À Batié, ce 10 octobre 2026, la Fondation Francis Ngannou et AGRI SPORT International ont sensibilisé 80 jeunes, dont une trentaine de footballeurs de Sable de Batié, aux opportunités de l’agribusiness. Une initiative qui entend rapprocher sport et investissement productif, avec un défi majeur : transformer la sensibilisation en entreprises viables et en emplois durables.
Francis Nganou veut faire de l’agriculture un nouveau combat pour la jeunesse
Par Chimène Etonde Ekwalla_________
Samedi 10 octobre 2026, à Batié, dans la région de l’Ouest du Cameroun, la Fondation Francis Ngannou a choisi de mettre l’agriculture au cœur d’une réflexion sur l’avenir de la jeunesse. En partenariat avec AGRI SPORT International, elle a réuni 80 jeunes autour des possibilités d’investissement et d’entrepreneuriat dans l’agribusiness. Parmi eux figuraient une trentaine de joueurs du Sable de Batié, un club de football dont la participation donne à cette initiative une portée particulière.
L’idée défendue est simple, mais stratégique : le sport ne doit pas constituer l’unique horizon professionnel des jeunes qui s’y engagent. Si la pratique sportive peut ouvrir des perspectives de réussite, elle expose également à des incertitudes liées à la durée des carrières, aux blessures, aux performances et aux conditions de rémunération.
Dans ce contexte, l’intérêt porté à l’entrepreneuriat agricole traduit une volonté d’élargir les perspectives économiques des sportifs. Il ne s’agit plus seulement de préparer une carrière après le sport, mais d’envisager, dès les premières années d’activité, la construction d’un patrimoine et de sources de revenus complémentaires.
Cette démarche prend tout son sens dans un environnement où de nombreux jeunes cherchent des débouchés professionnels durables. La notoriété de Francis Ngannou peut contribuer à rendre ce message plus audible auprès d’une génération particulièrement sensible aux parcours de réussite sportive.
L’agribusiness, bien plus que la production agricole…
L’un des intérêts de cette initiative réside dans la conception de l’agriculture qu’elle met en avant. L’agribusiness ne se limite pas au travail de la terre. Il englobe toute une chaîne d’activités économiques, depuis la production jusqu’à la commercialisation, en passant par la transformation, le stockage, le transport et la distribution.
Cette diversité ouvre des possibilités à des profils variés, y compris à des jeunes qui ne disposent ni d’une expérience agricole préalable ni de terres en propriété.
Un jeune entrepreneur peut, par exemple, s’intéresser à la transformation des produits vivriers, à la conservation des récoltes, à la distribution des denrées ou à la commercialisation des productions locales. D’autres peuvent privilégier la production végétale, l’élevage ou des services destinés aux exploitants agricoles.
Pour les sportifs, cette diversification des possibilités est particulièrement importante. Elle permet d’envisager des activités compatibles avec des contraintes d’entraînement et de compétition, à condition de disposer d’une organisation adaptée et de partenaires compétents.
Toutefois, l’agribusiness ne constitue pas une solution miracle. Les activités agricoles sont exposées aux aléas climatiques, aux variations des prix, aux difficultés de transport, aux pertes après récolte et aux contraintes d’accès au financement. La rentabilité dépend de la qualité de la préparation, de la maîtrise des coûts et de l’existence de débouchés commerciaux.
Le message adressé aux jeunes doit donc aller au-delà de l’enthousiasme suscité par les opportunités du secteur. Investir dans l’agriculture exige une véritable stratégie entrepreneuriale.
Les sportifs : un potentiel économique encore à structurer…
La participation d’une trentaine de joueurs du Sable de Batié constitue l’un des éléments les plus significatifs de la rencontre. Elle rapproche deux univers qui peuvent se renforcer mutuellement : le sport, fondé sur la discipline et la recherche de performance, et l’entrepreneuriat agricole, qui exige de la rigueur, de la persévérance et une gestion méthodique.
Un sportif qui réussit peut acquérir une capacité d’épargne, développer un réseau relationnel et bénéficier d’une visibilité susceptible de faciliter la promotion d’une activité économique. Mais ces avantages ne garantissent pas, à eux seuls, le succès d’un investissement.
La question essentielle est celle de la préparation financière. Des revenus sportifs, lorsqu’ils existent, peuvent être irréguliers et dépendre fortement des résultats. Sans planification, une partie de ces ressources risque d’être consommée sans permettre la constitution d’un capital productif.
