravé.

Quatre ans de travail documentaire et éditorial…

Le troisième volet a dressé le bilan du parcours accompli. Kwemtche a rappelé que son action s’est construite sur plusieurs années d’enquêtes, de publications, de mobilisation citoyenne et de production éditoriale. Les responsables ont mis en avant la parution d’un ouvrage consacré à la dimension socio-historique du sujet étudié, et ont annoncé la préparation d’un second livre, qui entend approfondir la manière dont certains récits de mémoire peuvent être contestés, discutés ou empêchés.

Ce bilan, présenté comme une œuvre de fond, donne à la conférence une dimension structurante : l’association ne se place pas seulement dans la posture de défense, mais surtout dans celle de la production de connaissances. L’information et la documentation deviennent ainsi le socle de leur action, en complément des démarches citoyennes engagées.

Une main tendue, malgré la dureté du dossier judiciaire…

Le point le plus notable dans l’ensemble des interventions concerne la volonté de dialogue des responsables de Kwemtche. Conscients de la tension créée par les procédures judiciaires, ils affirment néanmoins refuser une logique de rupture définitive. À leurs yeux, la justice de mémoire qu’ils réclament ne relève pas de la vengeance : elle vise la reconnaissance des faits, la clarification, puis l’apaisement entre les mémoires.

Ainsi, l’association dit vouloir maintenir un esprit d’échange avec les descendants et représentants des familles concernées. L’idée n’est pas d’assigner une responsabilité morale aux héritiers, ni d’opposer des communautés entre elles. Mais de permettre une rencontre fondée sur la compréhension. Dans cette perspective, Kwemtche se présente comme un acteur de conciliation : il conteste, documente, interroge — tout en cherchant à bâtir des ponts.

Une conférence pour informer et protéger l’espace public…

En définitive, la conférence de Kwemtche apparaît comme un acte de clarification. Face à un dossier judiciaire qui, selon l’association, entrave la diffusion et le débat, elle répond par la transparence et par la communication des éléments de son travail. En insistant sur le dialogue, malgré la confrontation devant les tribunaux, Kwemtche cherche à rappeler une exigence citoyenne : on peut défendre une cause historique avec fermeté, sans renoncer à l’éthique du respect.

Le message final des responsables est celui-ci : la mémoire ne doit pas être étouffée, le débat public ne doit pas être criminalisé, et la réconciliation doit rester possible, même quand le chemin est parsemé d’obstacles judiciaires.