Les mémoires collectives et individuelles n’ont pas encore enterré le triste souvenir de la mort tragique du président du Manidem, survenue au Secrétariat d’État à la Défense (Sed), après avoir été privé de son extracteur d’oxygène. Un autre combattant dans le couloir de la mort.
Procédure judiciaire ou urgence médicale ? L’affaire Essama comme révélateur
Par Chimène Etondè Ekwalla___________
Les éléments évoqués autour de l’état de santé d’André Blaise Essama, détenu à la prison de New-Bell à Douala, posent une question déterminante : même incarcéré, tout citoyen doit bénéficier de soins adéquats. À travers le récit d’une arrestation décrite comme arbitraire et d’une maladie sévère menaçant son pied, analyse de l’obligation humanitaire de l’État et l’impératif de protéger la vie avant tout retard médical.
Cet élément n’est pas un simple récit : il renvoie à une question fondamentale, celle du respect de la vie et de la santé même lorsque l’on est détenu.
Dans cette même logique, les informations relatives à la situation du combattant André Blaise Essama doivent être analysées non seulement comme un épisode individuel, mais aussi comme un signal sur l’état du traitement carcéral réservé aux personnes arrêtées, notamment lorsqu’elles sont accusées ou soupçonnées d’opposition.
Une arrestation décrite comme arbitraire…
Selon les éléments en notre possession, le 7 novembre 2025, au lendemain de la prestation de serment de Paul Biya, Essama aurait été arrêté sans mandat, sans convocation et sans assistance d’un avocat. Le récit lie cette arrestation à un comportement civique : avoir dénoncé publiquement les violences post-électorales et appelé à un deuil national après la mort de plusieurs citoyens.
Si ces faits sont avérés, l’enjeu dépasse la personne d’Essama : il touche à l’État de droit, à la protection contre les arrestations arbitraires et au droit à la défense. Or, dans la pratique, la défense ne suffit pas si la personne détenue est ensuite exposée à des risques médicaux graves.
L’urgence médicale : quand la détention devient une menace…
Le document insiste sur une donnée décisive : l’état de santé d’Essama serait alarmant, notamment en raison d’un diabète sévère qui menacerait son pied, jusqu’à évoquer une possible amputation de son orteil.
Autrement dit, la détention n’est pas ici seulement une restriction de liberté : elle pourrait devenir un instrument de dégradation irréversible de la santé. Une maladie chronique, lorsqu’elle n’est pas correctement prise en charge, évolue vite. Dans un tel contexte, retarder les soins revient à transformer la prison en espace de vulnérabilité plutôt qu’en cadre de détention.
Soins en prison : un droit du citoyen, pas une faveur…
C’est précisément là qu’il faut mettre l’accent, à la lumière des éléments ci-dessus : même incarcéré, un citoyen doit bénéficier des soins de santé.
La santé n’est pas un privilège accordé au gré des circonstances. C’est un droit lié à la dignité humaine et à l’intégrité physique. La logique humanitaire impose donc un minimum : suivi médical régulier, disponibilité des traitements requis, prévention des complications et gestion des urgences.
Lorsque les conditions de détention ne permettent pas un suivi approfondi, l’administration pénitentiaire ne peut pas se retrancher derrière la seule procédure judiciaire. La responsabilité demeure, car la détention implique une obligation de protection de la personne contre les conséquences prévisibles d’une mauvaise prise en charge.
La caution et le devoir de protection…
À défaut d’une libération immédiate et totale, les éléments suggèrent une alternative : une libération sous caution afin de permettre à Essama de se soigner. Cette proposition n’est pas une atteinte à l’autorité de l’État ; elle peut être comprise comme une mesure de bon sens visant à éviter l’aggravation d’un état médical.
Dans le même temps, le rappel implicite de la mort du président du Manidem — survenue après privation d’oxygène — renforce l’idée qu’une réponse tardive coûte des vies. Il est donc urgent que les autorités considèrent la question sanitaire comme prioritaire, indépendamment des tensions politiques.
L’humanité comme test de l’État…
L’analogie avec Anicet Ekanè, « tué à petit feu », traduit une crainte : que certaines personnes soient laissées dans une souffrance progressive. À ce stade, la question centrale demeure : qu’est-ce qu’un ordre public s’il sacrifie la vie ?
Au-delà du débat politique, l’exigence est claire : toute personne détenue doit être traitée avec humanité, et la santé doit être un impératif. Une justice qui protège uniquement la procédure, mais ignore la souffrance, perd sa légitimité.
