Depuis quelques jours, l’extrême nord du Cameroun est à nouveau sous la menace du choléra. La maladie a refait surface dans le département du Logone-et-Chari, avec des signaux signalés dans les arrondissements de Fotokol, Makary et Mada.
Le problème d’accès à l’eau potable comme principale cause de l’épidémie
Par Ibrahim Baba Matip___________
L’alerte sanitaire tombe au moment où la région bascule progressivement dans la saison des pluies : un changement de rythme qui, sur le terrain, se traduit aussi par davantage de difficultés à s’approvisionner en eau propre et à préserver des conditions d’hygiène minimales.
Dans les communautés, le message circule avec gravité. Les autorités indiquent que deux décès ont été enregistrés en communauté. Et dans ces moments-là, le risque ne se limite pas à la maladie elle-même : il s’étend à tout ce qui la rend possible—l’eau que l’on va chercher loin, les gestes répétitifs qu’on tente d’appliquer malgré la pénurie, et l’assainissement qui, souvent, n’arrive pas à suivre le volume des besoins.
Une épidémie qui revient, quand le contexte s’y prête…
Ici, le choléra n’est pas une surprise totale. La région est endémique, et la maladie suit parfois une logique de cycles : des flambées plus marquées, puis des périodes de ralentissement, avant de nouveaux foyers. Lors de la dernière grande vague 2024-2025, plus de 127 personnes avaient été touchées. Entre 2025 et 2026, des cas isolés et des foyers ont continué d’être confirmés, notamment autour du district de Mayo-Oulo et de zones liées à Maroua.
Cette persistance s’explique aussi par un facteur souvent invisible à distance : la maladie profite des failles du quotidien. Et quand les conditions environnementales et sociales se combinent, le choléra trouve son passage.
Les pluies déplacent l’eau… et parfois le danger…
Avec les pluies, les repères changent. Les routes deviennent plus difficiles, certains points d’eau deviennent moins accessibles, et d’autres—inondés ou mal protégés—peuvent être contaminés. L’eau, pourtant indispensable, devient parfois un vecteur. Les contaminations peuvent se mélanger dans les bassins de puisage, ou remonter vers les zones d’approvisionnement.
Sur les sites où l’eau est transportée et stockée, le risque augmente encore lorsque les contenants ne sont pas protégés, ou lorsque l’eau est manipulée à plusieurs reprises, faute d’alternatives.
Quand l’hygiène dépend de l’eau… qui manque…
Le détail qui revient le plus souvent dans les témoignages de terrain, c’est la distance. Les populations parcourent parfois des kilomètres pour atteindre des points d’eau. Or, quand l’eau est rare, tout se complique :
-le lavage des mains n’est pas toujours maintenu aux moments clés ;
-l’eau disponible sert en priorité à boire, au détriment d’autres usages pourtant essentiels ;
-les pratiques de nettoyage et d’assainissement deviennent irrégulières.
Résultat : la chaîne d’hygiène se casse. Et pour le choléra, chaque maillon compte. Une main contaminée, une eau insuffisamment protégée, un repas préparé sans conditions adéquates—la transmission peut s’installer.
Les zones de vulnérabilité au premier rang du risque…
Les contextes de crise—notamment les populations déplacées et les zones proches de certains sites de surveillance comme Minawao—peuvent amplifier la situation. Densité, précarité, accès variable aux services de base : autant de facteurs qui rendent la prévention plus difficile à appliquer, et plus urgente à renforcer.
Agir vite : éviter que deux décès deviennent une flambée…
Avec l’annonce de décès en communauté, la réponse ne peut pas attendre. Les priorités sont claires : sécuriser l’accès à une eau aussi sûre que possible, rendre l’hygiène praticable (savon, dispositifs de lavage quand c’est faisable), renforcer l’assainissement, et intensifier la communication communautaire avec des messages simples, répétés, compréhensibles.
Mais l’urgence la plus décisive reste celle de la prise en charge rapide des cas, car au choléra, le temps fait souvent la différence.
Un combat contre la transmission, au cœur des points d’eau…
En ce moment, la bataille contre le choléra se joue là où l’on puise l’eau, là où l’on stocke, là où l’on lave—et parfois, là où l’on ne peut pas. Tant que l’accès à l’eau potable demeure insuffisant et que l’hygiène reste difficile à maintenir, le risque de nouvelle propagation persiste. L’alerte du Logone-et-Chari rappelle avec force que la prévention n’est pas seulement une recommandation : c’est une réponse concrète aux réalités du terrain, avant que la maladie ne prenne de l’ampleur.
