Professeur certifié d’Eps et technicien de référence, le Délégué régional émérite de l’éducation physique a bâti, pendant des décennies, une approche rigoureuse de l’athlétisme camerounais.
Jean Claude Kammogne : la méthode au service des générations
Par Chimène Etondè Ekwala___________
Diplômé de l’Iaaf et officier du mérite sportif, Jean Claude Kammogne a occupé des responsabilités clés, accompagné des athlètes de haut niveau et structuré des programmes de stages. Aujourd’hui retraité depuis avril 2026, il transforme son parcours en mission de transmission.
Ce sportif de haut niveau appartient à la catégorie rare des formateurs chevronnés—ceux dont la carrière n’est pas seulement une suite de fonctions, mais une véritable trajectoire au service du mouvement sportif camerounais.
Une vocation façonnée par la science et la discipline…
Dirigé par une vision claire du rôle de l’entraînement, Kammogne incarne une approche où la pratique est constamment éclairée par la démarche scientifique. Professeur certifié d’Eps hors échelle, délégué régional émérite des sports, il a fait de l’athlétisme un espace d’excellence—où chaque séance vise un objectif, chaque progression répond à une logique, et chaque athlète apprend à développer sa performance avec méthode.
Son parcours s’appuie sur une formation initiale à l’Institut National de la Jeunesse et des Sports (Injs) de Yaoundé, avec l’obtention du Capeps—option Biologie de l’Activité Physique et Sportive, filière Athlétisme.
Cette base l’a conduit à conjuguer enseignement, entraînement et encadrement technique dans une dynamique de développement durable du sport.
Un officier de l’athlétisme au service du haut niveau…
Diplômé de l’Iaaf et officier du mérite sportif camerounais, Jean Claude Kammogne a occupé des responsabilités marquantes qui témoignent de la confiance accordée à son expertise.
Au cours des années, il a contribué à renforcer l’écosystème de l’athlétisme camerounais, notamment par son rôle dans l’encadrement des athlètes de haut niveau et la gestion d’outils de perfectionnement.
Entre 2014 et 2016, il est Directeur Technique National Adjoint au sein de la Fédération Camerounaise d’Athlétisme, en charge des programmes de stages, du suivi des athlètes de haut niveau et du centre de perfectionnement de Bafoussam.
Ses compétences dépassent le cadre institutionnel : elles ont aussi une dimension humaine et organisatrice. Il a été Entraîneur National des Courses Hors Stade (2008–2013), participant à des moments historiques pour le Cameroun.
Parmi ces faits marquants figure la première participation du pays au Marathon de Boston avec quatre athlètes, dont trois classés parmi les 30 premiers (sur plus de 28 000 concurrents).
Des responsabilités qui structurent l’avenir…
L’homme de terrain a aussi été un homme de gouvernance sportive. Vice-président de l’Association des Entraîneurs d’Athlétisme du Cameroun, Président de la Commission des Sports au sein du Comité Régional Olympique de l’Ouest, Vice-président national des Vétérans d’Athlétisme—Secrétaire Général de la Central Africa Master Athletics : ces mandats traduisent une constance, celle d’organiser, d’accompagner et d’élever le niveau—chez les jeunes comme chez les vétérans.
Il a aussi apporté son expertise à l’organisation de six éditions de la Course de l’Espoir à Buéa (Ascension du Mont Cameroun).
Le formateur : une obsession pour la qualité et la méthode…
Ce qui distingue Jean Claude Kammogne, ce n’est pas uniquement ce qu’il a réalisé. C’est surtout la façon dont il l’a réalisé : structurer la formation, professionnaliser l’encadrement, former des champions—et former aussi ceux qui forment.
Il a développé une expertise à la fois sportive et éducative : préparation physique, accompagnement de clubs, et encadrement de l’athlétisme à différents niveaux. Son rôle de préparateur physique de clubs de 1ère division—dont Fovu de Baham (quart de finale Coupe d’Afrique), Racing de Bafoussam, Sable de Batié (Champions League africaine & Coupe du Cameroun)—montre qu’il sait adapter la rigueur athlétique aux exigences collectives.
À Bafoussam et dans l’Ouest, il a également marqué l’organisation de la discipline, notamment avec la création de l’Association des Entraîneurs Sportifs de l’Ouest (Aeso), légalisée en 1999, qu’il a fondée. Son action s’est prolongée par la formation de talents et la contribution à plusieurs trajectoires de réussite.
Des athlètes et des résultats : l’empreinte d’une formation qui porte…
Les résultats parlent d’eux-mêmes, mais ils ne sont pas une fin : ils sont la preuve d’une méthode. Parmi les performances et événements marquants cités :
-L’Ouest remporte le Trophée d’Athlétisme aux 1ers Jeux Dixiades de Yaoundé ;
-Nyatchou Paulin bat le record du Cameroun du 800 mètres.
Il a aussi accompagné des athlètes dont les profils illustrent la diversité des spécialités travaillées : courses, lancers, sauts—avec des exemples de formations comme Djeppe Florence (5 000 m), Mekam Carine (lancer de poids juniors), Myoupo Frédéric (triple saut juniors), ainsi que d’autres champions nationaux cités dans son parcours.
Le sportif et l’écrivain : quand l’expérience devient contenu…
L’expertise de Jean Claude Kammogne ne reste pas confinée sur le terrain. Elle s’exprime aussi dans la production intellectuelle.
-Article scientifique (2000) : « Étude comparative de deux aptitudes physiques chez des athlètes camerounais », publié dans la Revue Scientifique Acaps (France).
-Ouvrage (2017) : « Guide pratique de l’entraîneur et de l’athlète de haut niveau », Éditions Universitaires Européennes, 250 pages.
Ce travail de capitalisation renforce l’idée centrale : un formateur de haut niveau doit non seulement produire des résultats, mais aussi transmettre des outils, des références et une logique d’amélioration continue.
Un point de bascule : la retraite bien méritée et une mission renouvelée…
Après des décennies de service—dans l’enseignement, l’encadrement technique, l’administration sportive et la formation—Jean Claude Kammogne prend enfin un temps de respiration. En avril 2026, il effectue une retraite bien méritée.
Mais cette retraite n’est pas une fin : c’est une nouvelle étape.
Désormais, il se consacre à une mission d’une grande importance pour l’avenir de l’athlétisme au Cameroun : la formation des formateurs en athlétisme, afin de consolider durablement les compétences de ceux qui, demain, formeront à leur tour les athlètes. Il met ainsi son expérience—scientifique, institutionnelle et pratique—au service de la continuité, pour que l’excellence ne soit jamais une exception, mais une culture.
L’héritage d’un bâtisseur…
L’athlète laisse derrière lui une empreinte multiple : celle d’un homme de méthode, d’un éducateur, d’un technicien, d’un encadreur et d’un organisateur. Son parcours rappelle qu’au-delà des médailles, l’athlétisme se construit dans la durée—par la qualité de l’entraînement, la précision des programmes, et la solidité de la formation.
Et tant qu’il reste des formateurs à accompagner, tant que des jeunes athlètes attendent une direction technique solide, l’œuvre continue. Avril 2026 clôt un chapitre public—mais ouvre un nouveau chantier : former ceux qui formeront, afin que l’athlétisme camerounais progresse avec rigueur, ambition et cohérence.
