Alors que les futurologues et autres consciensistes du dimanche épiloguent sur le sort de Kamto et du Mrc, le Cameroun acte tranquillement son retour au Fmi. Pendant ce temps au Gabon, Oligui Nguema donne une leçon de réalisme budgétaire : récupérer d’abord ce que l’État estime lui être dû avant de solliciter davantage de ressources. Ici, les prévaricateurs de la fortune publique ont encore jusqu’au 7 octobre pour rembourser. Une cagnotte d’environ 1700 milliards de FCfa.

Gabon : recouvrement forcé des créances de l’État, Cameroun : retour incontournable au Fmi

Par Thomas
Tankou___________

Au Cameroun, l’opinion est happée par la recomposition de la team management du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun. À force de déplacer les projecteurs, ne finit-on pas par rendre invisibles les véritables urgences nationales ?
Au Gabon par contre le président est décidé à faire payer les débiteurs de l’État.

Brice Clotaire Oligui Nguema vient de poser une question que nombre de gouvernements africains préfèrent généralement contourner : que faire lorsque des sommes dues à l’État se comptent en centaines, voire en milliers de milliards de francs Cfa ?
Près de 1 700 milliards de FCfa de débets et d’amendes sont réclamés à quelque 600 personnes physiques et morales. Un délai d’un mois, jusqu’au 7 octobre 2026, leur a été accordé pour régulariser leur situation. Les dossiers non soldés pourraient ensuite connaître une nouvelle étape judiciaire.

Il faut surtout retenir que ces 1 700 milliards ne constituent pas un détournement unique et récent : il s’agit d’un stock de créances résultant de décisions financières accumulées au fil des années. L’enjeu est donc moins l’annonce spectaculaire que la capacité du Gabon à transformer des décisions de justice en argent effectivement récupéré par le Trésor.

Au Cameroun, le paradoxe des richesses qui s’évaporent…

Cette démarche gabonaise renvoie brutalement le Cameroun à ses propres contradictions.
Le pays dispose de ressources considérables, mais continue de rechercher des financements extérieurs pour équilibrer ses comptes. Alors que Yaoundé prépare un nouveau cycle de coopération avec le Fmi et doit mobiliser d’importantes ressources pour financer ses besoins, le débat devrait être centré sur une question simple : combien l’État pourrait-il récupérer s’il parvenait seulement à sécuriser efficacement les recettes qui lui échappent ?
L’exemple de l’or est particulièrement révélateur. Les chiffres avancés dans les enquêtes et rapports consacrés à la filière font état de dizaines de tonnes d’or exportées hors des circuits officiels, avec une estimation de 577 milliards de FCfa de pertes fiscales pour l’État camerounais sur la période considérée.

Derrière ces chiffres, il y a des écoles non construites, des routes dégradées, des hôpitaux sous-équipés et un État obligé de chercher ailleurs les ressources qu’il laisse simultanément s’échapper.

Quarante-trois ans de gabegie : le problème n’est plus l’exception…

Depuis plus de quatre décennies, le Cameroun a connu une succession de scandales, de rapports, d’audits, de missions de contrôle et de procédures judiciaires portant sur la gestion des deniers publics.
L’affaire de l’or n’est donc pas isolée. Elle s’inscrit dans un système plus large où les pertes liées aux entreprises publiques déficitaires, aux marchés publics, aux exonérations contestées, aux détournements allégués ou aux créances irrécouvrées alimentent régulièrement l’actualité.
Le véritable scandale n’est cependant pas seulement que l’argent public puisse être détourné. C’est l’incapacité récurrente à récupérer intégralement l’argent lorsque les responsabilités sont établies.
Un État qui condamne mais ne recouvre pas envoie un signal dangereux : la sanction devient théorique, tandis que l’enrichissement indu peut demeurer matériel.

Pendant ce temps, le débat public se déplace…

C’est dans ce contexte qu’intervient la crise actuelle au Mrc. La démission de Maurice Kamto de la présidence du parti, annoncée le 8 septembre, constitue incontestablement un événement politique majeur.

Mais elle ne devrait pas devenir l’arbre qui cache la forêt.
Pendant que l’espace public camerounais se passionne pour la succession à la tête du Mrc, qui parle encore suffisamment des milliards perdus, des recettes non recouvrées, de l’or qui sort du pays ou de l’endettement croissant de l’État ?
La question n’est pas de minimiser la crise interne au sein d’un parti leader de l’opposition. Elle est de refuser que la politique partisane absorbe toute l’attention nationale au moment où les finances publiques exigent un débat autrement plus structurel.

Le modèle gabonais pose une question embarrassante à Yaoundé…

Le Gabon vient au moins de poser un acte politique clair : mettre les débiteurs de l’État devant leurs responsabilités et fixer une échéance au recouvrement.
Le Cameroun gagnerait à copier l’exemple, avec une différence essentielle : ne pas attendre qu’une crise financière rende l’urgence incontournable.
Car après 43 ans de pouvoir de Paul Biya, le problème camerounais n’est plus de savoir si la gabegie existe. Le problème est de savoir pourquoi elle survit aux rapports, aux commissions d’enquête, aux audits et parfois même aux condamnations.
Le véritable courage politique ne consiste donc pas seulement à poursuivre quelques responsables lorsque le scandale devient public. Il consiste à instaurer un système dans lequel aucun milliard appartenant au contribuable ne puisse disparaître sans que l’État ne mobilise tous les moyens juridiques, administratifs et financiers pour le récupérer.
C’est peut-être là que se situe la vraie différence entre une République qui constate ses pertes et une République qui décide enfin de les réparer.