Après le sinistre qui a ravagé une dizaine de commerces, l’hypothèse d’une défaillance électrique relance les interrogations sur la conformité des installations, les dispositifs anti-incendie et les responsabilités dans la sécurisation des espaces marchands.

Marché Acacias : Une dizaine de commerce en cendres

Par Cyprien Afana Tsama__________

Au-delà des pertes enregistrées dans la nuit du 27 au 28 octobre 2026 à Yaoundé, le sinistre remet au premier plan la question de la sécurité des espaces marchands, de la vétusté des installations électriques et de la protection des petits opérateurs économiques. Une catastrophe qui interpelle autant les gestionnaires des marchés que les pouvoirs publics.

Une dizaine de commerçants du marché Acacias, à Yaoundé, se retrouvent confrontés à une situation économique particulièrement préoccupante après le passage des flammes dans leurs établissements, aux premières heures du mercredi 28 octobre 2026. Si aucune perte en vie humaine n’a été signalée, les dégâts enregistrés dans les secteurs de la mercerie, de la confection et de la bijouterie soulèvent de sérieuses interrogations sur les dispositifs de prévention des risques dans les espaces commerciaux de la capitale.

Le sinistre, survenu autour de 2 heures du matin, aurait nécessité près de quatre heures d’intervention avant que les secours ne parviennent à circonscrire le foyer. Un délai qui témoigne de la difficulté à contenir un incendie dans un environnement où les échoppes sont rapprochées et les marchandises parfois particulièrement combustibles.

Mais derrière les bâtiments endommagés se cache une réalité moins visible : celle de familles dont les revenus dépendent entièrement de petites activités commerciales. Pour ces opérateurs, la disparition des marchandises, des équipements et des économies investies représente bien davantage qu’un simple dommage matériel. Elle signifie parfois la perte de plusieurs années de sacrifices, sans garantie de pouvoir reprendre rapidement leurs activités.

L’électricité, un risque qui ne peut plus être banalisé…

Les premières indications disponibles évoquent une possible défaillance du réseau électrique. Cette hypothèse, qui reste à confirmer par les investigations techniques, ramène au centre du débat la question de la conformité des installations dans les marchés urbains.

Dans nombre d’espaces commerciaux, les raccordements électriques sont soumis à des modifications successives, souvent dictées par l’augmentation des besoins des occupants. L’accumulation de branchements improvisés, la surcharge des circuits et l’absence d’entretien régulier peuvent constituer autant de facteurs aggravants.

La difficulté réside également dans le caractère nocturne de ces incidents. Lorsque les commerces sont fermés et que les occupants ont regagné leurs domiciles, la détection tardive d’un départ de feu peut laisser au sinistre le temps de gagner plusieurs établissements avant l’arrivée des secours.

La prévention, maillon faible de la gestion des marchés ?…

L’incident d’Acacias invite à dépasser la seule recherche des responsabilités immédiates. Il pose une question fondamentale : les marchés de Yaoundé disposent-ils de mécanismes suffisamment efficaces pour prévenir et limiter les catastrophes de cette nature ?

La présence d’extincteurs opérationnels, l’aménagement de couloirs permettant l’intervention des pompiers, l’installation de dispositifs d’alerte et le contrôle périodique des circuits électriques devraient constituer des exigences incontournables. Or, ces mesures ne peuvent produire des résultats que si elles s’inscrivent dans une véritable politique de maintenance et de surveillance.

Il serait également opportun d’engager un audit de sécurité dans les principaux marchés de la capitale, afin d’identifier les installations présentant des risques et de corriger les anomalies avant qu’elles ne provoquent de nouvelles catastrophes.

Les sinistrés face au défi de la reconstruction…

Au-delà des mesures préventives, l’urgence concerne désormais les commerçants affectés. Une identification précise des victimes économiques, suivie d’une évaluation contradictoire des dommages, permettrait d’envisager des mécanismes d’accompagnement adaptés.

La mise en place de facilités de réinstallation, de crédits de relance ou d’un dispositif de solidarité impliquant les gestionnaires des marchés et les organisations professionnelles pourrait contribuer à éviter l’enlisement de ces petits entrepreneurs dans la précarité.

L’incendie du marché Acacias ne devrait donc pas être considéré comme un simple fait divers urbain. Il constitue un signal d’alarme sur la vulnérabilité des infrastructures marchandes et l’insuffisance potentielle des mécanismes de protection des acteurs économiques.

Car lorsqu’un marché brûle, ce ne sont pas uniquement des boutiques qui disparaissent : ce sont aussi des emplois, des revenus familiaux et des projets de vie qui partent en fumée. L’enjeu, désormais, est de faire en sorte que cette nouvelle catastrophe ne soit pas suivie d’une autre, faute de prévention et de mesures correctives.