La polémique née autour d’une enveloppe destinée à des dignitaires traditionnels venus de la région du Sud-Ouest Cameroun, dépasse le simple différend financier.
Zoom-back sur les trois millions au cœur de la discorde entre des chefs du Sud-Ouest
Par Cyprien Afana Tsama__________
Le 30 avril 2026, une délégation de chefs traditionnels du Sud-Ouest s’est rendue à Yaoundé à l’effet de présenter ses civilités lors de l’installation de Théodore Datouo à l’Assemblée nationale. À la fin de l’audience, une somme de 3 millions de FCFA leur a été remise pour couvrir les frais logistiques et de transport de la délégation.
Selon une plainte déposée par Ikome Philip Mokwa, les fonds avaient été confiés au chef traditionnel Etuge Augustin, chargé de leur conservation et de leur répartition entre les membres de la délégation.
D’après les plaignants, un rendez-vous fixé dans un hôtel de Yaoundé pour procéder au partage de l’argent n’a jamais eu lieu, le chef Etuge Augustin ayant disparu avec les fonds. Lors d’un échange téléphonique ultérieur, il aurait même déclaré à ses pairs qu’ils ne leur « donnerait rien et qu’ils ne pourront rien contre lui ».
Cette situation révèle surtout l’enracinement de pratiques de gratification devenues quasi ordinaires dans les rapports entre pouvoir politique et autorités traditionnelles. Au risque d’affaiblir davantage la crédibilité des institutions.
La controverse liée à une somme remise à des dignitaires traditionnels après une cérémonie officielle à Yaoundé dépasse le cadre d’un banal conflit d’argent. Elle met surtout en lumière un phénomène plus profond : la normalisation des gratifications informelles dans les relations entre institutions publiques et élites coutumières.
Depuis plusieurs années, déplacements officiels, consultations administratives et rencontres politiques s’accompagnent toujours de distributions d’argent présentées officiellement comme des appuis logistiques. Peu à peu, ces pratiques se sont installées comme des usages ordinaires du système.
Le problème est qu’elles entretiennent une confusion entre mission publique et avantage personnel.
L’affaire actuelle révèle également la dépendance croissante des autorités traditionnelles vis-à-vis du pouvoir politique. Jadis perçues comme des repères moraux et communautaires, certaines chefferies apparaissent désormais liées à des réseaux d’intérêts où la proximité avec les centres de décision ouvre l’accès à des privilèges matériels.
Le malaise vient surtout du contraste entre le prestige affiché lors des cérémonies officielles et la précarité révélée après coup. Voir des représentants traditionnels incapables d’assurer leur retour après une mission officielle a fortement écorné leur image dans l’opinion.
Au-delà des responsabilités individuelles, cette affaire pose la question de la corruption institutionnalisée. Lorsque des ressources circulent hors de tout cadre transparent, les « enveloppes » deviennent un instrument de fidélisation politique. À terme, c’est la crédibilité des institutions républicaines comme traditionnelles qui se trouve fragilisée.
