À Paris, la faible affluence enregistrée lors de la manifestation du 10 octobre 2026 met à l’épreuve le récit d’une adhésion massive à Issa Tchiroma Bakary. Entre rejet du régime Biya, engagement militant et fidélité politique, la frontière semble plus complexe que ne le laissait croire l’enthousiasme électoral de 2025.

Après l’euphorie, les partisans de Tchiroma face au retour de la réalité

Par Cyprien Afana Tsama__________

Le désaveu du régime Biya ne vaut pas chèque en blanc pour l’ancien ministre. La faible affluence observée devant l’ambassade du Cameroun en France met à nu les limites de sa capacité de mobilisation.

Une vingtaine de manifestants pour une ambition européenne…

Samedi 10 octobre 2026, devant l’ambassade du Cameroun à Paris, le décor était planté pour une démonstration de force. Délégations européennes annoncées, prises de parole, marche, conférence de presse et manifeste figuraient au programme. Mais au moment de compter les présents, la mobilisation s’est révélée bien plus modeste que les ambitions affichées : une vingtaine de personnes, selon les images diffusées par les participants eux-mêmes.

Pour une opération destinée à témoigner du soutien de la diaspora à Issa Tchiroma Bakary, le résultat avait quelque chose d’embarrassant. L’état-major était au rendez-vous, mais l’armée annoncée semblait avoir oublié l’adresse. À Paris, la politique a parfois le mérite de transformer les grandes proclamations numériques en petites additions très concrètes.

Le plébiscite qui n’en était peut-être pas un…

Le contraste avec la présidentielle d’octobre 2025 est saisissant. En France, Issa Tchiroma avait recueilli environ 2 000 suffrages, dont plus d’un millier dans les dix bureaux de vote de l’ambassade à Paris. Un résultat que ses soutiens pouvaient légitimement présenter comme un succès électoral.

Mais fallait-il y voir une adhésion durable à son programme, à sa personne et à son projet politique ? La manifestation parisienne invite à distinguer deux réalités que la communication militante a parfois intérêt à confondre.

Dans un scrutin marqué par la contestation du pouvoir de Paul Biya et les frustrations d’une partie de l’électorat, voter Tchiroma pouvait constituer un moyen de sanctionner le régime en place. Ce choix ne signifiait pas nécessairement que les électeurs avaient soudain découvert une vocation militante pour l’ancien ministre.

On peut glisser un bulletin dans une urne pour contrarier le pouvoir sans pour autant vouloir défiler derrière celui qui l’a recueilli. L’isoloir n’est ni un bureau d’adhésion ni une permanence politique.

Les réseaux sociaux ne votent pas dans la rue…

Pendant des mois, les directs, les publications et les conversations numériques ont entretenu l’image d’un mouvement en pleine expansion. À force de répétitions, une communauté très active sur Internet peut donner l’impression d’un peuple en marche. Le problème commence lorsque vient l’heure de vérifier cette impression sur le terrain.

La nomination, en avril dernier, de responsables issus de la BAS en Europe devait notamment contribuer à structurer cette dynamique. Pourtant, la notoriété d’un activiste ne garantit pas qu’il puisse entraîner ses sympathisants derrière une nouvelle bannière. Christian Djoko, nommé coordinateur en Allemagne, a d’ailleurs démissionné le 11 septembre.

Les images de Paris montrent notamment Laure Noutchang, ancienne cadre du Mrc, et Amédée Dimitri Touko Tom, présenté comme un stratège du camp Tchiroma. Leur présence illustre l’implication de figures connues. Elle ne suffit cependant pas à établir les raisons de l’absence des autres électeurs, ni à mesurer à elle seule l’implantation nationale du mouvement.

Le vote contre Biya, pas forcément pour Tchiroma…

La principale leçon de cette journée tient donc moins au nombre de personnes rassemblées qu’à l’erreur d’interprétation qui a pu être faite du scrutin précédent. Un électorat de protestation n’est pas automatiquement un mouvement organisé. Le rejet d’un pouvoir ne vaut pas approbation intégrale de celui qui lui oppose sa candidature.

La faible affluence parisienne ne permet pas, à elle seule, de conclure à l’effondrement politique d’Issa Tchiroma. Elle constitue néanmoins un signal embarrassant pour un camp qui semblait confondre audience numérique et capacité de mobilisation.

En 2025, une partie des électeurs français a pu utiliser son bulletin pour adresser un avertissement au régime Biya. En octobre 2026, la rue parisienne rappelle que ce geste électoral n’était pas nécessairement une promesse de fidélité.

Moralité : combattre politiquement un régime et épouser l’offre de son adversaire sont deux exercices différents. À vouloir transformer chaque voix de contestation en certificat d’amour politique, on finit par prendre un vote de circonstance pour une déclaration de mariage. À Paris, la cérémonie annoncée s’est tenue devant une assistance clairsemée.