À quelques mois des législatives et municipales annoncées pour février 2027, l’hypothèse d’un nouveau décalage revient dans le débat. L’administration territoriale envisagerait de s’appuyer sur la proximité du Ramadan pour repousser l’échéance. Une justification religieuse qui pourrait surtout masquer une équation politique devenue plus délicate pour le parti au pouvoir.

Paul Atanga Nji va-t-il encore repousser le rendez-vous ?

Par Cyprien Afana
Tsama__________

Le spectre d’un nouveau décalage des élections législatives et municipales de 2027 revient au centre du débat politique au Cameroun. Selon une information publiée par Africa Intelligence le 17 septembre 2026, les autorités étudieraient la possibilité de repousser une nouvelle fois le scrutin. Le motif susceptible d’être avancé serait lié au calendrier du Ramadan, dont le début est annoncé autour du 8 février 2027.
Sur le papier, l’argument relève de la prise en compte d’une contrainte religieuse. Dans le débat politique, il ouvre cependant une interrogation plus vaste : pourquoi le Cameroun devrait-il une nouvelle fois réaménager son agenda électoral alors que les mandats concernés ont déjà bénéficié de plusieurs prolongations ?

Un calendrier qui n’en finit plus d’être repoussé…

Le précédent municipal illustre cette dérive du calendrier. Le décret n°2026/166 du 4 mai 2026 a prolongé jusqu’au 28 février 2027 le mandat des conseillers municipaux élus en février 2020.
Cette décision intervenait après une première prolongation. Dans le même temps, le mandat des députés avait lui aussi été prolongé jusqu’en décembre 2026. Le système institutionnel se retrouve ainsi dans une situation où l’échéance électorale, au lieu de constituer un rendez-vous clairement établi, devient progressivement une variable susceptible d’être déplacée.
C’est précisément cette succession d’aménagements qui nourrit aujourd’hui la suspicion d’une stratégie dilatoire. Ses détracteurs peuvent y voir une manière de gagner du temps plutôt qu’une simple réponse à des contraintes techniques.

Le Ramadan, justification suffisante ?…

Le problème n’est évidemment pas le respect du calendrier religieux. Dans un pays où coexistent plusieurs confessions, la prise en compte des grandes périodes religieuses peut parfaitement être discutée.
La question est ailleurs : le motif invoqué suffirait-il à justifier un nouveau bouleversement du calendrier électoral ?
Le ministère de l’Administration territoriale joue officiellement un rôle dans le suivi des questions électorales. Dès lors, toute proposition de modification du calendrier devrait pouvoir être appréciée à partir de critères transparents : contraintes logistiques, disponibilité des ressources financières, sécurité, faisabilité matérielle et égalité des conditions de participation.
Autrement, le risque est de voir s’installer l’idée que l’échéance électorale peut être repoussée chaque fois que le contexte politique devient moins confortable.
Le Rdpc face à l’épreuve du terrain
C’est ici que l’analyse d’Africa Intelligence prend une dimension politique. Le journal spécialisé rapporte que le pouvoir redouterait les conséquences d’un scrutin groupé dans un contexte marqué par les séquelles de la présidentielle de 2025 et par la fragilisation de certains bastions électoraux du parti au pouvoir.
Le sujet dépasse donc largement la seule question du Ramadan. Il renvoie à une interrogation fondamentale : le Rdpc est-il prêt à affronter un scrutin dans lequel la désignation des candidats, leur implantation locale et leur capacité à convaincre les électeurs pèseraient davantage que les arbitrages venus du sommet ?
Dans plusieurs régions, les ambitions individuelles et les rivalités internes montrent déjà que la compétition électorale ne sera pas uniquement un affrontement entre partis. Elle sera aussi une bataille pour le contrôle des territoires électoraux.

Le peuple camerounais face au droit à l’alternance électorale…

À force de repousser l’échéance, le pouvoir prend surtout le risque d’alimenter la défiance. Chaque prolongation appelle une justification nouvelle ; chaque justification nourrit à son tour la question de savoir si l’obstacle invoqué est réellement technique ou s’il répond à des considérations politiques.
Le débat devrait donc être ramené à une exigence simple : un calendrier électoral crédible, prévisible et respecté.
Car au-delà des intérêts du Rdpc, de l’opposition ou des futurs candidats, il existe un acteur qui ne devrait jamais être relégué au second plan : l’électeur camerounais. Son droit de choisir ses représentants ne peut durablement dépendre des convenances du moment.
Si un nouveau report devait finalement intervenir, il appartiendrait aux autorités d’en établir publiquement les raisons, les bases juridiques et la nouvelle échéance. À défaut, le soupçon d’un simple gain de temps politique risque de devenir plus puissant que le motif officiellement avancé.