La session du 29 juin 2026 censée évaluer la gestion municipale a mis en évidence une crise de gouvernance. Au cœur des tensions : le non-respect des règles de procédure, l’affaiblissement de l’orthodoxie budgétaire et une manière de diriger la commune jugée trop proche d’une gestion “d’entreprise privée”, avec des décisions tarifaires et d’attribution perçues comme insuffisamment encadrées.

Tarification, attribution et contrôle : la fissure de l’orthodoxie budgétaire

Par Sam Noukat__________

Une “évaluation à mi-parcours” qui révèle surtout une crise de gouvernance…

La session du 29 juin 2026 à Pète Bandjoun, présentée comme une évaluation des activités de janvier à juin, met en réalité en lumière une problématique centrale de gestion : le respect des règles d’orthodoxie budgétaire et l’observance des procédures de décision. Derrière le débat politique, les griefs formulés par les adjoints et répercutés au conseil concernent la capacité de l’exécutif à gouverner dans un cadre normé, au lieu d’opérer selon une logique de “pilotage interne” peu contrôlée.

Une gestion perçue comme déconnectée des procédures et du contrôle…

Plusieurs éléments donnent l’image d’une administration gérée en dehors des circuits ordinaires de délibération. En particulier, l’attribution et la fixation des montants relatifs aux espaces/boutiques du marché sont présentées comme relevant d’une décision unilatérale, ou au minimum insuffisamment encadrée par les mécanismes collectifs.

Or, dans une commune, la gouvernance financière n’est pas seulement une question de “bonne volonté” ou de résultat : c’est une question de processus. Les textes et la pratique attendent que les décisions structurantes soient fondées sur des délibérations régulières, avec une traçabilité et une validation institutionnelles.

Des loyers “fixés” comme si le maire était un actionnaire : logique d’entreprise…

Les contestations les plus sensibles portent sur l’idée que Madame le Maire pilote la commune comme une entreprise privée, c’est-à-dire avec une logique de gestion contractuelle et tarifaire décidée “en interne”, sans que les instances habilitées jouent pleinement leur rôle. Le vocabulaire managérial qui transparaît dans les reproches est celui de la tarification, de la rentabilisation et de la captation de valeur, mais appliqué à un service public soumis à des règles.

Les faits rapportés — notamment la mention d’une fourchette de loyers très élevés (jusqu’à 5 millions FCFA par boutique) et la référence à des situations d’inadéquation entre les montants exigés et les repères annoncés ailleurs — sont particulièrement problématiques. Même si les demandes de financement existent (Feicom, MINEPIA/MINCOM, MINDEVELL, etc.), la question demeure : sur quelle base de gouvernance ces prix sont-ils fixés ? Quel est le niveau de validation ? Quelle est la conformité aux mécanismes du conseil municipal ?

“Concurrence des demandes” : une justification, mais une orthodoxie à démontrer…

Le point de tension est aussi la justification par la loi de l’offre et de la demande. Argument de marché, certes, mais qui ne suffit pas à neutraliser la contrainte de conformité. En gestion publique, on ne se contente pas d’expliquer “pourquoi” on a décidé : on doit démontrer “comment” on a respecté les règles du jeu (cadre légal, délibération, critères d’attribution, transparence, contrôle).

La logique “on a trouvé plus de demandeurs, donc on a ajusté” peut être interprétée comme une flexibilité excessive, quand bien même les objectifs de revenus existent pour soutenir l’autonomie communale. Ce qui est reproché, au fond, c’est moins le résultat que la méthode : l’absence d’orthodoxie de procédure et de discipline de conformité.

Discipline budgétaire et contrôle : la question du “rendu compte”…

L’autre volet du dossier concerne la traçabilité et le rendu compte. Les accusations autour de l’usage de ressources, la mention de versements par boutique, et les critiques sur des contributions et des tickets/reçus sans clarification suffisante renforcent l’impression d’une gestion où l’information ne circule pas pleinement.

En termes de gestion, on observe une tension entre deux modèles :
-un modèle “système” (procédures, contrôles internes, délibérations, justification documentaire),
-et un modèle “personnalisé” (décisions centrées sur l’exécutif, arbitrages peu partagés).

C’est cette seconde approche qui, dans les perceptions rapportées, ferait du maire un centre de décision autonome, plus proche d’un dirigeant d’unité économique que d’un ordonnateur soumis à des garde-fous institutionnels.

Une confiance renouvelée, mais un risque de défiance structurelle…

La décision de renouveler la confiance à Madame le Maire après la session du 29 juin 2026 peut être lue comme un acte politique de consolidation. Toutefois, l’analyse des éléments rapportés appelle surtout une conclusion : tant que l’orthodoxie budgétaire et la conformité procédurale ne sont pas démontrées par des pratiques systématiques (délibérations, critères, transparence, contrôle), la défiance reste de mise.

En gouvernance communale, l’efficacité ne remplace pas la conformité : elle doit s’y articuler. Et c’est précisément cette articulation qui, selon les griefs, n’a pas été suffisamment assurée.