L’arrondissement de Penka Michel dans le département de la Menoua, fait l’objet d’une démarche citoyenne de débaptisation, portée par l’association “Kwemtche” et coordonnée par le professeur Charles Soh. Après une collecte structurée menée dès mai 2026, 4 834 signatures ont été rassemblées, dont 534 en ligne, et un dossier final va être déposé aux autorités de l’Administration Territoriale.

Une mobilisation citoyenne et un choix de nom porté par les populations

Par Thomas Tankou___________

L’opération de débaptisation visant le changement de dénomination de l’arrondissement de Penka Michel connaît une étape décisive. Selon les informations communiquées par les initiateurs, la première phase est bouclée avec 4 834 signatures collectées, dont 534 en ligne. L’initiative, lancée au mois de mai 2026, concerne à la fois les populations de Baloum, Bamendou, Bansoa de l’intérieur et celles de la diaspora. Le dossier, finalisé et complété, va être déposé auprès des autorités de l’administration territoriale.

Une initiative associative au service d’un projet d’identité locale…

Cette dynamique est portée par l’association “Kwemtche”, coordonnée par le professeur Charles Soh. Son objectif est clair : faire changer le nom de l’arrondissement. Les populations ont adhéré massivement, en apposant volontairement leurs noms, signatures et numéros de téléphone sur les fiches. Le niveau d’implication, rapporté comme transversal, montre que l’opération a touché tous les corps de métiers, aussi bien au village qu’en ville et au sein de la diaspora.

Au-delà de la dimension symbolique, l’initiative s’inscrit dans un contexte plus large : la décision du gouvernement de modifier la carte administrative du Cameroun. Ainsi, la collecte de signatures ne se présente pas comme une contestation violente, mais comme une contribution organisée au débat public, à travers une démarche formelle et encadrée.

Un processus clos, un dossier consolidé : des preuves d’adhésion…

La collecte a été close le 30 juin, puis un dossier complémentaire a été apporté le 9 juillet. D’après les éléments fournis, le document final compte près de 700 pages et agrège 4 834 signatures. La diversité des canaux de participation—notamment la part des signatures en ligne—témoigne d’une mobilisation qui dépasse le seul espace local et intègre les populations dispersées.

Sur le plan du choix de la nouvelle dénomination, les résultats donnent : Metche (57 %) ; Netchet (28 %) ; Dja’ (10 %).

En conséquence, le nom Metche a été proposé au gouvernement le 10 juillet. Pour rappel, la Metche est un cours d’eau qui irrigue les quatre groupements : le choix du nom renvoie donc à un repère naturel partagé, porteur de mémoire collective et d’ancrage territorial.

Des exemples internationaux : quand des collectivités choisissent la pacification par le changement de nom…

À travers le monde, des populations ont déjà entrepris de modifier la dénomination de territoires, d’unités administratives ou de localités—souvent pour des raisons historiques, identitaires ou géographiques. Dans plusieurs cas, le changement de nom résulte de mécanismes institutionnels précédés par une consultation et une expression publique.

Par exemple, certaines municipalités et régions, notamment dans le monde francophone et anglophone, ont changé de noms dans le cadre de démarches officielles liées à l’identité locale, à la décolonisation des toponymes ou à la reconnaissance de réalités culturelles. Dans d’autres pays, des communautés ont obtenu ou proposé de nouvelles appellations après des processus de concertation : pétitions, votes locaux, auditions, collecte de signatures et dépôt de dossiers.

Ces dynamiques montrent une constante : lorsque les populations organisent leur demande par des moyens non violents, structurés et documentés, le changement de nom devient un outil de réconciliation symbolique et de renforcement du sentiment d’appartenance.

Une démarche pacifique, légitime par l’adhésion et la documentation…

Ce qui ressort, à la lumière des éléments communiqués, est le caractère pacifique de l’opération. Les populations n’ont pas seulement “manifesté” : elles ont contribué en remplissant des fiches, en acceptant de voir leur demande consignée dans un dossier volumineux, et en exprimant un choix majoritaire. La sélection du nom Metche, plébiscité par 57 %, agit ainsi comme un indicateur d’un consensus relatif, porté par une base citoyenne.

En définitive, la demande des populations de Baloum, Bamendou, Bansoa et de la diaspora ne relève pas du slogan : elle repose sur des faits—des signatures, des pages, des chiffres, et un dépôt officiel—qui posent désormais la question centrale : comment le gouvernement examinera-t-il ce dossier, et dans quel calendrier interviendra la suite ?