Décédé ce jour à Tokombéré dans l’Extrême-Nord, Cavaye Yéguié Djibril laisse derrière lui plus de trois décennies à la tête de l’Assemblée nationale et une empreinte durable sur la vie politique camerounaise. Figure centrale du régime de Paul Biya, il emporte avec lui des interrogations persistantes, notamment sur la lutte contre Boko Haram, qu’il évoquait en affirmant que « Boko Haram est ici parmi nous ».

Cavaye Yeguie Djibril emporte avec lui les mystères de Boko Haram

Par Thomas Tankou__________

Le Cameroun est en deuil après l’annonce du décès, ce jour, de Cavaye Yéguié Djibril, survenu dans son village de Tokombéré, dans la région de l’Extrême-Nord. Âgé de 86 ans, l’ancien président de l’Assemblée nationale s’éteint quelques semaines seulement après avoir quitté le perchoir, mettant fin à plus de trois décennies d’un règne sans partage à la tête de la chambre basse du Parlement.

Né en 1940 à Mada-Kolkoch, et lamido de Mada, Cavaye Yéguié Djibril aura marqué l’histoire politique du Cameroun par sa longévité exceptionnelle. Député depuis 1973, il accède au perchoir le 3 mars 1992, poste qu’il occupera durant 34 ans, devenant l’un des piliers du système politique incarné par le président Paul Biya.
Une fin de règne sous tension
Les derniers mois de sa carrière ont été marqués par un affaiblissement physique et des tensions croissantes avec le sommet de l’État.

En mars 2026, son départ de la présidence de l’Assemblée nationale consacre la fin d’une époque. Le 17 mars, Théodore Datouo est élu pour lui succéder, scellant ainsi la transition à la tête de l’institution.
Selon plusieurs sources, Cavaye Yéguié Djibril nourrissait une certaine amertume à l’égard du pouvoir exécutif, estimant avoir été écarté sans égard pour ses décennies de loyaux services.

Une disparition entourée de zones d’ombre…

Un des pilliers du régime, il emporte avec lui de nombreux secrets, notamment sur la gestion de la crise sécuritaire dans l’Extrême-Nord, en proie aux attaques de la secte islamiste Boko Haram. Une déclaration restée célèbre illustre le poids de ces enjeux : lors d’une session parlementaire, il avait affirmé sans détour en pleine session parlementaire que « Boko Haram est ici parmi nous », suscitant à l’époque de vives réactions et interrogations au sein de l’opinion publique.

Héritage contrasté et controversé…

Si ses partisans saluent un homme d’État expérimenté et un symbole de stabilité institutionnelle, ses détracteurs pointent du doigt une longévité jugée excessive et un rôle ambigu dans un système politique souvent critiqué pour son manque de renouvellement.
Sa disparition ouvre une nouvelle page pour l’Assemblée nationale et, plus largement, pour la vie politique camerounaise.

Mais elle laisse aussi derrière elle des interrogations persistantes, notamment sur les réalités sécuritaires évoquées par celui qui fut, pendant plus de trois décennies, le visage du pouvoir législatif au Cameroun.