Élu le 1er octobre 2026 à la présidence du Tribunal international du droit de la mer, le juriste et diplomate camerounais consacre plusieurs décennies d’expérience au service du droit international. De ses premières études au Cameroun à ses fonctions au sein des grandes juridictions internationales, itinéraire d’un spécialiste désormais appelé à diriger une institution stratégique.
Zoom-back sur le parcours exceptionnel du Pr Maurice Kengne Kamga
Par Thomas
Tankou___________
De Bandjoun aux hautes sphères de la justice internationale, le professeur Maurice Kengne Kamga a construit un parcours à la croisée du droit, de la diplomatie et de l’enseignement supérieur. Élu président du Tribunal international du droit de la mer le 1er octobre 2026, ce spécialiste du droit international accède à une responsabilité majeure, consacrant plusieurs décennies d’expérience au service des institutions internationales.
De Bandjoun aux amphithéâtres du droit…
Né le 12 mai 1967 à Bandjoun, dans la région de l’Ouest du Cameroun, Maurice Kengne Kamga appartient à cette génération de juristes africains dont les trajectoires se sont progressivement inscrites dans les réseaux internationaux du savoir et de la diplomatie. Son itinéraire professionnel repose sur une spécialisation exigeante : le droit international public, avec un intérêt particulier pour le droit de la mer et le règlement des différends entre États.
Sa formation commence au Cameroun, où il étudie le droit public et les relations internationales, notamment à l’Université de Yaoundé et à l’Institut des relations internationales du Cameroun (IRIC). Il poursuit ensuite son parcours universitaire en Suisse, où il obtient, selon les éléments biographiques disponibles, un doctorat en droit international en 2003, avec une spécialisation dans le droit de la mer.
Cette formation constitue le socle d’une carrière tournée vers les mécanismes juridiques qui encadrent les relations entre États, la souveraineté et l’exploitation des espaces maritimes.
Une expérience au cœur de la justice internationale…
Entré au ministère camerounais des Relations extérieures en 1994, Maurice Kengne Kamga évolue progressivement dans les milieux diplomatiques et judiciaires internationaux. Son parcours le conduit notamment au Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, où il exerce comme juriste-linguiste adjoint. Cette expérience lui permet de se familiariser avec les exigences procédurales et institutionnelles d’une juridiction internationale.
Entre 2001 et 2002, il travaille au Tribunal international du droit de la mer en qualité de juriste chargé de publication. Il y découvre les mécanismes d’une institution spécialisée dans l’interprétation et l’application du droit international de la mer.
Il rejoint ensuite la Cour internationale de Justice (CIJ), à La Haye, où il exerce des fonctions de secrétaire juridique de 2008 à 2020. Cette étape représente un jalon important de sa trajectoire : la CIJ, principal organe judiciaire des Nations unies, traite des différends juridiques entre États et rend des avis consultatifs sur des questions de droit international.
Le diplomate et l’universitaire…
Au-delà des juridictions, Maurice Kengne Kamga a également développé une activité universitaire. Il a enseigné le droit et les relations internationales dans plusieurs établissements, au Cameroun et à l’étranger. Cette double expérience, diplomatique et académique, contribue à son profil de spécialiste des questions juridiques internationales.
Son parcours illustre ainsi une progression fondée sur la formation, l’expérience institutionnelle et la connaissance des procédures judiciaires, plutôt que sur une exposition politique nationale.
Une présidence aux enjeux maritimes majeurs
Le 1er octobre 2026, les juges du Tribunal international du droit de la mer l’élisent à la présidence de cette juridiction pour un mandat de trois ans, couvrant la période 2026-2029. Il succède à la tête d’une institution indépendante dont le siège se trouve à Hambourg, en Allemagne. La juge argentine Frida Maria Armas Pfirter est élue vice-présidente.
Dans ses nouvelles fonctions, il lui revient notamment de présider les audiences et les délibérations, de diriger les travaux du Tribunal et de représenter l’institution. Celle-ci intervient dans des affaires relatives à la délimitation maritime, aux ressources marines, à l’immobilisation des navires ou encore à la protection du milieu marin.
Cette responsabilité exige une vigilance particulière quant à l’indépendance et à l’impartialité de la juridiction.
Un motif de fierté pour le Cameroun…
L’élection de Maurice Kengne Kamga constitue une consécration individuelle et un signal de visibilité pour l’expertise juridique camerounaise. Selon les informations attribuées au ministère camerounais des Relations extérieures, il est le deuxième Camerounais à siéger au Tribunal, après Paul Bamela Engo.
Cette distinction ne confère pas au Cameroun d’influence particulière sur les décisions de la juridiction, dont l’indépendance demeure essentielle. Elle met néanmoins en lumière la présence de juristes africains dans les institutions chargées de réguler les relations entre États.
De Bandjoun aux grandes juridictions internationales, Maurice Kengne Kamga a ainsi bâti une carrière à la croisée du savoir juridique et de la pratique institutionnelle. Sa présidence ouvre désormais un nouveau chapitre, où son expérience sera appelée à servir une cause fondamentale : le règlement pacifique des différends maritimes et le respect du droit international.
