La disparition du président du Manidem rappelle la profondeur des enjeux politiques au Cameroun, mais surtout la nécessité de poursuivre l’action sans se limiter aux slogans. Le combat continue…

De la contestation au pouvoir réel : Sam Mbaka s’enracine dans les territoires

Par Thomas Tankou____________

La disparition d’Anicet Ekane a ravivé une question de fond au Cameroun : que reste-t-il, après la perte d’un acteur, de la dynamique de mobilisation ? Au-delà du choc et du deuil, l’événement agit comme un révélateur. Il met en évidence la persistance d’un élan collectif, porté par des organisations et des figures qui refusent que la politique se réduise à des cérémonies, des rivalités de façade ou des promesses non vérifiées.

Parmi les voix qui portent cette continuation, celle de Cyrille Sam Mbaka se distingue par sa cohérence : elle relie l’exigence démocratique à la vie quotidienne des populations. Son engagement ne se limite pas à contester un ordre établi ; il vise surtout à imposer une logique de responsabilité, de contrôle et de participation à la base. Autrement dit, son combat pour les libertés ne s’exprime pas seulement au niveau des discours : il se traduit par une volonté de structurer l’engagement populaire et de transformer la relation entre gouvernés et gouvernants.

Une lutte pour les libertés qui refuse la déconnexion…

Dans la plupart des systèmes où l’espace civique est contraint, les oppositions sont souvent piégées dans un cycle : elles réclament le changement, mais ne parviennent pas à créer des mécanismes durables qui obligent l’action publique à rendre compte. Ce type de situation produit une frustration profonde : les citoyens donnent leur soutien, mais ne voient pas de résultats transformés en garanties concrètes. Le problème n’est alors pas seulement l’absence de compétence, mais la faiblesse d’un cadre de reddition des comptes et de suivi local.

La ligne de Cyrille Sam Mbaka répond précisément à cette faille. Elle part d’un principe simple : la liberté politique ne doit pas être uniquement une revendication abstraite, elle doit se traduire en pouvoir réel de décision, de surveillance et d’évaluation. Lorsque les habitants peuvent choisir leurs représentants et suivre ce que ces derniers font, l’idée de liberté cesse d’être une posture pour devenir un outil de transformation.

Son approche insiste sur l’importance d’objectiver la relation entre les citoyens et l’administration locale : il ne s’agit pas seulement de manifester ; il s’agit d’organiser. Les associations de quartier, les comités et les formes d’engagement communautaire deviennent alors des infrastructures sociales de contrôle, capables d’éviter la politique “à sens unique”.

Le rapport de force s’inverse par la méthode…

L’enjeu central, dans cette perspective, n’est pas seulement d’affronter un adversaire politique, mais de modifier la dynamique. Les discours de contestation peuvent être nécessaires, mais ils ne suffisent pas si la mobilisation reste dispersée. Cyrille Sam Mbaka met plutôt l’accent sur une stratégie où le peuple cesse d’être un public et devient un acteur.

Cette logique se résume à une idée : ceux qui contestent doivent aussi se doter d’un système d’évaluation et de négociation permanente. Les représentants ne doivent pas apparaître comme des élus “hors sol”, mais comme des agents dépendants d’un mandat citoyen, surveillé et discuté. Le rôle des structures locales est donc décisif : elles permettent de consolider la crédibilité, de rendre la mobilisation plus efficace et de réduire les manipulations.

Le combat pour les libertés, dans ce cadre, prend une forme pragmatique. Il ne s’agit pas uniquement de réclamer la confiance ; il s’agit de la mériter par la transparence.

L’articulation entre commune et communauté : identité et gestion…

Une autre idée mise en avant dans cette démarche est la distinction entre deux dimensions :
-la commune, envisagée comme espace de gestion de services ;
-la communauté, comprise comme espace d’identité et de cohésion.

Cette séparation n’est pas un détail technique : elle touche à la manière dont les politiques publiques se connectent à la vie réelle. Lorsqu’on mélange les registres, la gestion devient un instrument de domination et l’identité un prétexte à la fragmentation. À l’inverse, lorsque chaque espace remplit sa fonction propre, la politique se met à servir des objectifs clairs : écoles, routes, marchés, services et projets concrets.

Pour Sam Mbaka, la liberté ne prend sens que si l’organisation sociale est capable de produire du bien commun. La morale et l’éthique, dans cette perspective, ne relèvent pas d’un sermon : elles fonctionnent comme des garde-fous nécessaires contre l’arbitraire et la corruption.

Le fédéralisme sans décentralisation réelle : un risque de cosmétique politique…

Dans de nombreux débats camerounais, certaines notions constitutionnelles ou politiques sont invoquées comme solutions. Pourtant, une question demeure : que change réellement la pratique ? Une réforme peut exister dans les textes, mais rester sans effet si les moyens, les responsabilités et les mécanismes de contrôle ne suivent pas.

L’homme politique ne croit pas aux changements “de façade” qui promettent une transformation radicale sans transférer les capacités d’agir. Il soutient l’idée que l’on ne peut pas durablement corriger des déséquilibres par des ajustements symboliques. Si les décisions et les ressources continuent d’être captées au sommet, les populations auront l’impression d’un théâtre institutionnel.

Son argument est également culturel : certaines régions, habituées à une centralisation rigide, peuvent reproduire les réflexes de domination même dans un contexte réformé. D’où l’importance de créer des conditions pour que les communes deviennent de véritables lieux de décision, pas de simples maillons administratifs.

De l’échec au sommet à la réussite à la base : une logique de continuité…

La force du discours de Cyrille Sam Mbaka réside aussi dans sa lecture du rapport entre les niveaux de pouvoir. Il refuse l’idée que l’échec à un endroit condamne nécessairement l’avenir. Si le sommet ne produit pas les résultats attendus, la base peut créer d’autres trajectoires.

Ce raisonnement a une portée stratégique. Il explique pourquoi, même après des drames politiques, la mobilisation ne s’effondre pas : elle se reformule. Les citoyens, plus nombreux que les dirigeants et les appareils, disposent d’une capacité d’exigence. À condition toutefois qu’ils soient organisés, informés et capables d’exercer un suivi.

Ainsi, le combat continue, non pas par obstination, mais par construction : construction de réseaux locaux, construction de mécanismes de responsabilité, construction d’un rapport civique exigeant.

Un engagement pour transformer la liberté en pouvoir concret…

L’analyse de la trajectoire portée par l’un des co-fondateur du groupe de Douala conduit à une idée majeure : les libertés se gagnent aussi par des méthodes de gestion et de surveillance de proximité. La politique ne peut pas rester un affrontement de sommets ; elle doit devenir une dynamique enracinée dans les territoires.

Son engagement pour les libertés ne se réduit pas à l’opposition traditionnelle. Il vise une mutation du rôle des citoyens : de simples électeurs à véritables acteurs, capables de contrôler, d’évaluer et de maintenir la pression sur les décisions publiques.

En ce sens, le combat qui se poursuit après la disparition d’Anicet Ekane n’est pas seulement une réaction émotionnelle. C’est une stratégie de long terme : faire de la base le lieu où la démocratie devient tangible, où l’éthique redevient centrale, et où l’unité nationale cesse d’être une promesse lointaine pour devenir une expérience quotidienne.