Alors que les Douanes camerounaises n’ont déclaré que 147 kilogrammes d’or exportés en cinq ans, les autorités de Dubaï ont enregistré près de 44 tonnes en provenance du Cameroun. Cette différence abyssale illustre une fuite massive de richesses nationales et soulève de nombreuses interrogations sur les complicités qui ont permis un tel système.
Près de 2000 milliards de Francs Cfa échappent à l’économie camerounaise
Par Thomas Tankou__________
La publication par les autorités camerounaises d’un état des lieux des exportations d’or entre 2021 et 2025 marque un tournant dans la compréhension de l’ampleur de la fraude minière au Cameroun. Les chiffres sont vertigineux : 44,3 tonnes d’or auraient quitté clandestinement le territoire national, pour une valeur estimée à près de 2 000 milliards de FCFA, tandis que le manque à gagner fiscal est évalué à 577,51 milliards de FCFA. Au-delà de la fraude, ces données révèlent une véritable fuite de richesse nationale qui fragilise durablement les finances publiques et le développement économique.
Une saignée pour les finances publiques…
L’écart entre les statistiques des Douanes camerounaises et celles enregistrées à Dubaï met en évidence une économie parallèle solidement structurée. Alors que seulement 147 kilogrammes d’or ont été officiellement exportés en cinq ans, près de 44 tonnes ont été recensées à leur arrivée aux Émirats arabes unis.
Sur le plan économique, cette contrebande représente bien davantage qu’une simple perte de recettes fiscales. Elle prive l’État de ressources budgétaires susceptibles de financer les infrastructures, les hôpitaux, les écoles, les routes ou encore les investissements productifs. Les 577 milliards de FCFA de recettes fiscales perdues correspondent à une érosion considérable de la capacité de l’État à investir dans les politiques publiques et à soutenir la croissance.
À cela s’ajoute une détérioration de la balance des paiements. Une ressource stratégique quitte le territoire sans être correctement comptabilisée dans les exportations officielles, réduisant artificiellement les recettes d’exportation et affaiblissant les réserves en devises.
Une économie de prédation…
Les informations publiées montrent que cette contrebande ne peut prospérer sans un réseau de complicités. Le document évoque des interventions au sein de l’administration et des forces de sécurité qui auraient facilité les opérations.
Dans un système où plus de 200 sociétés illégales exploitent l’or, dont une écrasante majorité d’entreprises étrangères, la question de la responsabilité des prévaricateurs devient incontournable. Une telle organisation suppose des protections administratives, des défaillances de contrôle et, potentiellement, des actes de corruption qui permettent aux circuits clandestins de fonctionner pendant plusieurs années.
Dans ce contexte, l’opinion publique pourrait s’interroger sur les responsabilités individuelles et institutionnelles. Les autorités judiciaires sont les seules compétentes pour établir d’éventuelles responsabilités pénales. Si des cadres de l’administration ou des responsables politiques, y compris issus du parti au pouvoir, étaient impliqués, seule une enquête suivie de procédures régulières permettrait de le démontrer.
Le défi de la gouvernance minière…
La fermeture annoncée de 200 sociétés illégales, le retrait de 53 permis d’exploitation et l’obligation d’obtenir l’approbation de la SONAMINES avant toute exportation constituent des mesures importantes. Elles traduisent une volonté de reprendre le contrôle d’un secteur stratégique.
Cependant, ces décisions n’auront un impact durable que si elles s’accompagnent d’un renforcement de la gouvernance minière, d’une traçabilité rigoureuse de la production, d’un contrôle renforcé des frontières et de poursuites effectives contre les auteurs des détournements et leurs éventuels complices.
Au-delà des chiffres, cette affaire rappelle que la richesse minérale ne constitue un levier de développement que lorsqu’elle est correctement administrée. Dans le cas contraire, elle devient une rente captée par des réseaux de prédation, alimentant les sorties illicites de capitaux, l’économie informelle et l’appauvrissement de l’État. Le véritable enjeu dépasse donc la récupération de quelques tonnes d’or : il s’agit de restaurer la crédibilité des institutions, de protéger le patrimoine national et de faire en sorte que les ressources naturelles profitent effectivement à l’ensemble des Camerounais.
Les chiffres publiés par les autorités camerounaises révèlent l’ampleur d’un trafic aurifère qui aurait privé le pays de 44,3 tonnes d’or entre 2021 et 2025. Au-delà des 577 milliards de FCFA de pertes fiscales, cette contrebande met en lumière les failles de la gouvernance minière, les réseaux de prédation et le coût économique d’un pillage organisé.
