La remise en liberté de l’abbé John Bosco Bihkong, du Frère Sylvester Sewong et du Frère Marie Rodrigue Sop apporte un répit aux fidèles, mais elle rappelle surtout la persistance d’une crise anglophone marquée par les enlèvements, les attaques armées et la vulnérabilité des civils dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest du Cameroun.
La libération de trois religieux ne dissipe pas l’insécurité
Par Chimène Etondè Ekwalla_____
La libération, le 1er juillet 2026, de l’abbé John Bosco Bihkong et de deux frères religieux kidnappés dans le Nord-Ouest du Cameroun, met en lumière une réalité plus vaste : la crise sécuritaire qui perdure dans les régions anglophones continue de fragiliser durablement les communautés, au-delà des épisodes de kidnapping eux-mêmes.
Certes, l’annonce du diocèse catholique de Nkongsamba constitue une nouvelle rassurante pour les familles et le tissu ecclésial directement touchés. Mais l’événement révèle aussi, en creux, les limites de la sécurité publique et les difficultés à prévenir la violence dans les zones contestées.
D’abord, l’histoire de cette affaire illustre un phénomène récurrent dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest : l’atteinte directe aux personnes religieuses et, par extension, aux lieux et repères symboliques de la vie communautaire. L’abbé Bihkong s’était rendu dans son village natal de Melim pour célébrer sa première messe—un moment typique de vie religieuse—avant d’être enlevé la nuit du samedi 27 juin. Ce ciblage, loin d’être aléatoire, signale une stratégie d’intimidation et de contrôle social. En frappant des acteurs spirituels, les assaillants n’attaquent pas uniquement des individus : ils visent la confiance, l’organisation communautaire et la capacité même des populations à célébrer librement.
Ensuite, le mode opératoire évoqué—l’enlèvement à Mambim, Babessi, à la sortie de Babessi en direction de Bangolan—renvoie à la persistance de “couloirs” d’insécurité et d’espaces où l’autorité de l’État reste contestée ou inefficace. Lorsque des personnes circulant dans le cadre de leurs activités normales peuvent être interceptées, cela traduit une chaîne de protection insuffisante : surveillance insuffisante, coordination limitée et difficulté à garantir la sécurité des déplacements. Dans ce contexte, les prières et la mobilisation communautaire, même lorsqu’elles “portent du fruit”, ne peuvent remplacer une prévention structurée.
Par ailleurs, l’inquiétude qui a gagné les chrétiens et les habitants pendant plusieurs jours souligne l’impact psychologique et social de la crise. Les enlèvements créent une atmosphère durable de tension : peur des sorties, suspicions, ralentissement des activités économiques et éducatives, et érosion progressive du sentiment de sécurité. À moyen terme, cette spirale peut conduire à l’isolement de certaines zones, à la méfiance entre communautés et à une dépendance accrue envers les mécanismes communautaires de protection—souvent tributaires des capacités locales et de la solidarité.
Enfin, la libération de l’abbé Bihkong et de ses deux compagnons intervient dans un contexte où les kidnappings continuent de toucher civils, religieux et communautés. L’annonce du diocèse, tout en rappelant le rôle de la foi et des soutiens extérieurs, confirme surtout que la crise est systémique : tant que les sources de la violence demeurent, les enlèvements risquent de se reproduire, avec un coût humain et social croissant.
En somme, cette libération ne doit pas être interprétée comme une rupture définitive. Elle devrait plutôt servir de signal d’alarme : la paix durable dans les régions anglophones du Cameroun passe par la sécurisation réelle des populations, la réduction des opportunités d’attaque, et une action coordonnée qui protège à la fois les individus et les repères sociaux essentiels—dont la vie religieuse.
