Après 44 ans de pontificat et de stabilité proclamée, le Cameroun découvre une étrange vérité : le lendemain de Biya est déjà en préparation dans les chancelleries occidentales. Mais sans les principaux concernés.
Pendant que les Camerounais attendent naïvement de connaître les règles du jeu, les coulisses s’activent. Constat…

L’après-Biya dans les starting-blocks, pendant que le peuple regarde la scène. Dindon de la farce…

Par Thomas
Tankou__________

Il faut reconnaître au régime de Paul Biya un curieux talent assez exceptionnel : celui d’avoir transformé une question normalement prévue par la Constitution en véritable feuilleton national, avec personnages principaux, seconds rôles, intrigues, voyages, conciliabules et, désormais, regards intéressés venus de l’étranger.

Après quarante-quatre années à la tête du Cameroun, le président Biya aura finalement réussi une prouesse : faire de sa fin de règne une question presque plus mystérieuse que son arrivée au pouvoir en 1982.

Et le plus cocasse est que cette situation n’est pas tombée du ciel. Elle est largement le produit du système politique que Paul Biya a lui-même construit et entretenu pendant plus de quatre décennies règne.

Un système qui ne prépare guère le lendemain…

Pendant tout ce temps, le pouvoir camerounais a fonctionné autour d’une hyper-présidentialisation assumée. Le chef de l’État s’est imposé comme l’alpha, l’oméga et, accessoirement, le mode d’emploi du système.

On pouvait changer les ministres, déplacer les directeurs généraux, réorganiser les partis, renouveler les gouvernements. Mais une chose demeurait remarquablement stable : le centre de gravité du pouvoir.

Résultat : au moment où l’âge du président et la question de la continuité institutionnelle deviennent incontournables, le pays se retrouve à chercher le bouton « succession » dans une machine dont personne n’avait sérieusement publié le manuel d’utilisation.

Et voilà que Washington commence à regarder attentivement ce qui se prépare à Yaoundé. Africa Intelligence rapporte que les diplomates américains étudient plusieurs scénarios pour l’après-Biya, avec en toile de fond les intérêts économiques et sécuritaires des États-Unis. Le nom de Franck Biya apparaît également dans les analyses consacrées aux recompositions en cours.

Attention cependant : cela ne signifie nullement que Washington aurait désigné un héritier. Entre une analyse diplomatique, une préférence supposée et une décision officielle, il existe un boulevard suffisamment large pour faire passer tout le cortège présidentiel.

Poste de vice-président : le parachute est là, mais pas encore le parachutiste…

Autre curiosité de cette période : la réforme constitutionnelle adoptée a introduit un poste vice-président dans l’architecture institutionnelle, notamment en lien avec la vacance du pouvoir. Les textes organiques du Conseil constitutionnel ont ensuite été adaptés à cette nouvelle configuration.

Une question demeure donc légitimement sur toutes les lèvres : pourquoi installer un nouveau mécanisme de continuité au moment où la question de la relève devient brûlante, tout en laissant le fauteuil vacant ?

Ce n’est pas une preuve de complot. Mais au Cameroun, même les fauteuils vides finissent parfois par susciter des réunions.

Et puis, le Conseil constitutionnel perd son pilier…

Le décès de Clément Atangana, le 4 octobre à Paris, ajoute une dimension institutionnelle supplémentaire à cette période déjà chargée. Premier président du Conseil constitutionnel depuis la création de cette institution en 2018, il occupait une position particulièrement sensible dans le dispositif électoral et constitutionnel camerounais.

Sa disparition intervient donc à un moment où la République aurait surtout besoin de lisibilité, de prévisibilité et de confiance.

Quand onze voix de la diaspora demandent de reprendre le gouvernail…

Le 6 octobre dernier, onze personnalités camerounaises ont publiquement appelé à une « transition constitutionnelle », depuis l’hexagone. Estimant nécessaire de préparer les conditions d’une succession institutionnellement crédible.

Voilà donc le Cameroun arrivé à ce paradoxe magnifique : le pays débat de son avenir pendant que les acteurs institutionnels, politiques, économiques et diplomatiques observent chacun leur propre boussole.

Le peuple, lui, regarde le spectacle…

Mais il ne faudrait surtout pas oublier une chose : cette étrange situation est aussi l’héritage politique des quarante-quatre années de présidence de Paul Biya. En concentrant durablement l’autorité autour de la magistrature suprême et en laissant peu de place à une alternance organisée et prévisible, son régime a contribué à transformer la succession en immense point d’interrogation.

Aujourd’hui, chacun semble chercher la réponse…

Washington regarde. Le sérail calcule. Les entrepreneurs observent. Les partis s’agitent. Les institutions se repositionnent.

Et les Camerounais dans ce spectacle ubuesque ?…

Ils attendent encore qu’on leur explique pourquoi, après tant d’années de stabilité proclamée, le simple lendemain du régime ressemble soudain à une équation dont personne ne veut assumer le résultat.
La vraie question n’est donc plus seulement de savoir qui viendra après Biya
Elle est de savoir si, pour une fois, le Camerounais ordinaire sera spectateur de l’histoire… ou enfin coproducteur du scénario.