Le retour au Cameroun du nouveau directeur général de SIC Cacaos et de Barry Callebaut Cameroon intervient dans un contexte de contraction des arrivages de fèves et de recul de l’activité de transformation locale. Fort de son expérience au Nigeria et de sa connaissance de l’entreprise doualaise, le nouveau directeur devra composer avec des indicateurs en baisse, malgré la position dominante de la société sur le marché national.

Blaise Kengne face au défi du ralentissement industriel

Par Chimène Etonde
Ekwalla__________

La Société industrielle camerounaise des cacaos (SIC Cacaos) ouvre une nouvelle séquence de son histoire managériale avec l’arrivée de Blaise Kengne à sa direction générale. Annoncée en octobre 2026 sur son profil LinkedIn, cette nomination intervient à un moment où l’industrie camerounaise du cacao est confrontée à une diminution des quantités traitées. Pour le nouveau dirigeant, l’enjeu sera de consolider les positions de l’entreprise tout en faisant face aux contraintes qui pèsent sur son activité.

Des arrivages en recul…

Les chiffres de l’Office national du cacao et du café (ONCC) illustrent l’ampleur du défi. Durant la campagne 2025-2026, SIC Cacaos a reçu 40 012 tonnes de fèves, contre 46 532 tonnes lors de l’exercice précédent. La différence représente 6 520 tonnes, soit une baisse d’environ 14 %.

Cette évolution ne remet pas en cause la première place de l’entreprise parmi les opérateurs industriels du secteur. Avec 41,8 % des volumes destinés aux unités de transformation, la société demeure un acteur central de la valorisation locale du cacao. Elle n’échappe cependant pas à une tendance défavorable qui dépasse son seul périmètre.

Sur l’ensemble du marché camerounais, les volumes traités par les industriels et les transformateurs artisanaux sont passés de 110 388 à 95 946 tonnes en un an, soit une diminution de 13 %. Cette contraction traduit un environnement moins favorable pour les unités qui cherchent à transformer davantage de fèves sur le territoire national.

Une concurrence aux trajectoires contrastées…

Les performances des entreprises révèlent des évolutions divergentes. Alors qu’Atlantic Cocoa a également subi une baisse importante de ses arrivages, Neo Industry et Africa Processing Company ont progressé, avec respectivement 1 286 et 2 485 tonnes supplémentaires.

Dans ce paysage concurrentiel, SIC Cacaos conserve néanmoins un avantage notable dans la fabrication de produits dérivés. L’entreprise a déclaré 29 245 tonnes de produits transformés pendant la campagne écoulée, devant Neo Industry, Atlantic Cocoa et Africa Processing Company.

Ces données montrent que sa position reste solide, sans pour autant garantir une progression future. La diminution des quantités de fèves réceptionnées constitue un point de vigilance, car la disponibilité de la matière première demeure un facteur déterminant pour l’activité des usines.

Un dirigeant qui connaît la maison…

Blaise Kengne dispose d’atouts pour aborder cette situation. Ingénieur formé à l’École nationale supérieure polytechnique de Yaoundé et titulaire d’un MBA, il justifie de plus de 18 ans de carrière. Avant son retour au Cameroun, il pilotait les activités de Barry Callebaut au Nigeria depuis octobre 2023.

Son parcours comprend également plusieurs responsabilités exercées au sein de SIC Cacaos à Douala, notamment dans la maintenance, les équipements industriels et la logistique des fèves. Cette connaissance du fonctionnement de l’entreprise pourrait faciliter la prise en main des dossiers opérationnels.

Le capital renforcé, les résultats attendus..

La société a par ailleurs connu une évolution financière notable en 2025. Son capital social est passé de 2,574 milliards à 6,885 milliards de FCFA, après une augmentation de 4,311 milliards. Toutefois, les informations publiques disponibles ne permettent pas de préciser la destination des apports ni de confirmer leur traduction en nouveaux investissements industriels.

Le défi de Blaise Kengne ne se résume donc pas à préserver le rang de SIC Cacaos. Il s’agira aussi de comprendre les facteurs du recul des arrivages, de consolider l’approvisionnement et de renforcer la capacité de transformation. Son expérience constitue un atout, mais les prochains résultats permettront surtout d’apprécier la portée de sa stratégie dans une filière confrontée à des tensions persistantes.