Selon des informations de notre confrère Jeune Afrique, la récente visite du Pape aura coûté au contribuable camerounais environ 50 milliards de francs Cfa. Alors même que le pays traverse une période où l’assistance devient vitale.
L’Union Européenne et la Chine au chevet du Cameroun
Par Thomas Tankou___________
Le Cameroun fait face à une situation sociale et humanitaire qui s’aggrave par touches successives : la pression sur les ménages augmente, l’accès à l’alimentation devient plus difficile pour des familles déjà fragilisées, et les services de santé peinent à suivre. Dans plusieurs localités, les déplacements de populations, l’insécurité et la faiblesse des moyens disponibles alimentent un cycle où les besoins restent supérieurs aux capacités d’intervention.
Dans ce contexte, l’annonce d’un appui financier de l’Union européenne pour soutenir des actions d’urgence témoigne de la reconnaissance internationale de l’ampleur de la crise. Sur le terrain, ces appuis doivent permettre de répondre à l’essentiel : soulager la faim, assurer l’accès à l’eau, renforcer la prise en charge médicale et maintenir un minimum de continuité éducative pour les enfants affectés.
Mais si l’on considère la dynamique globale, une autre question s’impose : comment le pays gère-t-il l’allocation des priorités lorsque l’urgence n’attend pas ? Les comparaisons—souvent difficiles, mais révélatrices—reviennent dans le débat public, notamment à cause des dépenses liées à des événements à forte visibilité médiatique.
Le don chinois : un geste concret face au besoin immédiat…
À ce sujet, un élément pèse lourd dans les perceptions : le don annoncé par la Chine, présenté comme consistant environ 1,6 milliard de francs Cfa sous forme d’un don de riz. Un soutien de ce type a une vertu que l’opinion comprend rapidement : il se traduit immédiatement en nourriture, donc en couverture directe d’un besoin vital. Dans une crise où l’alimentation est touchée, une aide en nature (ou équivalente) devient souvent plus rapide à matérialiser qu’un programme de long cycle.
L’enjeu ne se limite pas à “l’aide” en elle-même. Il concerne aussi le message implicite : quand des familles manquent de ressources pour se nourrir, chaque mécanisme visant à fournir du riz—et pas seulement à financer des campagnes—peut être perçu comme plus proche du quotidien des personnes.
Les dépenses autour d’un événement : quand l’image coûte plus que le ravitaillement…
Or, dans le même temps, des informations relayées par le magazine Jeune Afrique font état d’environ 50 milliards de francs Cfa mobilisés pour accueillir le pape. Même si un État peut invoquer des raisons diplomatiques, symboliques et logistiques, la somme avancée déclenche forcément une comparaison avec les montants destinés à soulager la population à court terme.
Et c’est là que naît l’interrogation que beaucoup expriment sous forme de frustration : “Pourquoi autant quand la faim est là ?” La question n’est pas seulement “pourquoi dépenser”, mais surtout “pourquoi ce niveau de dépense pendant que l’urgence alimentaire et sociale continue de croître”.
Quand les budgets se retrouvent dans des proportions qui choquent la population—aide extérieure d’un côté, dépenses d’apparat de l’autre—l’opinion lit une dissonance. Cette dissonance peut s’exprimer en termes d’injustice, parce que le citoyen compare ce qu’il voit et ce qu’il subit.
En réalité, la difficulté majeure est la suivante : les besoins immédiats des plus vulnérables sont des urgences permanentes, tandis que certains postes budgétaires répondent à des objectifs ponctuels, même s’ils sont considérés comme importants politiquement ou culturellement.
Entre aide internationale et cohérence interne : le vrai défi…
L’assistance de l’Union européenne et le don chinois de riz montrent deux choses : d’une part, la solidarité internationale peut être rapide et ciblée ; d’autre part, le pays conserve la responsabilité de traduire ces soutiens en résultats concrets, surtout quand la crise s’installe dans la durée.
Mais la question centrale reste : le Cameroun arrive-t-il à aligner sa dépense publique sur le niveau de gravité de la crise ? C’est là que se joue la confiance. Quand la population a l’impression que l’essentiel—se nourrir, soigner, survivre—n’occupe pas la première place des arbitrages, elle interprète le décalage comme un manque d’écoute.
Au final, ce que beaucoup demandent sans détour, c’est une chose : que l’État fasse converger ses dépenses vers les besoins qui, chaque jour, frappent le plus durement ceux qui ont le moins.
