Les populations Baloum, Baleveng Bamendou et Bansoa sont déterminés à tourner la page de plus de cinq décennies d’histoire.Les initiateurs du projet estiment que, lnom Penka Michel donné à l’arrondissement l’a été au forceps au lendemain des indépendances du Cameroun.

Une pétition en ligne suscite l’adhésion massive des populations de l’arrondissement

Par Thomas Tankou____________

Une pétition en ligne, lancée dans le cadre de la controverse toponymique autour de l’arrondissement « Penka Michel », semble avoir franchi un seuil déterminant. Selon les éléments communiqués par les initiateurs du projet, l’initiative suscite une adhésion massive des populations de l’arrondissement, notamment celles des communautés Baloum, Baleveng Bamendou et Bansoa, qui affichent une volonté commune de « tourner la page » sur plus de cinq décennies d’histoire institutionnelle attachée à ce nom.

Un nom né dans l’après-indépendances et devenu un point de friction…

L’arrondissement porte depuis les lendemains des indépendances du Cameroun le nom de Penka Michel. D’après le récit porté par les populations, cette attribution aurait été « faite au forceps », c’est-à-dire dans un contexte jugé peu consensuel ou peu apaisé. Autrement dit, le nom ne serait pas seulement une étiquette administrative : il cristalliserait une lecture conflictuelle du passé, et plus précisément l’héritage d’un personnage dont la mémoire demeure controversée.

Le patriarche ainsi honoré aurait fait l’objet d’accusations—qu’elles soient tenues pour justes ou pour infondées—ayant trait à sa supposée collaboration avec l’administration coloniale, notamment par l’accusation de tortionnaire.

Cette dimension mémorielle, centrale dans la dynamique actuelle, explique pourquoi la contestation dépasse la simple question sémantique : elle engage une bataille de reconnaissance, de réparation symbolique et de réécriture du sens collectif.

L’adhésion populaire comme moteur de politisation de la mémoire…

La dynamique engagée ne resterait pas confinée aux cercles militants. Au contraire, les populations concernées expriment une adhésion « fulgurante » à l’initiative. Dans une telle configuration, la toponymie n’apparaît plus comme un sujet technique : elle devient un enjeu de souveraineté culturelle et de cohésion sociale.

Les communautés Baloum, Baleveng Bamendou et Bansoa revendiquent un tournant clair : renoncer à un nom associé, de près ou de loin, à des griefs historiques. La mobilisation s’inscrit ainsi dans une logique de rupture—non pas avec l’histoire en tant que telle, mais avec un symbole administratif perçu comme insuffisamment interrogé, voire imposé.

La saisine des autorités camerounaises : le point d’appui de l’action de « Kwemtche »…

L’Association « Kwemtche », à l’origine de la pétition en ligne, occupe une place déterminante dans le processus. L’enjeu n’est pas seulement de recueillir des signatures : il s’agit de transformer la contestation sociale en demande formelle, adressée aux organes compétents.

D’après les informations fournies, « Kwemtche » ne se contente pas d’alimenter le débat public. L’association a saisi les autorités camerounaises pour solliciter le changement de nom de l’unité administrative concernée. Cette démarche constitue l’ossature institutionnelle du mouvement : elle traduit le passage d’une colère mémorielle à une action administrative, susceptible d’aboutir à une décision.

Dans ce type de revendication, la saisine est souvent l’étape la plus sensible : elle oblige l’État à évaluer la demande au regard de critères de légalité, de pertinence administrative et de représentativité des intérêts exprimés. En agissant ainsi, « Kwemtche » cherche à replacer la mémoire au cœur du droit : une mémoire qui ne doit plus seulement être racontée, mais aussi reconnue et prise en charge par l’autorité publique.

Vers des appellations inclusives : une stratégie de recomposition symbolique…

Au-delà de la demande de retrait du nom controversé, l’initiative mentionne que d’autres appellations à caractère inclusif sont déjà proposées. Cette précision est importante, car elle montre que la démarche n’est pas seulement négative (« débaptiser ») : elle est aussi constructive (« rebaptiser »).

En proposant des alternatives inclusives, l’association anticipe deux risques majeurs :
1.Le risque de vide symbolique : remplacer un nom sans offrir d’autre cadre identitaire reviendrait à laisser le conflit ouvert.
2.Le risque de factionnalisation : des choix inclusifs peuvent réduire la probabilité que la nouvelle dénomination devienne elle-même l’objet d’une polarisation.

Ainsi, la toponymie devient un levier de pacification mémorielle : non pas un effacement du passé, mais une sélection du futur commun—plus fédérateur, plus acceptable pour les différentes composantes de la communauté.

Lecture analytique : de la toponymie à la justice symbolique…

Cette affaire illustre une tendance plus large : dans de nombreuses sociétés postcoloniales, la désignation des lieux administratifs reste un terrain de lutte. Le nom d’un arrondissement, loin d’être neutre, peut être perçu comme :
-une reconnaissance officielle,
-une forme de légitimation du récit historique dominant,
-et, parfois, une insulte symbolique pour celles et ceux qui se reconnaissent dans un autre récit du passé.

La controverse autour de « Penka Michel » montre que les populations ne contestent pas uniquement une personne : elles contestent la manière dont l’histoire a été cristallisée dans l’administration après les indépendances. En réclamant un changement, elles cherchent une forme de justice symbolique : réajuster ce qui, dans le langage administratif, continue d’évoquer des blessures collectives.

Une mobilisation qui vise une décision…

À ce stade, la débaptisation de Penka Michel semble prendre une tournure plus concrète. L’adhésion populaire, particulièrement forte dans les communautés mentionnées, crée une pression sociale visible. Mais c’est surtout la saisine des autorités camerounaises par l’association « Kwemtche », assortie de propositions d’alternatives inclusives, qui donne à l’initiative sa dimension stratégique.

En d’autres termes : la question n’est plus seulement celle de savoir « pourquoi » le nom doit être contesté. Elle devient celle de savoir « comment » l’État doit désormais traiter une revendication mémorielle portée par les populations, et à quelles conditions il peut requalifier l’espace administratif pour mieux refléter la volonté collective.