À travers une nouvelle action judiciaire, le Mouvement Patriotique (Omp) entend faire trancher par les juridictions compétentes une question qu’elle estime de nature constitutionnelle et, surtout, institutionnelle. Le communiqué y relatif est parvenu à notre rédaction au crépuscule de ce 15 avril. Décryptage.
Léon Theiller traîne de nouveau Biya au Tgi du Mfoundi en vue de la prévention d’une violation de la constitution
Par Thomas Thomas__________
Selon le contenu d’un communiqué parvenu à la rédaction du Héraut National en cette fin de journée, la formation politique dirigée par le transfuge du Rdpc annonce avoir saisi le Tribunal de Grande Instance (Tgi) du Mfoundi, afin de « garantir le respect et la protection de la Constitution » de la République du Cameroun.
Au cœur de cette démarche, l’idée que la légitimité politique ne peut être confisquée : « on ne devient pas Président par nomination, mais par la volonté du peuple exprimée dans les urne », précise le président national de l’Omp pour justifier sa démarche.
Pour Theiller Onana, cette affirmation n’est pas un slogan : c’est la boussole de l’État de droit républicain, que cette formation politique dit vouloir opposer à toute tentative jugée susceptible de contourner la souveraineté populaire.
Une logique de légitimité contestée : quand l’acte de nomination devient un enjeu constitutionnel…
Le point le plus sensible de la démarche tient à la crainte d’un glissement institutionnel. L’Omp soutient que toute initiative visant à court-circuiter le suffrage universel constituerait une violation grave de la Constitution. Autrement dit, l’Omp ne débat pas seulement de “comment on nomme”, mais de “ce que signifie juridiquement et politiquement” un acte qui pourrait impacter l’équilibre constitutionnel des institutions.
Dans cette perspective, la nomination d’un vice-président ne serait pas un simple acte administratif ou une décision politique parmi d’autres : elle serait perçue comme un verrouillage potentiellement préparatoire, susceptible d’influencer la manière dont s’appliquent les règles constitutionnelles relatives à la vacance du poste de président de la République.
Le juge comme arbitre : empêcher l’acte et empêcher l’“entrave” à la Constitution…
Cette formation politique formule des demandes précises à l’encontre du président de la République, Paul Biya, présenté comme « garant du fonctionnement régulier des institutions ». La demande centrale consiste à obtenir de la juridiction l’ordonnance de s’abstenir de procéder à toute nomination d’un tiers au poste de vice-président.
Mais l’organisation va plus loin : elle sollicite également une interdiction de tout acte jugé « susceptible d’entraver l’application » des dispositions constitutionnelles relatives à la vacance du poste de président de la République. Cette double exigence révèle la stratégie de l’Omp : ne pas se limiter à contester après coup, mais chercher à stopper en amont ce qui pourrait — selon elle — créer un fait accompli contraire aux règles constitutionnelles.
La judiciarisation comme arme et comme méthode…
Le communiqué assume une forme de confrontation. L’Omp estime que certains n’auraient pas voulu porter le débat « devant la Nation ». Dans la logique de cette formation politique, la justice devient alors le lieu de clarification : « Le débat […] se tiendra désormais publiquement devant les juridictions compétentes ».
Cette approche est à la fois offensive et méthodique. Offensive, parce qu’elle refuse de laisser la controverse s’éteindre dans la communication politique. Méthodique, parce qu’elle cherche une décision juridiquement contraignante, capable de produire un effet immédiat sur la conduite des institutions.
“La République n’est pas une monarchie” : une formule-repère, mais aussi un avertissement…
En insistant sur la phrase « La République n’est pas une monarchie », l’Omp délivre un message politique autant qu’institutionnel : la Constitution ne doit pas devenir une réserve de pouvoir interprétable à volonté. Pour l’organisation, la République exige que les mécanismes de succession, de transition et de continuité soient encadrés par le droit, et non par la commodité politique.
Ainsi, la posture de l’Omp se situe à la jonction de deux registres : un registre juridique (le juge doit dire le droit) et un registre combatif (il faut empêcher la dérive que l’organisation dénoncerait).
Une action qui s’inscrit dans une continuité : Léon Theiller Onana ne découvre pas le tribunal…
Surtout, cette démarche n’est pas une première. Il est important de rappeler que ce n’est pas la première fois que Léon Theiller Onana traîne Paul Biya au tribunal. La nouvelle saisine du Tgi du Mfoundi s’inscrit donc dans une dynamique installée : celle d’un recours répété à la justice pour contester, encadrer et dénoncer des décisions ou intentions jugées incompatibles avec la Constitution.
Cette récurrence renforce la lecture politique de l’affaire : l’Omp ne formule pas une inquiétude ponctuelle, mais une contestation structurée.
« Un bras de fer constitutionnel où l’issue dira jusqu’où peut aller la contestation…
À ce stade, l’affaire prend une dimension qui dépasse le seul contentieux : elle interroge la capacité des institutions à respecter strictement l’architecture constitutionnelle, et la place du juge dans la régulation des tensions politiques.
Si la juridiction saisie suivait les demandes de l’Omp, le message serait double : d’un côté, une limite à toute initiative perçue comme contraire aux règles de fonctionnement des institutions ; de l’autre, une consécration de la logique de souveraineté populaire portée par le parti de Theiller Onana.
Désormais, la question n’est plus uniquement de savoir ce qui est envisagé, mais de savoir si — juridiquement — cela peut être fait. Et c’est précisément là que le juge est attendu.