Sensibiliser les joueurs à la diversification de leurs revenus peut ainsi contribuer à prévenir les difficultés économiques qui surviennent parfois à la fin d’une carrière. Cette démarche suppose néanmoins une formation à la gestion budgétaire, à l’évaluation des risques, à la comptabilité et à la conduite d’un projet.
L’enjeu est de faire comprendre aux sportifs qu’ils peuvent devenir des acteurs économiques sans nécessairement abandonner leur discipline. L’investissement agricole peut être envisagé progressivement, avec des objectifs réalistes et un accompagnement approprié.
Francis Ngannou, une notoriété au service de l’entrepreneuriat…
La démarche de la Fondation Francis Ngannou repose également sur un levier déterminant : la capacité d’influence de son promoteur.
Le parcours de Francis Ngannou, figure internationale des sports de combat, lui confère une visibilité susceptible de mobiliser les jeunes autour d’initiatives qui dépassent le cadre strictement sportif. En associant son image à l’agribusiness, il contribue à présenter l’investissement productif comme une perspective crédible de réussite.
Cette dimension symbolique mérite attention. Dans des sociétés où les champions sportifs sont souvent perçus comme des modèles d’ascension sociale, leur engagement en faveur de l’entrepreneuriat peut favoriser l’émergence de nouvelles aspirations.
Il ne suffit cependant pas de promouvoir l’agriculture comme une activité porteuse. Pour que le message produise des effets durables, il faut rapprocher les jeunes des réalités concrètes du secteur : identification des marchés, accès aux intrants, choix des filières, maîtrise des techniques de production et recherche de financements adaptés.
La notoriété peut attirer l’attention et susciter l’adhésion. La formation, l’accompagnement et les résultats économiques sont, eux, indispensables pour consolider cette adhésion.
De la sensibilisation aux projets : le véritable test…
La rencontre de Batié constitue une première étape de mobilisation. Mais son efficacité se mesurera moins au nombre de participants réunis qu’à la capacité de cette sensibilisation à déboucher sur des initiatives concrètes.
Les informations communiquées par les organisateurs ne précisent pas si un dispositif de financement, de mentorat ou de suivi des participants est prévu après la rencontre. Cette limite ne remet pas en cause l’intérêt de l’initiative, mais souligne la nécessité de prolonger les échanges par un accompagnement structuré.
Plusieurs leviers pourraient permettre de consolider cette démarche.
Le premier serait la formation pratique. Les jeunes intéressés devraient pouvoir apprendre à élaborer un plan d’affaires, calculer les coûts de production, estimer les marges, identifier les risques et déterminer les conditions de rentabilité de leur activité.
Le deuxième concerne l’accès au financement. Les projets agricoles nécessitent souvent des ressources pour acquérir du matériel, acheter des intrants, aménager des espaces de production ou organiser la commercialisation. Des mécanismes de financement adaptés aux capacités des jeunes seraient donc déterminants.
Le troisième levier est celui des débouchés. Produire sans savoir à qui vendre expose les entrepreneurs à des pertes. La mise en relation avec des acheteurs, des transformateurs, des distributeurs et des coopératives pourrait améliorer les perspectives de réussite.
Enfin, un suivi régulier permettrait d’évaluer les projets lancés, de mesurer les difficultés rencontrées et d’adapter l’accompagnement. Des indicateurs tels que le nombre d’entreprises créées, leur taux de survie, les revenus générés et les emplois maintenus permettraient d’apprécier les résultats au-delà de la seule mobilisation initiale.
Batié, un point de départ pour une ambition plus large…
À travers sa fondation et son partenariat avec AGRI SPORT International, Francis Ngannou pose une question fondamentale : comment aider les jeunes à convertir leurs capacités, leur énergie et leurs éventuelles ressources en activités économiques pérennes ?
La réponse ne réside ni dans le seul sport ni dans une promotion abstraite de l’agriculture. Elle suppose de créer des passerelles entre formation, financement, entrepreneuriat et accès aux marchés.
Pour les footballeurs du Sable de Batié, comme pour les autres participants, l’agribusiness peut représenter une possibilité de diversification et de préparation de l’avenir. Encore faut-il que cette perspective soit traduite en projets adaptés aux réalités locales.
La portée de cette initiative dépendra donc de la continuité donnée à la rencontre du 10 octobre. Si les 80 jeunes sensibilisés deviennent demain des entrepreneurs capables de créer de la valeur et des emplois, l’opération aura dépassé le stade du discours pour entrer dans celui de la transformation économique.
À Batié, le coup d’envoi est donné. Reste désormais à faire de l’ambition entrepreneuriale un projet concret, viable et durable.
