À la question : « Le social-libéralisme existe-t-il réellement, ou s’agit-il d’une étiquette inventée ? », la réponse la plus solide consiste à distinguer deux plans. D’une part, l’existence d’un courant intellectuel identifiable, qui a nourri des réformes et des politiques publiques dans de nombreux pays. D’autre part, la manière dont un parti politique peut s’en inspirer pour formuler une vision de l’État, de l’économie et de la cohésion sociale.
Une vision de l’Etat combinant Renaissance économique et justice sociale
Par Thomas Tankou________
Dans cette perspective, le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun présente un projet politique qui s’adosse sur deux exigences souvent traitées comme antagonistes : la protection des droits et la réduction des inégalités, d’un côté, et la nécessité d’une économie dynamique, d’un autre côté. C’est précisément cette tentative d’articulation qui permet d’utiliser la notion de social-libéralisme comme outil d’analyse — sans en faire un simple “effet de mode”.
1) Un courant réel : concilier liberté économique et exigence de justice…
Le débat n’est pas nouveau. Depuis l’industrialisation, puis au tournant du XXe siècle, de nombreux penseurs et réformateurs se sont demandé comment éviter que la liberté économique ne se transforme en domination de fait, et comment l’action publique pourrait corriger les effets les plus durs du marché.
Le cœur de l’idée peut se résumer ainsi : la liberté n’a de sens que si chacun dispose de conditions minimales pour exercer ses choix. Quand ces conditions font défaut (accès à l’éducation, à des soins de base, sécurité contre certains risques, dispositifs de protection), la “liberté” devient théorique. Dès lors, l’État n’est pas seulement un arbitre : il est aussi un garant, au moyen de politiques sociales, de régulation et d’investissements structurants.
Autrement dit, ce courant ne rejette pas le marché ; il cherche plutôt à le rendre compatible avec une société plus juste. Dans les pays où cette démarche a inspiré des politiques, on observe généralement un mixage entre :
-des interventions publiques destinées à réduire les vulnérabilités,
-un cadre régissant l’activité économique,
-et des services collectifs considérés comme indispensables au développement humain.
2) De la théorie à la politique : pourquoi cette approche a “fonctionné” dans plusieurs pays…
Ce type de vision s’est matérialisé de différentes façons selon les contextes nationaux. Mais la logique commune reste la même : améliorer la vie des populations sans renoncer à l’efficacité économique.
On peut repérer plusieurs domaines où l’inspiration de ce courant a été particulièrement visible :
-les systèmes de protection sociale (pour limiter les risques qui écrasent les ménages),
-l’accès aux services de base (santé, éducation, infrastructures),
-la régulation (pour limiter les abus, garantir la concurrence et encadrer les secteurs stratégiques),
-la stabilisation de l’économie via des politiques publiques lorsque l’activité se dégrade.
C’est l’un des traits qui rend la notion pertinente : elle ne désigne pas un modèle unique et immuable, mais une manière de gouverner qui combine justice et fonctionnement économique.
3) Pourquoi le Mrc peut être analysé à travers cette logique…
Si l’on observe la philosophie politique du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun, on retrouve une intention centrale : construire une société où les opportunités ne sont pas réservées à une minorité, et où la cohésion sociale ne dépend pas seulement de la charité ou du hasard.
Le parti de Maurice Kamto met ainsi en avant l’idée qu’une économie doit produire de la richesse, mais aussi permettre à davantage de citoyens d’en bénéficier réellement. Cela implique que les règles du jeu ne soient pas uniquement “techniques” : elles doivent aussi poursuivre un objectif social.
Dans cette lecture, la dimension “libérale” ne renvoie pas à une vision où l’État s’efface. Elle renvoie plutôt à l’importance accordée à :
-l’initiative,
-la capacité d’agir,
-la dynamique économique,
-et à un cadre favorisant l’investissement, l’emploi et l’entrepreneuriat.
Et la dimension “justice sociale” correspond à la volonté de :
-réduire les inégalités de départ,
-protéger les plus exposés aux chocs économiques,
-renforcer des services publics utiles et accessibles,
-et faire de l’État un outil de redistribution et d’orientation.
C’est précisément cette jonction que l’on retrouve dans la démarche attribuée au social-libéralisme : assurer la liberté d’une population par des conditions matérielles et institutionnelles, tout en maintenant un moteur économique fonctionnel.
4 ) Une “troisième voie” camerounaise : cohérence politique, pas slogan…
Le point important à souligner — et qui répond directement à la suspicion du type : “c’est une invention”* — est le suivant : ce n’est pas parce qu’un parti adopte une idée venue d’ailleurs qu’il fabrique une théorie. Il fait plutôt un travail d’appropriation.
Dans le cas du Mrc, l’enjeu consiste visiblement à traduire une exigence universelle — justice sociale + dynamisme économique — dans un programme concret, adapté aux réalités camerounaises : chômage, accès aux services, inégalités territoriales, fragilités des ménages, besoins d’emploi et de formation, et rôle attendu de l’action publique.
Ainsi, parler de convergence avec un courant de pensée identifié ne revient pas à dire que le MRC “copie” une doctrine étrangère. Cela revient à dire que le projet du MRC peut être compris comme une application politique d’un principe ancien : une économie qui ne protège pas les citoyens ne peut pas être durable politiquement et socialement ; et un social sans capacité économique se vide de sa substance.
Conclusion
Le social-libéralisme n’est pas une invention : c’est une manière de penser l’État et l’économie qui a inspiré des réformes dans de nombreux pays. La question n’est donc pas “existe-t-il ?”, mais plutôt : comment cette logique éclaire-t-elle les choix du MRC ?
À travers sa recherche d’équilibre entre justice sociale et liberté économique, le MRC peut être analysé comme porteur d’une ambition cohérente : rendre l’économie utile à la majorité, et rendre la solidarité productive pour la société entière. C’est cette cohérence qui transforme un concept théorique en outil d’analyse politique.
