Dans les discours, on promet. Dans les nominations, on “rationalise”.
Et dans la réalité, on découvre le véritable programme : faire mentir le discours avec un sourire protocolaire.
Un jeune septuagénaire nommé à la tête de la Société camerounaise d’électricité
Par Thomas Tankou_________
Paul Biya avait promis, pendant son discours d’investiture, de nommer les jeunes et les femmes aux postes de responsabilité.
Les Camerounais ont donc attendu un geste clair :
moins de vieux réflexes, plus de nouveaux visages, un minimum de respect pour la phrase prononcée.
La jeunesse, version officielle : le “jeune septuagénaire”…
À la tête de la Société camerounaise d’électricité, née sur les cendres d’Eneo — on place un “jeune septuagénaire”.
“Jeune”, dites-vous ?
Oui, sûrement. Jeune dans le langage d’État.
Chez nous, la jeunesse ne se mesure pas au temps. Elle se mesure à l’annonce.
Et tant qu’on l’écrit dans un communiqué, elle devient valide, même si elle a déjà une tombe en perspective.
C’est la magie au sommet, le mensonge d’État :
on ne rajeunit pas le pays, on rajeunit juste la définition du mot.
Les femmes ? Pas dans le management, manifestement…
Promettre les femmes, c’est beau.
Nommer les femmes, c’est mieux.
Mais à la lecture du top management de Socadel : surprise… aucune perspective de “priorité aux femmes”.
Il n’y a pas de discrimination directe dans les mots.
Il n’y a juste… aucune traduction dans la réalité.
Autrement dit :
les femmes existent dans le discours.
Elles n’existent pas dans les décisions.
C’est une belle manière de dire : “On vous entend.”
Sauf qu’on vous entend comme on entend une télé en fond : assez pour faire semblant, pas assez pour agir.
L’apaisement sans anglophones : la paix à sens unique…
Et pendant qu’on vend l’apaisement — surtout dans les régions anglophones — on construit une équipe de management sans aucun anglophone.
Alors on veut apaiser par décret ?
On veut calmer la guerre avec des fauteuils qui ne comprennent même pas la réalité du terrain ?
C’est comme faire la paix avec des gens qui n’ont jamais été invités aux discussions.
L’État dit : “On va régler.”
Mais l’État fait : “On ne vous prend pas.”
Socadel : l’électricité… et le théâtre institutionnel
Une société d’électricité devrait produire de la lumière.
À ce rythme-là, Socadel produira surtout une autre chose : de la confusion.
Parce qu’on a maintenant un modèle éprouvé :
-Promesse publique : “jeunesse et femmes”.
-Nomination privée : vieillissement et entre-soi.
-In fine: le pays doit applaudir au mensonge bien emballé.
La communication a tellement pris le pouvoir qu’elle a fini par remplacer l’action.
Les projets avancent… dans les discours.
Le reste ? On verra “bientôt”.
Le Cameroun n’a pas besoin de slogans, il a besoin de cohérence
On peut être en désaccord sur des profils, des trajectoires, des compétences.
Mais on ne peut pas demander aux citoyens de croire à la promesse quand la promesse est contredite par les faits.
Quand le discours promet jeunesse et femmes, et que la décision nomme un “jeune septuagénaire” et exclut les anglophones, le message est net :
-ce pays ne manque pas d’idées,
-il manque de respect,
-et surtout, il manque de cohérence.
Socadel n’est peut-être pas née sur les cendres d’Eneo…
mais elle est bien née sur les cendres du sens.
